‹ Les lois de la circulation du sang enseignées par l'anatomie comparée, l'embryologie et l'observation cliniqueChapitre 55 sur 65 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Nouvelles preuves de la force hématosique centrale du cœur, prises dans l'observation des hcmorrhagies.

Les hémorrhagies sont, comme les phlegmasies, saines ou malsaines, graves ou bénignes par leur nature ou par leur cause, indépendamment de leur intensité. Leur distinction en actives et passives, que je ne trouve pas absolument mauvaise, a besoin pourtant d'être bien entendue.

Il n'y a pas d'hémorrhagie passive. Mais il y a des hémorrhagies comme des phlegmasies qui surviennent chez des sujets physiologiquement très faibles, ou frappés d'adynamie morbide, dans des maladies à caractère putride, scorbutique ou typhoïde ; et on appelle ces hémorrhagies passives à cause du peu d'activité vitale dont elles sont accompagnées soit dans tout le système circulatoire, soit dans la portion circonscrite de vaisseaux capillaires qui en est le siège. Il faut donc bien savoir qu'il n'y a pas d'hémorrhagie passive dans le sens de passivité ou d'inertie complète des vaisseaux et du sang en qui cette affection morbide s'accomplit.

Il n'en est pas ainsi dans la pathologie qui repose sur une théorie mécanique de la circulation. Que peut être une hémorrhagie dans cette doctrine ? De la faiblesse en aval, trop de force en amont, voilà deux espèces. Une troisième viendra du ramollissement du vaisseau, et la quatrième et dernière de la ténuité du sang. En somme, ce

n'est jamais qu'un défaut de rapport mécanique réciproque entre le coup de piston et les tuyaux, ou bien entre le contenant et le contenu. En somme, pour cette École, riiémoVrhagie est une fuite des vaisseaux, ni plus ni moins.

A mes yeux l'hémorrhagie n'est rien de cela, considérée d'une manière abstraite, mais l'affection où tous ces états peuvent se rencontrer organisés et vivants.

Pour moi, l'iiémorrliagie suppose une altération de la sensibilité des vaisseaux qui en sont le siège, et par conséquent une altération dans le mouvement hématosique de ces vaisseaux, puisque la sensibilité propre de tout vaisseau est une sensibilité hématosique et circulatoire et non une autre. Dans quelque hémorrhagie que ce soit, ily a vice de la sanguifîcation, vice de la génération du sang dans les vaisseaux capillaires de la partie affectée.

Je le répète ici, parce que c'est le lieu plus encore qu'ailleurs : chaque organe fait son sang. Le sang d'une hémorrhagie spontanée est engendré en même temps qu'exhalé ; ou, sinon engendré de toutes pièces, du moins engendré pathologiquement, car l'hémorrhagie est une action morbide. Ne sait-on pas que les globules du sang ne sont pas en rapport de diamètre avec les pores organiques des vaisseaux capillaires ? Comment la théorie Boërhaavienne ou mécanique des hémorrhagies ose-t-elle tenir devant ce fait? Elle est convaincue d'erreur sur son propre terrain.

Il paraît prouvé, par des recherches microscopiques exactes, que la membrane pituitaire et la surface interne de l'utérus sont les deux départements de la circulation capillaire où la sanguifîcation est la plus abondante. Ces deux centres vasculaires particuhers forment beaucoup de

saug. On sait aussi qu'il n'est pas d'oi'ganes plus féconds en liémorrliagies. Or il est certain que, dans ces affections, l'hématose et la circulation locales sont non seulement déviées, mais excessives. Ce qui le prouve, c'est l'énorme quantité de sang que certaines personnes pléthoriques peuvent perdre par ces deux surfaces.

Il ne s'agit donc pas alors d'une simple fuite du système circulatoire général, mais d'une modification morbide de l'hématose et de la circulation locales, qui n'ont rien de plus mécanique qu'une inflammation des mêmes parties. Une épistaxis, une métrorrhagie ne sont pas plus produites par des vices mécaniques des vaisseaux, que le coryza ou la métrite qui vont peut-être succéder à ces deux liémorrliagies. 11 n'y a pas eu fuite hydrauhque dans un cas plus qu'erreur de lieu dans l'autre.

J'ai dit qu'on trouvait une preuve d'une génération morbide du sang hémorrhagique par les vaisseaux capillaires affectés, dans la facilité avec laquelle certains sujets pléthoriques supportent les liémorrliagies actives et semblent régénérer promptement le sang perdu. On observe principalement ce fait lorsque le malade éprouve la fièvre hémorrhagique.

