XVI
Maladies organiques du cœur. — Théorie de la cachexie séreuse qui caractérise ces maladies.
Lorsque j'ai entrepris ce travail je n'avais qu'un but : réformer les théories mécaniques de la circulation en démontrant les propriétés hématosiques centrales dont le cœur jouit. Ce but, je ne me proposais qu'un moyen de l'atteindre : l'étude des maladies 'organiques du cœur. J'y arrive après une route longue mais tracée par la nature elle-même, et au bout de laquelle on a toujours pu Toir en perspective la part que dans la circulation et l'hématose je réserve au cœur, par celle que je fais aux vaisseaux dont Tactivité propre fonctionne sous sa dépendaiice. Si les vaisseaux ont une action spontanée et par conséquent sanguificatrice, à plus forte raison le cœur centre des vaisseaux. Cette action centrale, le cœur l'exerce
sur les vaisseaux capillaires de tous les organes de deux manières indivisibles, d'abord par les nerfs moteurs et sanguificateurs qui sont communs à tout l'appareil circulatoire; ensuite par Tunité suprême qu'il imprime à l'organisalion du sang du même coup qu'il imprime à ce fluide animé l'unité de mouvement.
Si je sais démontrer ces propositions nouvelles, mes raisons auront la qualité requise par l'art de prouver, elles iront en augmentant de force.
En effet, les maladies où j'ai cherché jusqu'à présent des faits pour appuyer mou principe et éclairer les lois de la circulation, présentaient toutes un trouble simultané plus ou moins grand des fonctions générales de l'économie joint à l'action morbide du cœur.
Aux yeux de plus d'un lecteur, cette circonstance en compliquant les causes a pu entacher de complexité les effets, et laisser des doutes sur la part précise du cœur dans leur production.
Au contraire, dans la plupart des maladies organiques du cœur, ce viscère étant primitivement affecté, au moins sous le rapport qui nous intéresse, et l'action morbide y étant d'abord toute concentrée, nulle cause étrangère ne pourra être accusée de produire l'altération profonde du sang que j'attribue à la lésion profonde des forces cardiaques, et tout ce qui se manifestera dans ce genre devra être rapporté au cœur malade. Il me suffira, pour le prouver, de convaincre d'erreur les théories mécaniques que donne rixole de la dégradation du sang et des hydropisies dans les affections dont il s'agit, car ces théories une fois ruinées, la fonction d'organe central de l'hématose ne pourra
pas plus être refusée au cœur, que celles d'organes centraux de la nutrition, de l'innervation et de la respiration ne sont contestées à l'estomac, au cerveau et au poumon.
On sait ce que c'est qu'une maladie organique. L'enseignement qui emploie si souvent ce mot ; l'École de Paris, qui depuis un demi-siècle a si admirablement étudié les maladies organiques au point de vue de l'auatomie topographique, n'en ont pourtant jamais donné une idée philosophique. On s'entend dans la pratique avec le mot, mais la science ne s'est pas encore exphquée sur la chose.