VIII
Encore sur les divers stades de la fièvre et les mouvements fébriles
des vaisseaux.
; Je veyiens h la fièvre et à ses stades de concentration bu de frisson, et d'expansion ou de chaleur. La pathologie 'doit confirmer les données de l'anatomie d'évolution, car la pathologie crée sous nos yeux à sa manière et décom- [)Osant les forces organiques, elle montre la loi par l'ano-
lalie, et par l'anarchie, l'ordre.
I J'observais hier une femme affectée d'un phlegmon Iliaque de cause puerpérale. Le pus avait passé sous Tarpade crurale et un abcès énorme venait faire saillie à la face interne et supérieure de la cuisse. Cet abcès ouvert, Ja main plongeait facilement dans la fosse iliaque évidée. lon y sentait l'artère ihaque battre avec une force considé- Ible. Cette impulsion représentait au moins celle de l'aorte ibdominale. La malade était néanmoins dans un état de cachexie purulente et de débihté profondes. Les battements du cœur étaient petits, faibles, étroits, àpeine auscultables : on ne les entendait qu'à leur point maximum. Le pouls radial en donnait une idée exacte par sa concentration et son exiguité fdiforme.
Ce défaut choquant de rapport hydrodynamique entre
l'impulsion du cœur, de l'artère iliaque et de la radiale n'est-il pas toute une théorie de la circulation? Que s'eslil passé là? Voilà une artère de troisième ordre qui a des battements plus forts que ceux du cœur, et les artères du corps ne participent pas à cette expansion et à cette contraction extraordinaires d'un \aisseau qui quelques jours auparavant soumettait exactement comme elles ses mouvements à ceux du centre commun.
Boërhaave aurait répondu que l'inflammation d'une grande quantité de vaisseaux capillaires créait un obstacle en aval de l'artère iliaque, et empêchant le facile écoulement de cette branche dans ses rameaux, dans ses ramuscules et enfin dans ses divisions les plus déliées, cet obstacle forçait toutes les colonnes du liquide à refluer dans leur tronc commun, à le dilater, à l'engorger, et que telle était la seule cause de la tension artérielle augmentée.
Cette explication serait un instant spécieuse si l'obstacle faisant sentir son influence jusqu'au cœur, excitait dans cet organe une réaction contre l'engouement artériel et y développait un redoublement de contraction en rapport avec cet obstacle et destiné à le surmonter. Mais non. La fièvre n'est pas inflammatoire, elle est hectique ; ou plutôt, il n'y a pas de fièvre au sens Boërhaavien, au contraire : le cœur semble battre d'autant plus faiblement que l'obstacle est plus considérable et que la tension artérielle est plus forte en amont du foyer inflammatoire ; ses contractions sont petites et misérables ainsi que le pouls exploré à la radiale, à la carotide primitive, etc.. L'artère iliaque seule se dilate et se contracte sans vis à tergo avec
ne énergie dix fois plus grande que celle du cœur, el sans ouls redoublé au poignet.
Ces faits sont fréquents comme l'inaammation, mais le lécauicisme ne les ^oit pas, il ne peut pas les voir. Le pourait-il et subsister?
Il existait donc chez ma malade à la veille de mourir, et u milieu de l'appareil circulatoire général exténué, un letit appareil circulatoire morbide très énergique, greffé ,our ainsi dire sur le premier, comme un parasite, y puiautlavie générale et se l'assimilant, appareil pourvu d'un blastème particulier, la lymphe plastique, base duphlegïion, des vaisseaux capillaires nouveaux développés au ,ein de ce protoplasme pathologique, et enfin, un centre asculaire accidentel dans l'artère principale de la région occupée parle travail inflammatoire.
Et il y a des médecins très instruits, qui savent que les Irtères sont enveloppées d'un réseau très riche de nerfs le la vie organique fondus dans les vaisseaux capillaires et )robablement dans le blastème fécondé par ces vaisseaux, )Our qui les vaisseaux sont pourvus de fibres musculaites, etc., qui touchent du doigt, par conséquent, les relayons physiologiques de toutes ces parties, c'est-à-dire leurs sympathies étroites et leur unité, et qui s'en vont demander ces rapports à des causes et à des dispositions mécaniques ! qui parlent de rétrécissement, de conduits obstrués, de reflux, de dilatation passive, de tension physique des artères, d'une force d'impulsion à tergo qui augmente en raison de lobstacle mécanique^ absolument comme s'il s'agissait d'une pompe engouée et manœuvrée par un ouvrier intelligent !
A quoi bon, si cela est, une puissance génératrice dans le plasma? des nerfs et des fibres musculaires, non pas ajoutés aux vaisseaux, mais leur organisme même ; dans ces vaisseaux, d'autres vaisseaux semblables et ainsi de suite, et du sang partout?
On se figure toujours — car tout cela n'est qu'imagiuanation — qu'il y a dans l'organisme vivant des solides et des liquides fixes, stables, condition indispensable pour parler hydrodynamique. Où a-t-on pris cela? Il n'y a ni solide, ni liquide, au sens mécanique, mais une transformation continue de parties mobiles ou intravasées en parties fixes ou extravasées, et de celles-ci en celles-là.
Ce mouvement de transformation ou de génération continue saisit ce qu'on nomme les liquides et les solides au premier instant de leur existence et ne les abandonne qu'à la mort. Il est plutôt vrai de dire que la mort en est la cessation. Et ce qu'il y a de plus remarquable et de caractéristique, c'est que les parties mobiles se transforment d'une manière continue en circulant et sont fixes et solides, c'est-à-dire stables dans leur composition sans cesse renouvelée ; et que les parties fixes ou ce qu'on appelle les solides, les tissus, sont mobiles ou fluides, et comme tels, dans une circulation continue. Ne faut-il pas avoir l'esprit mécanisé pour voir de la mécanique ou de l'hydrostatique dans une machine pareille? Et ne vaudrait-il pas bien mieux être mécanicien franchement et d'un bout à l'autre, une fois qu'on a adopté quelque chose de ce système, que de l'amalgamer avec des éléments physiologiques ou d'action spontanée, nerfs et fibres irritables, qui excluent les mathématiques ou l'inertie d'une manière
issi absolue que l'inertie et la mathématique les excluent ? • Où trouver dans tout cela de quoi faire un obstacle dans . sens mécanique? où un frottement? où quelque chose inerte à moins que de mort, surtout quand on pense que îlte génération et cette dégénération continues auxquelles échappe aucune partie de la matière animale, sont le 7incipe même des mouvements qu'on veut soumettre aux lis de la mécanique !
Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'on n'a s même pour soi les principes de cette belle science, msi, dans le cas que j'ai cité plus haut, l'hypothèse écaniciste manque de la force à tergo qui lui est nécesire pour exphquer la tension de l'artère iliaque : le cœur ait une action impulsive si faible, qu'elle pouvait bien pliquerun engouement et un croupissement, mais nulsment, à cause de cela même, une augmentation d'énerie . Pourquoi cette faiblesse cardiaque et cette réaction artéelle? Excitation sympathique, dira-t-on, produite par les erfs vaso-moteurs et réagissant par la contractihté vasculire. Vous admettez donc là une sensibihté et une irritailité motrice, par conséquent une spontanéité vasculaire? lais si la propagation des actions et des réactions s'y fait ar des nerfs et par des muscles, si elle s'y fait spontanéiient, comment s'y pourrait-elle faire mécaniquement, luisque l'un de ces genres d'action est le contraire de autre?
Mais voici de quelle manière on s'arrange de tout cela.
On admet bien que la force circulatoire initiale est )rgamque et mécaniquement incalculable, mais on livre i la mécanique tous les mouvements ultérieurs. Mon
lecleur a reconnu récleclisme que j'ai déjà combattu. C'est toujours le compromis de Galien entre la vie et la mort, comme aurait dit Bichat: contmmtio., contenta , enornienta, ou partes continentes, partes content œ et spiritus mflui ou pour parler français : une pompe, de l'eau et un pompier.
Mais faut-il le répéter, dans l'organisme, les liquides ne sont pas comme l'eau dans la pompe, contenus dans les solides, ils les engendrent ou les nourrissent; la force qui les met eu circulation et en conflit, ne leur est pas extérieure et étrangère comme le pompier, c'est leur vie même partout et toujours présente, chimère sans eux comme eux sans elle ? Cela ne fait donc pas trois choses comme en mécanique, mais une seule et indivisible.
L'exemple qu'on choisit et qui fait la base de cette pauvre physiologie, témoigne d'une absence de pensée qu'on n'oserait pas supposer chez des hommes de beaucoup de savoir et d'un incontestable talent, s'ils ne mettaient pas à l'exposer tout leur talent et tout leur savoir.
§XII
lléfutation d'une erreur de M. Marev.
Lorsqu'un homme, dit-on, lance avec son bras, une pierre dans l'espace , cette pierre « suit la même trajectoire qu'un projectile lancé par la poudre à canon ; et cependant, dans le premier cas^ c'est la.volonté d'un homme, c'est la contraction d'un muscle, c'est, en un mot, quelque chose de vital qui lui a donné l'impulsion, taudis que dans le second, c'est une force physique
ii a agi. De même le mouvement que le sang reçoit .1 cœur^est identique à celui qu'il recevrait d'une pompe .ulante, et les modifications de ce mouvement sont a ressort de l'hydrodynamique. Nous pourrons donc ,ut analyser dans le grand problème mécanico-phyologique qui nous occupe, sauf un point, la nature itime de la. force vitale qui produit ce mouvement. » larey. Recherches sur la circulation du sang à l'état phylogique et dans les maladies. Thèse de mars (1859). Ainsi, le sang lancé par le cœur dans les vaisseaux est îsimilé'à la pierre lancée dans l'espace. Et qui a posé ce oint de départ d'une théorie de la circulation ? Un jeune iédecin de talent (alors, mais aujourd'hui, un savant Lnent, membre de l'Institut, etc.), qui admet ce qu'on bpelle depuis quelque temps des nerfs vaso-moteurs, et bi a mis dans tout son jour l'existence de la contractilité un bout à l'autre du cercle vasculaire. Il n'y a que 'éclectisme pour avoir de ces contradictions. Tout le monde voit que la pierre lancée par un bras dans space est un corps étranger et inerte qui ne participe int à la nature de la cause motrice ; que celle-ci n'a ec elle qu'un rapport purement extérieur et physique pas le moindre rapport physiologique ; qu'elle n'est our ce corps que ce que lui est le choc d'un autre corps lerte, liquide, sohde ou gazeux; que ces deux corps ont été en relation que parce qu'ils sont des corps et u'ils possèdent l'un et l'autre les propriétés générales es corps, l'étendue et le mouvement, et que lorsqu'un orps vivant imprime à un corps inerte un mouveaent extérieur et l'élimine, ce ^corps obéit aux lois de
l'inertie et non aux lois de la spontanéité et de la vie.
^ N'est-il pas évident qu'une fois dans l'espace, la pierre n'a plus aucun rapport avec la force qui l'y a lancée, et <îue son mouvement appartient au physicien? Or, le sang mu dans les artères sous l'influence de la force organique centrale de son appareil, échappe-t-il jamais aux forces circulatoires et hématosiques dont tout cet appareil est ■constamment animé ? Est-il d'ailleurs pour le cœur et les vaisseaux un corps étranger?
Qu'une artère soit ouverte, et que le sang lancé par le cœur s'échappe au dehors par cette ouverture, le voilà dès ■ce point devenu un liquide et tombé comme tel dans le domaine physique ; mais tant qu'il reste dans les voies circulatoires, la force qui le meut après l'impulsion cardiaque est la même que pendant et qu'avant cette impul- «ion. Dès qu'il est hors du cœur, le sang est, si je peux ^iusi dire, ressaisi par des forces circulatoires et hématosiques subordonnées mais du même ordre qui se le transmettent et le modifient d'une manière continue. L'idée de continuité d'une force une fois bien comprise, mettrait fin à tous ces malentendus. On ne retomberait plus dans l'animisme toujours rajeuni par les travaux modernes qui devraient le ruiner.
La vie commence et la mécanique achève : c'est toujours et partout la même erreur. Mais prendre le sang lancé par le cœur dans les vaisseaux pour une pierre lancée par un bras dans l'espace, cela dépasse les hbertés de la comparaison et cache trop mal l'animisme et le mécauicisme inséparables.
La force initiale est un mystère dont on ne s'occupe
i C'est une âme, un pneuma, un je ne sais quoi intei- ] 'à l'observateur et dont le savant n'a pas h connaître. 1. effets de cette force, le mouvement du sang dans le nui nous occupe, effet d'un autre ordre que sa caus^ l.oumis à d'autres lois, voilà l'objet, le seul objet de l.servation et de la théorie.
