HI
Les maladies opèrent une analyse ou une dissocialion naturelle des éléments actifs qui entrent dans la composition d'une fonction et que leur synergie parfaite ne permet pas de distinguer dans l'état normal. — Application aux mouvements très variés des artères.
Dans l'état normal, les discordances sont généralement insensibles. Cet accord physiologique trompe les observateurs. Ils prennent un consensus, une harmonieuse subordination de la vie propre de chaque partie, pour un rapport mécanique et nécessaire. Mais les passions, les mouvements extraordinaires de l'économie, les maladies surtout, mettent les vrais rapports dans une palpable évidence, et, dissociant les forces circulatoires, montrent bien la propriété et la spontanéité de chacune d'elles. Sous une apparence de machine hydrostatique, les fonctionsdu système circulatoire ne sont pas plus mécaniques que les fonctions du système nerveux.
Si l'on me demande la preuve expérimentale de cette théorie, je réponds ce que j'ai déjà dit, que les vivisections ont mis hors de doute l'existence de la contractihté vasculaire, c'est-à-dire le fait ; mais que, pour ce qui est de la théorie, elles ne peuvent guère la donner, et que cela est l'affaire, non de l'art, mais de la nature. Il est juste de convenir pourtant que l'expérience de Cl. Bernard qui produit à volonté la contraction des artères ou leur expansion, suivant qu'il coupe au cou d'un animal le filet d'origine sympathique ou d'origine cérébrale d'un vaisseau, fortifie pleinement les arguments tirés de l'orga-
HOgénésie, et iie devrait laisser de doute à personne. On ne fait pas parler comme on veut les expériences naturelles que fournit la pathologie. Elles parlent d'ellesmêmes et s'imposent. Devant l'analyse spontanée des forces vives qui concourent à une fonction, celui qui interroge ces faits est forcé d'être physiologiste. Bon gré, mal gré, il faut être vitaliste, ou ce qui est la même chose, ireconnaître que tout est essentiellement vivant dans l'animal. On n'est vitaliste qu'à cette condition.
Les maladies sont éminemment propres à nous montrer que les centres organiques ne possèdent pas la vie au détriment des parties sur lesquelles s'exerce leur action. Destructives de l'unité, elles créent des centres accidentels, <lécomposent les fonctions en leurs forces élémentaires, et prouvent irrésistiblement, que ces forces existent primitivement dans chaque partie ; que toutes les actions, que itous les mouvements organiques appartiennent à la partie où ils se passent et où on les observe, puisqu'ils y «ont nés avec elle, ni plus tôt ni plus tard, et qu'il serait aussi faux de les regarder comme le produit des centres ■de vie auxquels ils se rattachent, qu'il le serait de croire que les organes mêmes qui les accomplissent sont sortis de ces centres.
Si chez l'adulte, l'admirable unité de l'organisme, le be- ■soin d'une centralisation énergique et d'une synergie fonctionnelle promptes et assurées semblent avoir ramassé toute la force de l'appareil circulatoire dans le cœur, son agent suprême, la maladie en frappant l'homme de fait blesse et de dégénération, tend à dissocier ses forces
organiques, à y introduire l'anarchie et à ramener en quelque sorte l'économie aux degrés inférieurs de l'échelle animale. Alors, on voit les diverses parties du système circulatoire comme les différentes parties du système nerveux, former des foyers isolés de circulation et d'innervation beaucoup plus indépendants des grands centres de ces systèmes que dans l'état de santé.
Or, ces parties qui déclarent accidentellement leur spontanéité et leur vie propre par des actions qu'on ne peut pas attribuer essentiellement aux organes centraux qui les président ordinairement, d'où tirent-elles ces actions extraordinaires? De leur fond sans doute. Elles y étaient donc? On dirait, en effet, que ces parties conservent dans les profondeurs de leur organisation, mais affaibhes, latentes et comme des germes en incubation, toutes les propriétés qui les ont caractérisées dans les différentes phases de leur évolution embryonnaire. lié bien, la maladie a le pouvoir singuher — bien fait pour éclairer son origine mystérieuse et sa nature — de développer ces propriétés élémentaires réservées, et de les mettre en relief.
