XIV
Il existe des fièvres uni-latérales ou des hémipyrexies.
Une femme est affectée d'un de ces points névralgiques iléo-crural qui existent presque toujours à gauche et qui dépendent ordinairement d'une métrite ou d'une ovarite chroniques, comme certaines névralgies du trifacial dépendent d'une carie dentaire. Sous l'influence d'une exaspération de l'affection principale, ou d'un chagrin ou d'un changement de saison, cette névralgie se réveille. La malade est saisie d'un frisson qui occupe tout le côté gauche du corps. De ce côté, le pouls est petit et serré, la peau pâle, froide et chagrinée par le spasme de son tissu et la sailhe des bulbes pihfères, les bagues s'échappent des doigts, mais de la main gauche seulement ; on observe tous les symptômes du premier stade d'un accès de fièvre, exactement hmités par la ligne médiane depuis le synciput jusqu'aux orteils, et n'alfectant que la fenime gauche, si je peux ainsi parler. Cela dure plusieurs heures.
Bientôt, le second stade commence avec une réaction très vive de l'appareil circulatoire. Les tissus s'injectent et deviennent turgides, tout le côté gauche du corps est plus chaud et plus coloré que le côté droit. La malade y ressent une véritable hémipyrexie. Les artères temporale, radiale, etc., y battent et par conséquent s'y dilatent
ec une ampleur et une énergie double de celle du côté ,11 fébricitant. C'est la même fréquence, mais c'est une rce et une largeur de diastole toutes différentes. Inutile I dire que cette inégalité d'action ne tient pas à une égalité anatomique : dans l'état sain les artères des m côtés ont les mêmes dispositions et le même \ooae.
Que devient le cœur? sauf la fréquence augmentée de s battements, il reste le cœur du côté droit, du côté m fébricitant ; et s'il pousse le sang plus souvent dans 5 artères du côté gauche il est certain aussi, qu'il n'y qu'une aorte, et qu'il ne le pousse pas plus fort dans s artères qui en naissent pour le côté malade que pour côté sain du corps. D'oii vient donc la diastole beau- >up plus grande des artères du côté gauche, si la dilatien de ces vaisseaux n'est pas essentiellement et touilurs active?
' Ce fait n'a pas besoin de commentaires ; et voilà l'ainlage incomparable des expériences naturelles que fourit la pathologie. N'introduisant rien d'artificiel dans le Tcle de la fonction expérimentée, elles n'exposent pas
faire jouer le rôle de cause à un élément étranger ; et i conclusion, si elle n'est pas toujours exempte d'erreur, si au moins toujours de l'ordre physiologique. N'est-ce as cet écueil qu'a signalé le père de la médecine dans 'S premières paroles de notre science qu'ait recueillies histoire : E.xperimcntwn pericidosum ?
Ici, rien de cela n'est à craindre. C'est un nouveau node d'existence qui se développe spontanément dans
organisme et qui va y révéler des forces inconnues. Sans
que le cœur intemeone, toutes les artères d'un côté du corps vont se dilater et se contracter avec une vigueur inouïe. Le cœur se contractera et chassera l'ondée sanguine comme 5, et l'élasticité des artères de ce côté seulement répondra à ce choc mécanique comme 10 : singulière hydrodynamique ! Où a-t-on vu pareil rapport entre un flot de hquide inerte et les parois passives d'un tube inanimé ?
Admettre dans les artères une contractilité sans expansibihté, est un non-sens physiologique aussi impardonnable que d'imaginer une élasticité dans laquelle le corps élastique serait bien susceptible de revenir sur lui-même, mais ne pourrait pas être préalablement allongé ou distendu. Ces deux propriétés spontanées, l'expansibihté et la contractihté, se supposent en physiologie, comme l'extensibihté et la réductibihté se supposent en physique. Dans les deux règnes l'une est impossible sans l'autre. La contractihté sans expansibihté est une abstraction insensée, une chimère physiologique; et je l'ai déjà dit, dans l'ordre des propriétés vitales, l'existence de l'expansibihté précède rationnehement la contractihté, et ceUe-ci la suppose, comme en physique la réductibihté d'un corps élastique n'entre en action qu'après l'extensibihté. Une contractilité sans antagonisme du même ordre est, je le répète, un monstre en physiologie.
Puisque dans l'hémipyrexie sans cœur de ma malade, il est prouvé que le rapport entre l'ondée sanguine et l'artère n'a pas été, n'a pas pu être un rapport mécanique, quel a-t-il donc été? Un rapport organique, c'est-à-dire un rapport dans lequel toutes les parties, tous les éléments
e la fonction sont organisés et vivants jusqu'à l'infini. M, le flot liquide est animé et l'élasticité vivante. Ils irissent l un sur l'autre par excitation réciproque ou empathie. Tout est actif, rien ne se fait passivelent.
L'ondée sanguine ne dilate pas l'artère comme l'eau une pompe un tuyau élastique; et la preuve, c'est que ondée sanguine n'a point reçu sa force propre d'un mo- 'ur étranger; elle l'a reçue d'elle-même avec l'artère, ni 3rès ni avant, mais en même temps et par une évolution multanée.
Si les physiologistes franchement mécaniciens, ou les 3lectiques qui, reconnaissant aux artères une contractilité lus expansibihté, une contractiHté greffée sur une élastiité morte et passive, si ceux-là ont à nous donner du fait ne meilleure explication, qu'ils parlent; qu^ils nous disent 3mment l'hémipyrexie cesse après une sueur bornée au Mé gauche, ainsi que l'avaient été le stade de froid ou de Dncentration, et de chaud ou d'expansion vasculaires sponmées. Pour leur faciliter l'étude de ce fait et de sa léorie, je le leur ferai connaître sous toutes ses faces et ontrôlé par lui-même ; ils assisteront à un autre accès de i même affection, dans lequel le cœur a pris sa part de émotion liémipyrexique et dans une proportion à peu rès exacte, sans que les vaisseaux du côté droit en aient essenti la moindre influence. De cette manière, ils seront ien plus à leur aise pour nous dire comment dans le prelier cas les artères du côté gauche du corps se sont dilaées excessivement sous l'influence d'une faible contraction u cœur, et comment, dans le second cas, celles du côté
droit se sont dilatées faiblement sous l'influence d'une fort contraction.
J'ai voulu, dans cette admirable expérience de la nature surprendre les procédés de la vie et les lois du mouvemer: organisé. La maladie a décomposé sous nos yeux et dij monté en quelque sorte les pièces de l'appareil circulatoire comme pour nous exposer leur dépendance et tout à la foi leur indépendance. J'ai dit, on se le rappelle, que la dils tation des artères, propriété pour laquelle je ne trouva pas de nom, était une dilatation passivement active ou, l'on veut, une activité relative, et ce fait le prouve.
En effet, les artères se dilatent sous l'influence de l'ondé sanguine et de la contraction du cœur. Dans l'état ord naire et sain, l'harmonie merveilleuse de tous les mouv( ments de l'appareil circulatoire fait tort à la nature au yeux des observateurs. Ils prennent pour passivité, et con parent aux grossiers artifices de nos machines ce qui organisation intérieure, spontanéité partout, génératio hiérarchique de mouvements animés jusqu'à l'infini.