Nous verrons plus tard que le sang est engendré par 1^ ^ur ou qu'ils sont nés simultanément du blastème, œ A met à néant cette idée superficielle et imaginaire de ng lancé par le cœur à la manière d'une pierre mue par bras. Je veux seulement montrer dans ce moment ianité de cette physiologie qui se croit exacte parce 'elle calcule le mouvement organisé avec les procédés, les instruments du mouvement mathématique et ab- •ait.
Ces physiologistes ont pour se tromper deux méthodes. La première consiste à réahser la supposition de la lerre lancée ; à convertir l'appareil circulatoire en une .tapulte et à conclure de cette parodie à la nature. Pour la, on adapte à une veine un tube, un manomètre; on )serve ce qui s'y passe, on note les vitesses, les poids, s hauteurs, la continuité, l'intermittence, et le tour est it; alors, des mouvements et rapports du hquide avec ce iube, on conclut des rapports du sang avec ses vaisseaux.
Quelquefois on se gêne moins encore. On construit un ippareil circulatoire de toutes pièces. L'air, l'eau, le verre, e caoutchouc, le mercure et l'imagination y jouent tous .es rôles ; et quand on a fini ses petits calculs, on les transporte au cœur, aux artères, aux capillaires, aux veines, sans ignorer que ce système est sensible et irritable et
ClHCULATlOiN DU SANO.
que les éléments organiques qui lui donnent ces propriétés suprà-physiques, ne font qu'un avec lui.
Cette première méthode est d'une naïveté extraoïdj, naire.
La seconde n'a pas celte simplicité. Elle est spécieuse elle trompe tout le monde par un faux air de physiologie et de vitaUsme. Au fond, elle n'est pas moius mécanique que la première.
On a vu que ce qui caractérise l'éclectisme physiologique, c'est d'admettre des propriétés vitales dans l'organisme, mais de les placer en dehors d'un mécanisme qu'elles font mouvoir de l'extérieur comme un pompier sa pompe. Il en résulte qu'alors même qu'on reconnaît aux artères des nerfs et des fibres irritables, on considère la sensibihté et la contractilité comme des forces étrangères agissant du dehors sur des tubes élastiques et ceux-ci sur un liquide tout à fait indépendant de sa force motrice initiale, absolument comme le bras sur la pierre qu'il a lancée dans l'espace, et que d'autres bras pourraient y relancer successivement, de manière à empêcher cette pierre, non pas de tendre par la gravitation vers le centre de la terre, mais d'y arriver au repos apparent. La circulation serait ainsi la réalisation du mouvement perpétuel, mais rien que du mouvement.
Nous retrouvons donc au bout de toutes nos critiques la même erreur capitale, le mouvement abstrait pris pour le mouvement organisé.
Le mouvement organisé diffère, on le sait, du mouvement abstrait et mathématique, en ce qu'il n'est que l'expression de forces intimes et spontanées, qui, elles, échappent
calcul et dont il suit les lois. La loi d'uu mouvement donc douuée par celle de la force d'où il émane ; et , ^tce qui fait la nature de ce mouvement. Or, les mathé- , liques ne s'occupent de la nature de quoi que ce soit. i:a hydrostatique même, elles n'ont point affaire à la use mue. Ce qu'elles doivent dégager, c'est une quani'^ et non un acte générateur. En physiologie, au con- 1 ire, il ne s'agit que de cela.
) L'école mathématique nouvelle qui accorde la contrac- I té à tous les vaisseaux, n'est donc pas plus vitaliste pour a que l'ancienne qui ne l'accordait qu'au cœur. Qu'estque la contractilité sans la sensibilité, et par conséquent^ 2s la spontanéité ou l'instinct? Et si cette dernière proété est partout dans l'appareil circulatoire; s'il n'est pas point de cet appareil qui ne soit doué de l'instinct guificateur, et si cet instinct a ses racines dans le sang -même, qu'ont donc à voir la mécanique et les princi- 5 du mouvement abstrait dans ce mouvement vital, ou ijours instinctif, toujours engendré ? Ce mouvement i liai qu'on salue en entrant et qu'on méprise ensuite pour 1 plus s'occuper que de ses prétendus effets mécaniques, < mouvement n'abdique jamais dans l'organisme. C'est [u'il faut l'étudier et non dehors. Au dedans, il est touirs initial, toujours organisé ; au dehors, peu importe sa lise initiale, car là, il ne s'agit que de plus et de moins, I nombre et de quantité. Là, que le sang soit poussé par cœur ou par un piston de machine, cela est indifférent, isqu'on tombe dans l'abstraction. La physique n'en est s encore sortie. C'est à la physiologie à lui donner xemple.
L'élasd'cité morte du tissu artériel trompe singulièremen les expérimentateurs. Ils se figurent que ses rapports avet. la contractilité sont les mêmes que ceux que nous imitons sur une artère coupée quand nous nous amusons à hi dilater ou à l'allonger avec notre main. Ils n'ont pas en core compris que l'élasticité de l'artère est mise en jei par l'artère elle-même et non par une force motrice exif rieure à l'artère.
La contractilité du vaisseau est au service de sa sensibilité, et son élasticité intimement fondue avec sa con tractilité. Il en résulte que c'est une élasticité organisée et que comme telle, chacun de ses mouvements lui vieni d'elle-même ; c'est une élasticité spontanée ou iustinclive. La contractilité qui lui est unie, n'agit donc pas sur elle: comme du dehors, elle lui appartient, elle agit en elle. Il n'y a pour le sang ni aval ni amont. Il faut laisser ces mots à l'École des ponts et chaussées.
Le mouvement qui se déploie dans un point donné du système artériel, à la naissance de l'artère radiale, par exemple, n'est point l'effet mécanique du mouvement qui^i l'a précédé à la fin de l'artère humérale : c'est un mouvement propre que ce point de l'artère n'a tiré que de lui. que de son instinct, bien qu'il soit subordonné aux mouvements instinctifs plus éminents du cœur et des autre; points de l'artère placés entre le cœur et lui. Mais celle subordination est organisée, c'est-à-dire qu'elle se compose de mouvements spontanément et instinctivement subordonnés.