Quoi de plus concluant dans ce genre, que les battements extraordinaires des artères qui règlent la distribution du sang dans une partie enflammée ? N'y a-t-il pas là un petit organisme accidentel greffé sur le grand, ayant sa circulation propre, et trouvant un cœur de circonstance dans ces parties de l'artère qui se sont constituées le centre d'un système vasculaire pathologique complet dans son genre? Ne voit-on pas clairement ici le système circulatoire, présenter chez l'homme un des caractères qu'il a chez les poissons ou certains invertébrés? Et si on suppose
des foyers multiples d'iudammation dans l'économie, l'analogie ne devienl-elle pas saisissante?
Comment les théories hydrauliques expliqueront-elles les innombrables espèces de pouls qu'on observe dans les maladies ? L'exploration du cœur ne dénote aucun changement appréciable dans sou action, et les artères en présentent de considérables tlans la leur.
Non que je prétende que les maladies qui exercent une si graude influence sur la vie propre des artères et déterminent toutes les variétés de pouls, n'en exercent aucune sur le cœur; mais ce que j'établis, c'est qu'il est impossible de se, faire une idée du pouls d'après l'état du cœur, et réciproquement, et que quand la chose est possible, ce rapport n'est point mécanique, mais l'expression d'une concordance pathologique.
Au lieu que ce soit le cœur qui transmette physiquement aux artères par l'ondée sanguine le mode de mouvement dont il est animé, c'est la maladie qui frappant le cœur et les artères du même mode d'altération, met leur mouvements en harmonie pathologique. La vraie cause du rapport de ces mouvements, est dans une même altération morbide du cœur, du sang et des vaisseaux.
L'unité vient donc ici encore de ce que chaque partie de l'appareil circulatoire fait la même chose générale que toutes les autres, en se distinguant d'elles par une fonction plus ou moins éminente.
Les caractères du pouls dépendent de l'état et du mouvement des parois artérielles, et l'ondée sanguine n'est que la cause excitante de ce mouvement. Le sang agit sur elles par expansion bien plus que par choc physique.
Quant à l'état de ces parois, il dépend de leur \'ie propre qui autre et moins puissante sans doute que celle du cœur et des capillaires, ne leur est pas moins essentielle et innée. Or, la maladie agit sur cet instinct propre des artères comme sur celui du cœur et dans des rapports qui varient avec les espèces nosologiques, les unes exerçant leur influence plus sur tel tissu ou tel organe que sur tels autres, etc.. Ainsi, lorsque la maladie est générale, elle frappe les organes inégalement. Cela produit l'ataxie ; et cette discordance est d'autant plus marquée, que la maladie est plus délétère.
La nature n'a pas fait comme la faiblesse de notre vue nous force à le faire dans la science, un cœur, des artères, des capillaires, des veines, etc.. Elle a produit un système animé parfaitement un et parfaitement continu, formateur et moteur à des degrés divers, du fluide vivant qui ne peut s'en séparer physiquement sans mourir.
Les artères sont le cœur étendu jusqu'aux capillaires, comme les veines sont les capillaires prolongés jusqu'au cœur. Elles sont les membres vivants du cœur qui les représente et les centralise dans ses cavités gauches — la pathologie nous le prouvera — comme les veines sont les membres vivants des capillaires centrahsés par elles dans les cavités pulmonaires du même organe.
L'artère en apparence la plus inerte, la veine la plus passive, font la même chose générale que le cœur et les capillaires généraux ou pulmonaires les plus actifs dans la circulation et la sanguification.
On parle beaucoup de l'unité de la circulation. Quelle unité peut il y avoir entre des parties vivantes et des par-
lies inertes, entre des parties qui ne font pas toutes la même chose essentielle, ou qui ne sont pas toutes douées des mêmes propriétés générales et élémentaires ?
La preuve que c'est bien en cela que consiste l'unité, c'est que les maladies, celles qui sont malignes et ataxiques surtout, dissolvent sous nos yeux les forces hiérarchisées des appareils organiques, brisent l'unité de la circulation générale et eu dispersent les tronçons encore animés, comme pour nous montrer qu'ils ne tiennent essentiellement leur vie que d'eux seuls.
Mais d'un autre côté l'état précaire de cette vie anarchique, l'imminence insidieuse de la mort dans ces cas funestes, nous montrent que la vie propre de chaque partie privée de l'unité, c'est-à-dire, de la vie commune de toutes les autres et de la vie centralisée ou plus ou moins éminemment représentative d'un certain nombre, manque d'énergie et de stabilité. •
Combien de fois n'ai-je pas vu le choléra frapper de mort apparente les artères contractées et immobiles, pendant que le cœur, cet unique agent de la circulation harvéienne, continuait à battre presque aussi sensiblement que chez certains sujets à mouvements artériels très palpables.