Il y a une fièvre hémorrhagique comme il y a une fièvre inflammatoire ; seulement, elle n'a pas les mêmes caractères. Le pouls de la fièvre hémorrhagique est plus dur, plus large, plus vibrant surtout. Il rappelle un peu le pouls de la fièvre des anémiques, avec plus de plénitude et moins de spasme. La chaleur est beaucoup moins vive, moins acre, les membranes muqueuses plus humides et plus naturelles, les urines peu chargées, les douleurs gé-

nérales moins intenses, le système moins affecté. Il semble que l'affection soit plus augéioténique , c'est-à-dire plus exclusivement renfermée dans l'appareil circulatoire.

Eh bien, il est un fait démontré par moi par de nombreuses observations cliniques, c'est que la fièvre hémorrliagique consiste non seulement dans une accélération plus grande de la circulation, mais dans une sanguification excessive eu rapport avec l'hémorrhagie. Les cas oii une hémorrhagie est .dominée par la lièvre hémorrhagique sont, en effet, ces cas dont j'ai parlé et où la quantité de sang perdu est comme inépuisable et paraît se renouveler sans cesse.

En vertu de cette tièvre, tout l'appareil circulatoire sympathiquement surexcité entre dans un travail liématosique qui domine l'activité morbide de la circonscription vasculaire oiiThémorrliagie est localisée. Cette fièvre n'est même pas autre chose que la surexcitation dont il s'agit. Je la nomme hémorrhagique, parce qu'elle n'est pas une surexcitation physiologique de la circulation, mais une surexcitation morbide spéciale en rapport avec l'hémorrhagie, Talimentant par une sanguification hémorrhagipare extraordinaire et de même nature qu'elle.

Ainsi, une fièvre inflammatoire est congénère ou de même nature que l'inflammation à laquelle elle se lie, et dont elle n'est qu'une généralisation et une centrahsatiou.

Un blessé sain, hémorrhagique par une solution de continuité, ne fournira pas sans syncope le quart du sang à la perte duquel il résistera énergiquement dans une hémorrhagie morbide ou spontanée, surtout si elle est accompagnée de fièvre hémorrhagique. On est étonné de la

quantité de saug que peut débiter uu sujet dans ces conditions. Jamais, hydrauliquement pourtant, ses vaisseaux n'y pourraient suffire avec la masse calculée de leur contenu actuellement en circulation, si cette masse n'était pas incessamment et extraordinairement reproduite. Or, la fièvre hémorrliagique n'est pas autre chose que le travail de sanguificatiou morbide extraordinaire. A la différence de la fièvre inflammatoire sous l'influence de laquelle la fibrine augmente dans le sang, ce principe immédiat diminue dans celui des individus affectés d'hémorrhagie.

La fonction sanguificatrice du cœur apparaît clairement dans ce nouvel exemple. Et en effet, c'est le cœur qui préside à la fièvre. Celle-ci n'est consommée que lorsque le cœur ressent l'impulsion du trouble morbide qui a débuté hors de lui, dans un des départements organiques de l'appareil dont il est le centre. Or, c'est à dater du moment où la fièvre hémorrhagipare s'est développée par l'intermédiaire de l'action du cœur, que la sanguificatiou hémorrliagique s'est généralisée et a pu entretenir un écoulement de sang extraordinaire et sans rapport avec le contenu fixe et mécanique de l'appareil circulatoire. Donc, le cœur n'est pas seulement l'organe moteur central du sang, mais l'organe central de sa formation saine ou morbide. Celle-ci, en effet, est aussi inséparable de son mouvement morbide ou sain, que le sang du vaisseau oii il est né et que l'un et l'autre du mouvement qui les anime indivisiblement, sans lequel ils n'ont jamais existé, sans lequel ils ne peuvent pas môme être conçus.

Cette théorie nouvelle des hémorrhagies actives repose

sur l'observation d'un fait qui est peut-être une des plus belles démoustratious des propriétés formatrices particulières des vaisseaux, et de la fonction hématosique centrale du cœui . Ce fait a la valeur toute positive et toute palpable d'une vivisection; il a de plus sur les preuves de ce genre, l'avantage de n'introduire dans le problème aucun élément étranger, d'être en quelque sorte une expérimentation spontanée offerte par la nature, où l'enchaînement des choses est si visible depuis le commencement jusqu'à la fin, qu'elles portent avec elles leur théorie et donnent d'elles-mêmes toute leur signification.

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