Comment le contraire serait-il possible avec un liquide vivant et organisé lui-même et une conlractihté vasculair»^
CLIiNIQUE DES MALADIES DU CŒUR. 97
[u'ou veut bien reconnaître partout ? Si les vaisseaux sont )Ourvus de cette propriété, ils ne sont donc qu'un cœur .rolongé ; et votre physique et votre exactitude prétendues loivent les respecter comme le cœur, car vous n'essayez )as de calculer physiquement les mouvements de cet orane. Pour n'être pas physiques, ils sont pourtant matière observation autant que les phénomènes qu'on étudie en )hysique.
Dans l'organisme, vous voyez les choses en place, en ature, comme elles sont. En physique expérimentale, ous les arrachez à leurs rapports naturels, et vous les faites poser abstraites dans votre laboratoire. Prenez garde u'il n'en soit trop souvent ainsi en physiologie expérimentale...
La géologie, la physique du globe, la météorologie, ciences de réahtés naturelles, physiologie de notre plaète, sont à peine ébauchées. On verra ce que donneront es mathématiques quand on les appliquera à ces sciences line fois constituées et vivantes. Elles seront toujours un nstrument admirable h notre usage et pour la, construction e nos machines; mais à l'étude de la nature même inor- :anique, vue dans ses rapports réels, on peut prédire jju'elles seront moins utiles. Rien ne remplace l'observa- :ion ; et les mathématiques prétendent trop souvent à nous fen dispenser.
Une sensibilité particulière a l'initiative de tout mouvement des vaisseaux, et ces mouvements sont subordonnés à ce principe.
Il faut donc que les expérimentateurs qui viennent de
CIRCULATION DU SAING.
faire un beau progrès en comptant avec la contractilité des vaisseaux, en fassent un grand plus encore en comptant avec leur sensibilité. Cette propriété fondamentale des organes est moins arbitraire, elle se prête moins aux artifices trompeurs de l'expérimentation que les imitations qu'on s'ingénie à lui substituer. On l'exclut sous prétexte de mystère, de fait occulte et insaisissable dont les effets seuls sont appréciables, et on veut ne s'occuper que de ceux-ci. On fait bien ; mais on doit savoir que les effets d'une cause donnée ne sont rien s'ils ne sont pas cette cause elle-même manifestée et agissant, et qu'il est par conséquent aussi impossible d'étudier les effets sans la cause que la cause sans les effets. Le contraire est uue abstraction déplorable que je ne me lasserai pas de signaler, parce qu'elle est la source de toutes les erreurs que je combats, comme sa suppression est le principe du vitalisme organique que je professe et qui repose tout entier sur la substitution de l'anatomie d'évolution à l'anatomie topographique. Celle-ci entraîne invinciblement l'animisme avec elle ; l'anatomie d'évolution l'exclut non moins nécessairement.
La sensibilité est inhérente à l'animal et aussi essentielle à chacune de ses parties à l'infmi que la gravitation à la pierre et à chacune de ses parties à l'infini. En soi, elle est indivisible. On peut bien diviser les parties sensibles, mais la sensibihté, non ; chaque partie en renferme ou en emporte ce qui lui est nécessaire pour subsister, comme les tronçons dispersés du lombric. 11 n'y a pas de mouvement, pas de contractihté ou d'irritabihté sans elle. On croit que ces propriétés de l'artère sont excitées par l'ondée sau-
ouiue, OU plutôt, par l'élasticité que son impulsion toute mécanique met en jeu et que la contractilité réglerait ensuite et ramènerait à son état moyen, etc. On n'oublie que la sensibilité, véritable régulateur, coordonnateur inné de tous ces mouvements.
L'école expérimentale cherche toujours les causes à l'extérieur parce que dans les appareils inertes qu'elle fabrique elle-même, elle ne peut pas les placer ailleurs. Et pourtant, tous les mouvements d'une artère, comme ceux du cœur et de tout organe moteur, naissent de son blas : voilà pour leur cause efficiente ou première ; ils sont coordonnés par un élément nerveux, voilà pour leur régularisation ; ils s'accomphssent ou se consomment sous l'influence de l'élément respiratoire ou animateur qui circule avec le sang, voilà pour leur cause excitante. On voit que tout se passe au-dedans, que tout est vital, spontané, constamment engendré, et que rien ne se fait mécaniquement ou de l'extérieur.
Deux choses fascinent : le choc de l'ondée sanguine et l'élasticité. Il faut les ramener à leur valeur.
L'ondée sanguine d'oii l'on fait tout sortir — et avec raison — est un flot animé. Soit qu'on la considère dans sa nature intérieure, soit qu'on la considère dans son mouvement apparent, elle est d'un ordre supérieur à l'ordre physique et ne peut être comparée à la projection d'un hquide inorganique dans des tubes inertes.
Rappelons d'abord que tout dans l'organisme commence par une impression, que rien ne se fait que consécutivement à une perception ou représentation interne, claire ou obscure, distincte ou confuse et, comme aurait
dit Bichat, animale ou organique. Les vaisseaux n'échappentpas à celte loi. L'ondée sanguine agit donc sur l'artère par impression. Mais cette impression ne doit pas être comparée à celle que produirait à l'intérieur de l'artère un agent chimique ou une excitation physique. Le sang n'est pas pour elle un corps étranger. Il y a entre elle et lui uue harmonie parfaite de nature et d'action. C'est un consensm ; et voilà ce que le mécanicisme ne voit pas. Il y a toujours un rapport organique du sang au vaisseau et de celui-ci au sang. Ce point de vue nouveau change toutes les conséquences. M Le sang et l'artère se meuvent ensemble et par excitai tion réciproque ou sympathie. L'ondée sanguine n'exerci donc sur Tartère ni une action chimique par sa composa tion comme le ferait un hquide étranger, ni un choc phyi sique par son impulsion. I - Ils sont nés ensemble d'une action commune, ils agisseirl ensemble et fonctionnent incessamment en vertu de Ir même action.
L'appareil circulatoire, et pour me borner à la partie de cet appareil que nous étudions en ce moment, l'artère a été conçue une première fois et elle s'est développée en vertu de cette conception. Sa formation n'a été que le déroulement de cette conception première. Eh bien, chaque mouvement de l'artère formée se fait aussi en vertu d'une conception préalable, il est toujours conçu avant d'être exécuté, absolument comme un mouvement de la vie de relation est nécessairement conçu quelque part avant d'être exécuté et consommé par le muscle.
