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Expansion propre des artères démontrée par l'observation clinique.
Mais que le désordre naisse du sein même de cette machine vivante qui porte en elle le principe de sa destruction, et la rupture de l'harmonie va traliir les secrets de Tordre. Ce qu'on croyait passif et dépendant montrera son activité et son indépendance. L'artère, ce tube inerte en apparence, au moins dans sa dilatation, va déployer dans
ce mouvement une telle activité, qu'elle remplira les fonctions (l'un cœur accidentel, ou qu'elle ne consentira pas à se dilater sous l'innuence d'une très forte contraction du cœur, etc. Elle se souviendra, si je peux ainsi dire, de son premier état, et semblera retrouver les propriétés plus énergiques qui la caractérisaient dans les premiers moments de son existence, lorsque les forces de l'appareil circulatoire jouissaient de moins d'unité et formaient une réunion de pièces organiques moins fortement reliées par un centre
unique.
On doit se souvenir, en effet, que la maladie a la propriété de faire descendre l'organisme à un type inférieur ; d> reproduire les traits généraux des êtres moins élevés dans la série, ou des fonctions provisoires par lesquelles apasséTembryon.
Ceci me conduit à une explication devenue nécessaire pour compléter ma démonstration, et donner leur véritable valeur à certaines expériences très curieuses dont la physiologie s'enrichit depuis quelque temps
Cl. Bernard coupe les nerfs ganglionnaires qui se rendent h une partie ; et aussitôt, les artères et les capillaires de cette partie se dilatent, entrent dans une plus grande activité; une congestion très aiguë s'y développe, et enfin une véritable inHammation. Qu^en conclut-on? Que la glande sous-maxillaire, par exemple, privée de l'iunux nerveux du grand sympathique et hvrée à la seule action cérébro-spinale, a perdu son équililire physiologique, et que l'orgasme vasculaire, les symptômes inflammatoires qu'on observe dans ce cas, sont tout simplement
la marque d'une excitation normale plus grande causée par un défaut d'antagonisme nerveux.
11 est impossible d'être plus près de la vérité, sans être dans la vérité. L'explication de Cl. Bernard est entachée de physiologisme. J'appelle ainsi le système qui consiste à croire que la maladie n'est qu'une déviation accidentelle et tout extérieure de la santé, une pure modification de l'état physiologique sans racine en nous, d'où il résulterait que cet état physiologique est par lui-même inaltérable et parfait, ne tirant pas de son fonds les principes ou causes premières de ses maladies. L'éminent professeur du Collège de France a déclaré, en effet, dans une solennelle leçon d'ouverture de son cours (novembre 1858), que les maladies ne sont que des modifications extérieures et accidentelles de l'état physiologique. C'est à peu près nier la maladie. Cela exphque pourquoi Cl. Bernard ne craint pas de substituer sa médecine expérimentale à la médecine naturelle ou clinique.
Et pourtant, il est trop vrai que l'organisme recèle en lui les éléments ou les principes actifs de ses altérations ; qu'il y a^ dès lors, une pathologie, science des maladies, que la physiologie éclaire, mais qu'elle n'enseigne pas. Cette science, la pathologie, a son expérience propre, ses matériaux et son champ d'observation, où la physiologie la plus pénétrante ne peut ni deviner, ni prévoir d'après les lois de la santé. La pathologie forme un domaine à part de la physiologie. Entée sur elle, elle en est distincte par des faits propres, comme les maladies forment un mode spécial et parasitique d'existence greffé sur ce qu'on appelle la santé et qui y puise ses éléments. Il en résulte
que les perturbations de l'ordre physiologique ne sont jamais que l'occasion du développement des maladies et non leur cause même. Par exemple, l'excitation extérieure d'un organe par le calorique, l'électricité, etc., ou sa débilitatiou par le froid ou par la section des nerfs qui l'animent, ne sont [las la cause immédiate des désordres pathologiques qui peuvent suivre l'action de ces modificateurs : elles n'ont fait que favoriser l'évolution des propriétés morbides inhérentes à tout tissu vivant et à toute humeur.
On en a la preuve dans le développement spontané des maladies proprement dites qui forment un règne surnuméraire et contre nature à côté des trois règnes naturels. Ce règne est composé d'existences parasitiques qui naissent au sein des organismes sous la forme d'altérations déterminées et se substituent pendant un temps plus ou moins long à la Yie normale, soit qu'elles doivent la détruire, soit que les éléments sains de l'organisme doivent l'emporter sur ses éléments malsains ou morbides, et rétablir la santé.
Celle-ci n'est donc qu'un état relatif et imparfait d'équihbre et de bien-être que le physiologiste suppose^ mais qu'il n'a jamais observé.
