‹ Les lois de la circulation du sang enseignées par l'anatomie comparée, l'embryologie et l'observation cliniqueChapitre 25 sur 65 · XL VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL VI INTRODUCTION

profite à l'observation, à l'expérience, mais cette observation et cette science-là sont superficielles à moins que l'observateur n'ait du génie, car la profondeur, l'originalité, c'est notre pensée qui les donne. C'est en y descendant et en y montant le plus bas et le plus haut possible que nous saisissons les lois de tout, car, pour nous, il n'y a de lois ou de rapports généraux que là, c'est-à-dire qu'en nous. Encore une fois, les lois de la nature sont en nous, et c'est là seulement que nous les saisissons.

La séparation de la science du monde et de la science de soi ou de la philosophie est donc contre nature. Il faut renouer leur union nécessaire. C'est à la métaphysique à faire le premier pas, car, étant la science de la raison même, c'est à elle à comprendre que, raison des faits, elle doit précéder et éclairer l'expérience et l'observation. Ce ne sont pas les sens qui donnent la raison des choses; la raison seule peut le faire, la raison qui est le sens des sens ou le sens général et commun des sens particuliers.

La métaphysique est une science de faits et, par conséquent, une science expérimentale à sa manière, de même que la physiologie dont elle devrait être le sommet comme l'est la pensée. Pourquoi donc la mettre au delà et comme en dehors des sciences de la nature dont elle est le centre et le flambeau?

Claude Bernard a souffert du mal qui affecte les sa-

INTUODUCTION. XI.VIÏ

vants de loul ordre : il a souffert, veux-je dire, de ce que la science de la nature et la science de la pensée vivent depuis trop longtemps en statue de Janus. Cela a été d'autant plus visible chez lui, qu'il était plus grand et qu'il avait la noble ambition de s'élever audessus des faits.

L'anatomie comparée, l'embryologie et la clinique élargissent et fortifient la pensée beaucoup plus que la pratique exclusive et systématique de l'expérimentation physiologique qui, par sa nature, est toujours un peu étroite.

J'ai déjà donné l'exemple suivant et j'y reviens parce qu'il est tiré du sujet qui m'a amené à exposer dans cette Introduction quelques vues de physiologie générale.

Serait-ce connaître la circulation du sang, son appareil et leurs lois, que de constater expérimentalement que le sang lancé par la contraction de certaines cavités du cœur à travers les artères jusqu'aux extrémités capillaires des vaisseaux sanguins, retourne parles veines dans d'autres cavités de l'organe central pour continuer le même circuit pendant toute la vie? Je ne le pense pas, car les forces de la vie ont mis, personne ne sait combien de milliers de siècles, à procréer l'appareil circulatoire et à l'amener au degré de perfection où nous le voyons chez l'homme. Les temps et les étapes de cet enfantement sont inscrits et con-

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