Or, de ce qu'ici l'organe sensible ou représentatif est
oiulu dans l'agent moteur ou exécutif, ou le nerf avec les uitres éléments organiques de l'artère tels que le tissu aune et la fibre musculaire lisse, il n'en faut pas coulure que les choses se passent autrement que dans les onctions et appareils où les éléments organiques sont disiucts et centralisés.
Arraché de la poitrine de l'animal, le cœur se contracte \ thmiquement; séparé des centres nerveux, yide de sang — dans ses cavités au moins — il conserve quelque temps es instincts parce qu'ils sont naturels à sa fibre et aux crfs organiques ou ganglionnaires qui la suivent partout. L'intestin jouit aussi de cette propriété. L'artère n'en est as dépourvue. Il est vrai qu'elle la possède d'autant plus u'elle est moins rapprochée du cœur; mais ce caractère îontîrme précisément la vérité importante que je veux îtablir. L'aorte, par exemple, est sous l'influence imméliate du cœur; elle est à l'agent principal de la circulation 3e que le tendon est au muscle ; le cœur agit pour elle, si je peux ainsi dire, et dès lors elle n'a pas besoin d'une ac- :ion propre aussi prononcée et aussi indépendante que les irtères très éloignées du centre circulatoire et très rapprochées des vaisseaux capillaires en qui les mouvements san- ^uificateurs propres et indépendants sont portés à leur plus [laut point. Aussi l'aorte ne donnerait pas dans les malaies des renseignements aussi précieux que l'aitère radiale ou toute autre artère éloignée du cœur, parce qu'elle ne réagit pas sous l'influence des mouvements du cœur d'une manière aussi indépendante que les artères de troisième ordre pourvues d'une vie circulatoire propre beaucoup plus riche.
N'oublions donc pas que chaque vaisseau est doué d'un sens qui porte en lui comme en germe le principe de tous ses mouvements ; que ce sens répandu partout, dirige et coordonne toutes les actions de l'artère, et que l'ondée sanguine en est le stimulant. Ce flot vivant lui-même, n'agit donc pas sur l'élasticité de l'artère abstraite par les' expérimentateurs, comme une colonne liquide agit sur les parois d'un tube de caoutchouc; il agit par impression. Quanta son impulsion, elle n'est pas chose distincte de l'impression. Elle agit par propagation de mouvements physiologiques c'est-à-dire par une véritable génération de mouvements tout dans un organisme vivant s'opérant par ce procédé L'artère a besoin de cette excitation physiologique pour s dilater.
Et en effet, lorsque le sang n'a pas respiré, qu'il est im propre à stimuler et à nourrir les organes, les artères pa plus que le cœur ne se dilatent et ne se contractent sou son influence. Il n'y a plus d'ondée sanguine. Le sang pa ralysé paralyse ses vaisseaux ; ceux-ci, privés de sens e de lumière, si je peux ainsi dire, n'animent plus le sang Leur action réciproque est suspendue. Alors, ou le san reste liquide, il n'a plus même la force de mourir par coa gulation de sa fibrine ; ou bien il perd simultanément et s fluidité et sa tendance au mouvement, comme l'artère son sens et son irritabilité hématosiques.
Il n'est question en tout cela ni d'impulsion mécaniqu ni d'élasticité inorganique. Ce sont, comme on le voit, des actions d'un tout autre ordre. La théorie abstraite de la circulation est jugée par ses fruits. Elle n'explique rien, parce qu'elle ne vit pas.
CLINIQUE DES MALADIES DU COEUR. i03
Une iaflammatioa frappe la membrane interne d'une ■tère ; le sang entre avec son vaisseau dans de nouveaux ipports. Celui-ci, au lieu d'exercer sur le fluide vivant,
"C lequel il est physiologiquement uni par les lois de la IIS étroite sympathie, l'action fluidifiante et vitale qu'A a tlinairement, exerce sur lui une action coagulante. Au Hi de se mouvoir dans cette cavité autrement sensible, itrement vivante, il s'y arrête, contracte avec elle des Ihérences, et sang et vaisseau, tout se transforme, tout sparaît; il n'y a plus ni contenant ni contenu. Oii est lasticité? où l'ondée sanguine? oii les deux conditions ' l'appareil hydraulique ? Si efles n'existfent plus en ce ornent, comment auraient-elles existé la seconde d'avant?
les phénomènes sont différents dans l'état sain, oseit-on dire que la nature des forces n'est pas la même ns les deux états?
Ce n'est point par une action mécanique que j'ai arrêté ijsi le mouvement circulatoire dans ce vaisseau ; ce n'est tint une compression, une hgature, un obstacle physique le j'y ai apporté du dehors. Tout a été intime, tout est né ' l'artère même ou du sang. Un autre mode de vitahté y t né qui a perverti le sens et l'instinct hématosiques. Votre ston imaginaire a eu beau lancer votre ondée abstraite, 'tre élasticité prétendue inorganique a eu beau en rece- 'ir le choc sans aucun empêchement mécanique, tout îst arrêté spontanément sans que le cœur y ait pris aume part directe. Ce fait souffle sur toutes vos abstractions
les dissipe , La sensibihté de l'élasticité artérielle a été odiflée, cefle de l'ondée sanguine s'est mise en rapport ithologique avec elle, et i\ en est résulté, non une modi-
fîcation d'hydroslalique, mais la formation d'un tissu nou~ veau, ni , sang, ni artère, inférieur en organisation au sang et à l'artère vivant encore, mais sans fonctions spéciales dans l'économie, ayant ses vaisseaux particuliers, mais n'étant plus vaisseaux en général.
Loi de la formation des vaisseaux supplémentaires quand une artèn
principale est supprimée.
Cependant, tout n'en reste pas là. La spontanéité vasculaire ou l'instinct hématosique des vaisseaux, a dès ce moment une autre fonction à remplir.
Si la soudaineté de l'oblitération artérielle n'a pas tellement surpris les vaisseaux capillaires, que la circulation ait pu y continuer si peu que ce soit par d'autres artères, le& petits vaisseaux d'abord réduits à leur minimum d'action, vont puiser spontanément en eux un redoublement singulier d'énergie. Immédiatement après la suppression de la branche artérielle, les tissus alimentés par les capillaires nés de cette branche ont pâli, perdu de leur sensibilité, se sont refroidis, la vie y a été menacée. Cette partie s'est trouvée momentanément dans une sorte d'hibernation ; des efiTets analogues à ceux de la congélation des tissus vivants ont été sur le point de s'y produire. Quoiqu'il ea soit, supposons qu'ils aient échappé à la mort, comme cela se voit lorsque la suppression de la circulation a,rtérielle n'est pas trop brusque.