Or, quelqu'innombrables que soient les manières d'être malade, quelque multipliées et distinctes que soient les diverses espèces de maladies — et je n'ai pas à m'occuper ici de leurs différences spécifiques — elles ont pour caractère commun l'irritation. Ce mot fait naître dans l'esprit l'idée de faiblesse et d'excitation réunies dans une partie altérée ; altérée, c'est-à-dire vivant d'une vie autre, suivant
la force du mot aller. Une partie irritée est donc tout à la fois altérée, faible et plus excitable. Elle est plus faible malgré les apparences d'excitation qu'on y observe, car elle est moins apte à remplir ses fonctions, elle est frappée d'impuissance et marche à sa destruction. Elle est excitée et semble déployer plus de \ie, car toutes ses propriétés sont exaltées, violentes même, mais d'une excitation malsainC;, autre que l'excitation saine et physiologique qui favorise l'accomphssement des fonctions. La vie et l'organisation y sont évidemment dégradées et inférieures, quoique plus actives dans cet ordre nouveau qu'elles ne l'étaient quelques instants auparavant dans l'ordre physiologique.
11 y a donc dans l'irritation comparée à l'excitation saine et physiologique trois choses : altération^ ou mode d'existence autre et parasitique ; faiblesse, ou type inférieur de vitalité et d'organisation ; excitation ou exaltation des propriétés organiques inférieures et altérées.
Telle est la maladie indépendamment des altérations, des faiblesses et des excitations particuhères, c'est-à-dire indépendamment des diverses espèces d'irritations particulières qui distinguent et spécifient chaque maladie. On voit que BroNvn et Broussais avaient tort et raison tous deux, et que l'erreur de chacun a été de croire que l'irritation et la faiblesse s'excluent. Elles s'excluent dans l'ordre physiologique, mais dans la maladie elles sont nécessairement fondues en un seul mode d'existence nouveau. Or, jamais on ne fera de cet état nouveau une déviation superficielle et tout extérieure de l'état physiologique si celuici était parfaitement naturel et foncièrement sain.
Nous pourrons mieux apprécier maintenant la nature et
CLINIQUE DES MALADIES DU COI']LIR. 12î>
le seus des modifications que les maladies spontanées ou artificiellement excitées par les expérimentateurs, produisent dans les vaisseaux sanguins.
Deux ordres de nerfs se rendent à une artère et animent avec elle la circulation d'une partie donnée. On coupe un de ces nerfs, les vaisseaux se dilatent, la partie se congestionne, une infiammation se produit. Si on coupe l'autre nerf, c'est au contraire une contraction des vaisseaux qu'on obtient, une circulation plus rapide, en un mot, un antagonisme de l'efTet causé sur les vaisseaux dans la première expérience. On en conclut que deux ordres de nerfs sont nécessaires pour maintenir les vaisseaux dans cet état de mouvement moyen, ou de contraction et de dilatation normales qui assurent l'état physiologique ; cela est possible, mais on ajoute que l'inflammation n'est autre chose que cette rupture d'antagonisme physiologique. Ici commence l'erreur. On ne prend pas garde, en effet, que la section d'un nerf n'est pas plus une maladie que ne l'est un scalpel. Or, les inflammations dont s'occupe la médecine naissent d'elles-mêmes ou spontanément dans la profondeur des tissus, sans aucune intervention du bistouri. La maladie tient lieu de celui-ci. Cette cause invisible, interne, spontanée, c'est la maladie mêmO;, et toute la suite de ce premier moment qui n'est pas un bistouri ne sera que l'évolution de cette « épine métaphorique ». On voit donc que la physiologie laisse la pathologie tout entière, et que le scalpel n'empêche pas la maladie.
On peut exciter ou affaiblir la force circulatoire d'une partie, dans de certaines limites, sans sortir nécessairement pour cela de l'état physiologique. Alors, l'excitation n'est
encore qu'en plus ou en moins, elle n'est pas autre, elle n'est pas altérée ; il n'y a pas encore irritation ou excitation morbide. Mais à un moment donné qui varie suivant les susceptibilités morbides individuelles, l'irritation commence; novus reriiin nascitur ordo. La sensibilité, et c'est autre chose, se pervertit ; la chaleur animale et la circulation s'altèrent, et le sang avec elles ; la nutrition se déprave, les tissus sont plus fragiles et plus destructibles, les sécrétions se vicient, d'autres produits inconnus dans l'ordre physiologique se forment, etc., etc., la partie enflammée constitue un petit organisme d'un ordre inférieur, greffé sur l'organisme sain, vivant à ses dépens, se l'assimilant quelquefois lorsque le principe qui lui a donné naissance est général, profond, diathésique, comme on dit ; assimilé par l'organisme, au contraire et, s'éteignant là oîi il s'est produit, lorsque le sujet est sain, et que la cause qui l'a altéré est locale.
Quoi qu'il en soit, l'irritation, qui est l'expression morbide commune de l'organisme, développe dans les parties qu'elle affecte, et dans les vaisseaux oii nous devons nous borner à l'étudier, des phénomènes très propres à isoler leurs forces particuhères absorbées par l'action du cœur lorsque tout fonctionne régulièrement.
Ce qui caractérise alors l'action des vaisseaux, c'est un mélange d'excitation et de faiblesse combinées dans des proportions infiniment variées.
La fièvre, l'inflammation, l'hémorrhagie, sont les trois affections dans lesquelles la maladie met le mieux en évidence les forces propres des vaisseaux en les soustrayant pasragèrement à l'action hiérarchique de leurs centres.
CLINIQUE DES MALADIES DU CœUH. Itl