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poser des bornes regrettables à un esprit éminent. Quand je cherche à me rendre compte dé ce qui fait la différence des corps inorganiques et des êtres vivants, et que j'arrive aux distinctions et aux raisons que j'ai exposées plus haut, j'ai dépassé les limites posées par la philosophie de Bernard ; mais, en allant jusquelà, il n'aurait pas dépassé celles de son intelligence dans le plus légitime exercice. De plus forts iront au delà, et, loin de leur couper les ailes, il faut leur souhaiter des émules plus hardis encore et des supérieurs. La nature est infinie; la science doit l'être. Une chose est digne de remarque, c'est que l'empirique ne veut absolument pas qu'on franchisse les bornes du déterminisme. Il prend sans doute la capacité de son esprit pour celle de l'esprit humain. Je ne dis pas cela pour notre Claude Bernard, qui n'a manqué que d'une meilleure éducation philosophique. Personne, il faut le dire à son honneur, n'en a plus senti que lui le besoin. L'ambition et l'amour qu'il avait de ces grands problèmes, sont sa noble excuse.
On ne saurait le dire assez : l'anatomie comparée, l'embryologie et la pathologie vivante ou la clinique ont manqué à Claude Bernard. Là, il aurait saisi le plan, et le dessein général de la nature vivante, il aurait aperçu dans l'ensemble et les grands rapports, ce qu'il n'a pas pu saisir dans les déterminismes particuliers qu'il cherchait selon l'inspiration du moment.
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Vouloir pénétrer la nature des clioses n'est pas en chercher l'essence. Cette dernière ambition est insensée ; la première, au contraire, est justement le but de la science. Connaître les rapports particuliers et généraux des choses, leur ordre, leurs rapports et leurs fonctions, c'est en connaître la nature. Il est vrai que comprendre cela^ c'est plus que d'en constater le déterminisme.
11 ne suffît pas de savoir l'ordre de succession des choses, il faut saisir leur loi de génération. Mais soyons justes et ne demandons pas à Claude Bernard plus qu'il n'exigeait de lui-même ou plus que sa nature n'exigeait de lui, car cette nature était très déterminée. Pour s'illustrer dans la physiologie expérimentale et y amasser des trésors, il avait reçu les dons nécessaires. Il ne faut pas trop reprocher à un homme ce qui lui a manqué quand ce qu'il a possédé a richement suffi à sa vocation, a rempli avec éclat sa fonction scientifique. Il faut reconnaître, au contraire, et célébrer ce qu'il a eu en partage.
Il est si vrai que Bernard était prédestiné à la physiologie expérimentale, qu'il y voyait tout, qu'il y plaçait la biologie entière. Ne lui a-t-il pas sacrifié la médecine? Par lui, la clinique a été immolée au laboratoire ; car, à ses yeux, celui-ci devait détrôner l'hôpital. Sa prétention n'allait pas à moins qu'à absorber la médecine comme science, dans la physiologie expé-
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rimentale. H voulait tout y faire, même des maladies.
Il avait, en effet, si peu l'idée du malade qu'il croyait pouvoir faire des maladies. Un médecin qui fait des maladies! Celles-là devaient être faciles à guérir...
La vérité est qu'il était sincère en croyant créer des maladies et nous apprendre par là comment elles se font. C'est, que n'étant pas médecin, il ne voyait dans les maladies qu'un pur dérangement accidentel et tout extérieur de l'état physiologique ou de la santé !
C'était l'erreur de Broussais et de tous ceux qui, comme lui, ont cru et voulu faire de \di médecine pJn/siologique ou de la médecine avec la seule physiologie : c'est l'erreur destructive de la médecine et des nosologies. Plût au ciel qu'on le piit!
Il ne faut pas scandaliser l'opinion, et je craindrais de le faire en ayant l'air de douter des grandes conséquences de l'œuvre de Bernard, en faveur de la médecine. L'avenir les montrera. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que sous plus d'un rapport il lui a nui. 11 professait pour elle un scepticisme et un dédain dont je crains qu'elle ne se venge.
La clinique est plus profonde et plus ardue que le laboratoire. On y lit avec beaucoup plus de temps et de peine; on y grave sur le bronze moins facilement, car la maladie suppose la physiologie avec bien des mystères par-dessus.
Mais Bernard ne croyait pas à ces superfélations et