Ces vaisseaux capillaires, d'abord réduits à leur plus
CLINIQUE DES MALADIES DU CŒUR. 105 Me action, vont spontanément réagir. Une vascularité ,pillaire plus riche va se développer avec plus de rougeur, , chaleur et une sorte d'épanouissement fluxionnaire ; 1 artères collatérales Yont se dilater synergiquement et pudront peu à peu le volume de l'artère supprimée . elles étaient bien loin d'avoir.
Je prie de remarquer que le cœur n'est entré spéciale- ]Mit pour rien dans ce travail accidentel. Voilà une circulion nouvelle, ou du moins renouvelée, à laquelle il n'a iêté que ce qu'il prête à toutes les autres parties de Fappail en qui rien de particulier ne s'est passé. Par qui, des i tères de quatre ou cinquième ordre, sont-elles devenues s artères de troisième ordre, des artérioles artères, des illaires artérioles? On veut que la diastole artérielle soit sivement produite par l'ondée sanguine passive elle- 3me que lance le cœur mécaniquement aussi sans ute, car je défie qu'on s'arrête à lui ! — Mais dans le s dont il s'agit, l'impulsion cardiaque n'a point augmenté. ;la se voit pourtant quelquefois ; mais cela n'est pas ■cessaire. Une impulsion cardiaque plus énergique et hrile, nuit même quelquefois à l'espèce d'épigénèse lutaire qu'accompHt dans ce cas la nature. J'aborderai tout à l'heure cette grosse affaire de la rce ou de la faiblesse vasculaire dans l'état morbide, qui )Qne lieu depuis quelque temps à tant d'erreurs dans la lysiologie. Pour le moment, une seule chose m'occupe ms le fait si riche que je viens de rappeler. En connaît- 1 un autre plus propre à démon! rer l'espèce d'activité de I- diastole artérielle, le vrai rôle du sang dans ce mouvelent, et d'éclairer par conséquent, les deux points en li-
tige, le rôle de l'oudée sanguiae et celui de l'élasticité des artères ?
Voici des artères supplémentaires dont la diastole a augmenté, et augmente progressivement sans que h systole cardiaque se soit accrue. Se paiera-t-on encore ici ayec de l'aval et de l'amont, avec des obstacles mécaniques qui produisent la stagnation et la plénitude? Mais l'artère ne s'est pas dilatée au-dessus de son oblitération, au contraire. Puis, ce sont des artères collatérales qui se sont développées, et savez-vous comment, et dans quel sens? des capillaires artériels vers les artérioles, et de celles-ci vers les artères... La réaction, la diastole plastique et fonctionnelle, la génération supplémentaire d'organes et de mouvements se sont faites en sens inverse de celui qu'elles auraient dû affecter si la dilatation des artères était passive. Si ce n'est pas le cœur qui a dilaté ces vaisseaux par une projection répétée d'ondées sanguines plus fortes, plus rapides, plus volumineuses, comme il conviendrait dans le cas où il serait l'agent mécanique de la circulation, je défie qu'on ne reconnaisse pas que celte dilatation a été active, et qu'on ne transporte pas ce principe à la circulation générale désormais réformée. Dès ce moment, en effet, il faut remplacer Timpulsion physique par l'impression de l'ondée, et l'élasticité de l'artère par son expansion. Tout dans l'organisme commence par une impression. Or, toute impression est une véritable conception. Ce qui ne commencerait pas par là, serait inorganique, corps étranger, cause excitante de trouble, bientôt éliminé.
Mais il y a des impressions provoquées par des causes externes qu'on nomme stimulations, excitations ; il y eu a
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si d'internes ou de spontanées. Les premières ne sont celles-ci provoquées et dirigées vers tel ou tel résultat. >jcune cause extérieure ou excitante n'ayant déterminé, ^ns l'exemple que j'ai choisi, la direction des mouvements , sang et la dilatation supplémentaire éminemment active artères collatérales, en vertu de quelle force cet effet ; -il été produit? En vertu du stimulus de nécessité, réponiciit Ilunter.
§ XII
I Le stimulus de nécessité de Hunier.
)u sent très bien ce que sous cette tournure un peu ^lilienne, a voulu dire le grand vitaliste. Lorsqu'un aniid pressé par un danger trouve fermées les voies ordinaik de sa fuite, il se détourne, et par un effort extraordinaire, i péril même de sa vie, il se fraye une autre issue. Par < oi y a-t-il été excité ? Ici, tout le monde dira avec Hunter, la nécessité. En ajoutant le mot stimulus, Hunter élève sens commun jusqu'à la science. Qu'est-ce donc que «lie nécessité? Un commencement de philosophie nous que dans ce cas, l'animal a obéi aux lois de sa nature. ' . comme les lois de la nature corporelle, comme tout ■ qui est placé hors du domaine du moi et de la voaté n'est pas libre, dire qu'un animal a obéi aux lois sa nature, c'est dire qu'il a été mu par la nécessité, lis le mot stimulus de nécessité signifie quelque chose de us. C'est une expression physiologique, qui nous force à ilrer dans les choses et à joindre, pour parler comme ibnitz, la connaissance de la cause efficiente du fait à .
celle de sa cause finale. C'était pour Leibuitz, le père phi. losophique du vitalisraemoderne, la conditionde la science
De quelle nature est le stimulus qui a poussé l'animal tout entier à prendre sans les connaître par expérience et sans les avoir appris, les moyens de défense qui l'ont sauvé? La vue du danger, voilà, dira-t-on, la cause déterminante, voilà l'occasion du déploiement extraordinaire d'actions organiques, de force musculaire, etc., qui va vaincre les obstacles. Mais qu'est-ce que l'impression de ce danger ou de ces obstacles, non plus hors de l'animal, mais en lui ? C'est, en effet, l'animal et non la circonstance, qui produit la force ou le stimulus de nécessité dont parle Hunter. Cette impression ou ce stimulus interne, n'est autre chose que la conception vivante du fait extérieur. 1
Le fait, le danger, cet obstacle menaçant pour la de l'animal sont aussitôt conçus et représentés dans si système nerveux. Cette conception tout interne ou ce pk animé de la chose extérieure, tel est l'aiguillon instinctif^ irrésistible qui va stimuler tous les appareils, mais définit! vement les muscles, à opérer avec une exactitude prodi^^r gieuse les mouvements nécessaires.
