II
Mouvements propres et animes des artères.
Pour qu'il soit vrai de dire que le cœur préside à la circulation, il faut que les autres parties de l'appareil circulatoire soient actives et subordonnées tout à la fois. 11 fallait donc que les artères fussent composées d'un tissu doué d'élasticité organique, ou, si je peux m'exprimer ainsi, d'une contractilité relative.
Leur membrane moyenne jouit, en effet, de la faculté singulière d'être expansive et activement dilatable sous l'influence de l'impulsion qui lui est communiquée par la contraction ventriculaire et l'ondée sanguine. Elle se dilate activement sous cette double impulsion en apparence mécanique. Une contraction relative, effet de Yélasticité organique, suit immédiatement cette expansion et ramène le calibre de l'artère à son diamètre primitif, d'oii elle est immédiatement écartée par une nouvelle expansion relative.
Les expressions manquent pour donner l'idée des propriétés du tissu artériel. Je suis donc obligé de me servir de termes qui semblent conlradictoires et s'exclure. Je voudrais pouvoir dire expansion et contraction relatives et subordonnées, élasticité vitale, etc..
La diastole artérielle n'est, en effet, ni une dilatation passive comme celle d'un tube de caoutchouc, ni une dilatation spontanément active comme celle de certains muscles qui font office de sphincters. C'est une sorte
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d'action intermédiaire. L'artère, excitée à se dilater par la colonne du liquide \ivaut que le cœur meut et anime, éprouve une expansion, puis un resserrement eu vertu desquels se trouve augmenté ou diminué, c'est-à-dire limité et régularisé suivant les nécessités fonctionnelles, le degré de l'impulsion organique qu'exerce sur elle l'ondée sanguine. D'oii il suit que le choc de celle-ci n'est que la cause excitante de la diastole, et non sa cause mécanique.
Ici encoreon voit une action qui, au premier coup d'œil, paraît physique, ne l'être réellement que quand on l'abstrait ou qu'on l'isole du système physiologique dont elle fait partie, car ce système n^est vivant que parce que toutes ses parties le sont elles-mêmes et à l'infini. L'éclectisme seul peut intercaler des actions physiques comme nécessaires et constituantes au miheu d'un système à mouvements spontanés.
Il n'en faut donc pas douter : les artères ont une force d'expansion et une force de contraction subordonnées à celle du cœur. Si ces mouvements eussent été primitifs et purement spontanés comme ceux du cœur seulement, ou de l'intestin, l'unité de l'appareil circulatoire eût été impossible. Au contraire, le tissu jaune élastique n'entre jamais en jeu que sous l'impression eu apparence physique du flot sanguin. Je dis en apparence, parce que le choc de l'ondée sanguine n'est point une cause, mais une condition mécanique de dilatation active, condition constamment anéantie dans ses effets mathématiques par les propriétés motrices spéciales de l'artère. Ce choc expansif du sang n'est plus alors pour elle qu'une cause exci-
tante coordonnée avec sa vie propre, et destinée à provoquer et à entretenir sans cesse ses propriétés dilatatrices et contractiles.
Si la membrane interne des artères est douée du sens liématosique nécessaire pour régir leur mouvement, la charpente de ces vaisseaux est donc pourvue d'une véritable élasticité organique et relativement spontanée.
Voilà pourquoi j'ai pu dire que la force motrice des artères était une propriété passivement active.
Dans l'élasticité morte ou physique, l'allongement est tout externe, ou, si l'on veut, mathématiquement proportionné au degré de la force extérieure qui Ta produit ; de même, le resserrement ou rétablissement de l'état antérieur à l'allongement est exactement déterminé d'avance sans jamais dépasser la mesure primitive de cet état.
C'est le contraire dans l'élasticité physiologique ou animée. La force avec laquelle l'ondée sanguine bat l'artère ne donne point la mesure physique et nécessaire de la diastole qui va suivre; et l'étendue de celle-ci ne mesure pas davantage d'une manière exacte le degré de la systole consécutive.
Le cœur se contracte quelquefois comme dix, et l'artère se dilate comme quinze ou vingt. L'artère s'est dilatée comme vingt, et sa systole sera comme dix ou trente.