Une fois l'obstacle vaincu ou assimilé, le stimulus à^m nécessité cesse d'agir, c'est-à-dire que le plan auiméî4a conçu sous l'influence de la nécessité ou de la loi de vivre s'efface et rentre dans les profondeurs de la mémoire orgai nique qui est le système nerveux, pour se raviver à première occasion et stimuler l'animal aux mêmes actioi
On m'accordera cette théorie pour les fonctions quî s'exécutent par des centres nerveux; mais personne nô*4» songe à l'appliquer aux actions organiques intimes, aux
raivements obscurs des viscères qui s'accomplissent sans I participation spéciale des centres nerveux. Cette conlra- ^lion introduit nécessairement l'éclectisme dans la I y Biologie.
'an mot d'explication. Il y va de la théorie de la circuon et de toutes les fonctions livrées par l'erreur que je signaler, aux explications de la mécanique et de la mie.
es actions du système nerveux se font de deux manières, e directe, l'autre indirecte. On nomme celle-ci rée ou instinctive.
3es deux manières d'agir du système méritent d'être n distinguées. C'est en effet par une étude approfondie > deux pôles de tout appareil organique, qu'on parviendra ihasser l'animisme de la physiologie, c'est-à-dire, à n comprendre l'unité de l'animal sans l'intervention mes, depiieima, de principes de vie et d'unité distincts
organes.
Les actions du système nerveux, qu'elles soient directes
0 réfléchies et combinées, ou indirectes, réflexes et iniscientes, sont au fond de même nature ; ce sont tou-
1 rs des actions de sensibilité, de mouvement et de coorilion. Cela est bien évident chez les animaux dépourvus
(.centres, et chez qui l'élément nerveux, ou l'élément seusle et régulateur des mouvements, est fondu avec les au- I s éléments organiques, tels que la substance musculaire.
.e qui distingue les actions d'un animal de ce genre, de < les d'un animal pourvu de centres nerveux et capable, K conséquent, d'actions élaborées et réfléchies, c'est e chez celui-ci, entre l'impression reçue, et l'exécu-
lion des mouvements consécutifs à cette impression, j peut y avoir, il y a souvent un travail central, véritabL opération nerveuse réfléchie, sorte de digestion de l'im pression du sens , transmise au cerveau , élaborée dan ce centre et qui se traduit par une mimique de l'intelli gence, simulant le travail de la pensée, et que les personne peu versées dans la métaphysique, confondent avec L combinaison des idées et les opérations de la raison. Dan ce cas, la conception organique commencée au sen externe, à la rétine, je suppose, va s'achever au cerveau oii tout le monde l'appelle de ce nom, et d'oii elle arrivi réfléchie aux organes chargés d'exécuter les mouvement conçus. I
Hé bien, je le répète, qu^elle soit directe ou réfléchie 11 conception est au fond de même nature. Un acte organiii que élémentaire est essentiellement le même qu'un aciîl organique centrahsé, car celui-ci ne diffère du premied qu'en ce qu'il le représente à un degré plus éminent. Om ne peut donc pas concevoir une action organique que» que intime, quelque élémentaire qu'elle soit, qui ne coma mence par une conception de sa fonction. Cela est auss vrai des fonctions végétatives et des mouvements opéréâ directement par la contractihté organique même insensiblea que des fonctions de la vie de relation. La digestionr l'absorption, la respiration, la circulation, les sécrétions^ la nutrition, sont soumises à cette loi : sans cela elles n'ap ( partiendraient pas à l'animal et seraient hors de l'unité.
Que l'impression ou la conception soient obscures e. j latentes, qu'elles ne soient pas perçues par le cerveau, elle n'en existent pas moins, même dans les profondeurs d<
CLINIQUE DES MALADIES DU COEUR. iii
rorgauisatioD. Bichat l'avait bien vu; ce fut son génie ; c'est ce qui le conservera après Bordeu et Hunter dans la ligue des pères de la physiologie.
Mais, si la fonction nerveuse simple et directe est essentiellement de même nature que la fonction nerveuse composée et réOéchie, elle en diffère pourtant par un caractère que les mots expriment parfaitement. Cette différence accessoire quoique importante, trompe sur la nature des affinités organiques et des mouvements vitaux élémentaires et les livre facilement aux explications de la mécanique et de la chimie.
On a vu que dans les fonctions nerveuses réfléchies, il pouvait y avoir, il y avait souvent un travail central, un li avail de comparaison instinctive des impressions qui en impose pour une opération de la raison. Il n'en est pas de même pour les fonctions nerveuses directes et simples. L'acte qui suit la conception , et qui en est la réaHsation organique, cet acte est immédiat. Entre lui et l'impression, il ne se passe aucun travail de réflexion organique. C'est l'instinct pur et simple, Imstinct dans ce qu'il a de l)lus élémentaire ; mais c'est toujours l'instinct. Celui-là, personne ne songera à Fassimiler à l'inteUigence. Pourquoi ? Parce qu'il ne s'opère pas au moyen d'actions réfléchies ; et pourtant, ils ne diffèrent pas au fond ; la matière uerveuse qu'elle soit diffuse ou qu'elle soit centrahsée, •st toujours la matière nerveuse, elle jouit essentiellement (les mêmes propriétés.
Quand il s'agit d'action nerveuse centrale et réfléchie, personne n'est chimiste ou mécanicien. S'agit-il d'action nerveuse simple et directe , d'une sécrétion, d'un mouve-
H2 CIRCULATION DU SANG
ment nutritif, delà circulation d'un fluide, etc., la chimie et la mécanique se chargent des explications. Elles n'ont pourtant rien de plus à y voir que dans les actions réflexes. Là où la matière nerveuse est centralisée, on admet un je ne sais quoi dont on refuse de s'occuper parce qu'on convient que la physique de laboratoire et la chimie sont incompétentes et qu'on ne connaît pas encore d'autres méthodes que celles de ces sciences.
Mais ces sciences prennent leur revanche dans la théorie des mouvements opérés par les muscles, parce qu'elles ont l'art inoui d'abstraire ces mouvements de leur cause intime et de leur mode de génération ou de leur iiature. Elles se dédommagent aussi dans la théorie des actions qu'on nomme végétatives ou de chimie vivante, parce qu'elles les abstraient également de leur cause et de lei nature, oubliant qu'elles sont aussi bien que les acti centrales, essentiellement soumises à la loi de l'impre? sion ou de la conception, et par conséquent à la loi delà génération qui est le principe des corps organisés, la base constante et continue de toutes leurs actions à l'infmi.^^
Ne voit-on pas les sujets à tempérament nerveux, cbeP qui les centres de ce système sont marqués dans la santé et dans les maladies d'une originahté qui étonne le phy- l' siologistè et déroute le médecin, ne voit-on pas, dis-je, les fonctions végétatives et les mouvements de la vie organique présenter aussi des originalités, ou, comme ofljj dit, des idiosyncrasies, analogues à celles des centres^ nerveux et du caractère, et montrer par là, que tout dans l'organisme, même les actions les plus immédiates elles plus directes, se fait par la matière nerveuse et dès lors
)ar impression ou par conception et génération ? Tout est •ivant dans l'organisme, parce que tout y continue comme OUI y a commencé, et ne peut pas plus continuer que îommencer autrement.
Cette digression apparente ne nous a éloigné du détail le notre problème que pour nous rapprocher de sa soluion. Je les ai appliqués d'avance. Il ne reste qu'à produire a preuve par les faits.
On se souvient que ce sont les erreurs professées sur le -apport de l'ondée sanguine et de l'élasticité des artères ffui m'ont forcé à entrer dans ces considérations sur l'im- )ression et sur l'action nerveuse en général.
.es artères sont aussi bien spontanément expansibles que contractiles.
En vertu des principes que je viens de poser et qui sont 'opposé des principes de la mécanique, l'activité de la lilatation des artères dans le cas de circulation supplénentaire se comprend, elle est naturelle et nécessaire, andis que l'hypothèse du mécanicisme est insensée et oresque ridicule. Dans mon exemple, on prend la nature >ur le fait comme dans l'embryogénie, et mieux encore Dour les esprits qu'il faut suivre et convaincre sur le :errain de l'anatomie topographique. Ici tout préexistait, organisation et action, rien n'a été engendré ab ovo. On pouvait me contester cette loi que j'ai énoncée tant de fois parce qu'elle est la base de la physiologie : il faut expliquer par un même vrimipe et la formation des organes et
leurs actions une fois qii ils sont formés, sous prétexte que quand les organes sont formés, ils présentent des conditions mécaniques et chimiques inappréciables auparavant et dont il faut tenir compte quand elles existent.
Quoiqu'il soit vrai de dire que cette objection accuse un manque de sens physiologique, j'aime encore mieux n'avoir pas à la réfuter et pouvoir m'appuyer sur des faits ■ auxquels on ne peut pas l'adresser. Tel est le fait du rétablissement de la circulation artérielle par des voies collatérales.
J'ai remplacé dans cet exemple le stimulus de nécessité de Hunter, par un fait physiologique positif ; car ce mot pourrait scandaliser les faibles, ou n'être qu'un mot aux \ yeux des personnes peu famiharisées avec le génie de l'illustre Anglais et l'originalité profonde des expressions qu'il improvise. Nul doute que le stimulus de nécessité, c'est-à-dire la conception interne du danger dont l'organisme entier ou une de ses parties sont menacés, n'agisse de la > même manière, ne soit la même force irritée ici et là par; des obstacles différents. Les sang et les vaisseaux ont fait dans un cas ce que tout le système a fait dans l'autre.
Ce sont les mêmes procédés et les mêmes effets géné- raux; rien de plus légitime que de conclure des uns aux autres. Chaque partie jusqu'à l'infini est vivante, et fait au fond la même chose que le tout. Une cellule est un système aussi complet dans son genre que l'organisme entier.
Si on prouve la dilatation active des artères, ou a renversé tout le système de la circulation Harvéienne et fait une révolution en physiologie. Pour moi, je suis si per-
siiadé de l'existence de cette propriété dans tous les tissus contractiles en général et dans les artères en particulier, que sans l'expansibilité, la contractilité me paraît un non-sens, une chose impossible. J'oserais même dire ique dans l'ordre physiologique, l'expansibilité précède la contractilité. Il en est de même au cœur où, d'après l'embryologie, la dilatation des oreillettes est le premier des mouvements de cet organe.
Quand on voit se former le cœur des poissons, on ne trouve pas la moindre hardiesse à avancer cette proposition. Au moment de son apparition dans l'embryon de ces animaux, le cœur a la forme d'un vaisseau. On dirait une petite portion d'artère fermée à ses deux bouts. Cet utricule allongé renferme un liquide blanchâtre : c'est le sang. D'où vient-il ? Du blastême cardiaque en nême temps que sa paroi. Où va-t-il ? Nulle part. Il ne )araît se mouvoir, circuler que pour lui-même. Il oscille a se formant, il se forme en oscillant. On ne voit pas qu'il ommunique encore avec le reste de l'appareil circulatoire L la formation duquel il préside comme tout à l'heure il •résidera à son mouvement et à sa fonction. Or, le preaier mouvement qu'aperçoive l'observateur penché sur ce mystère, est une diastole, un mouvement d'expansion. I est-ce pas à croire que chez les mammifères et chez liomme, le punctum saliens s'est manifesté par une ilatation avant d'opérer sa première contraction ? Nous avons vu plus haut, en parlant du frisson fébrile, [ue dans ce stade de la fièvre, le sang éprouve avec les aisseaux un mouvement spontané de retrait. Ce mouvenent est suivi d'une expansion simultanée et indivisible
H6 CIRCULATION DU SANG-
des vaisseaux et du sang, et c'est ce mouvement même qui forme et caractérise le stade de chaleur qu'on nomme aussi stade d'expansion.
N'est-il pas évident que ce mouvement se fait par intussusceptionou de dedans au dehors; que c'est une véritable évolution, et que la fièvre est une génération morbide ? Sans cela, serait-il un mouvement d'expansion? Où est la force à tergo qui exphque mécaniquement cette expansion? ' La fièvre, le stade de chaud, est-elle donc une pure excitation du cœur à laquelle tout le système vasculaire serait étranger et oti il serait complètement passif? Depuisquand n'est-elle plus une affection générale ? Et d'ailleurs, dans les fièvres locales ou inflammations sans fièvre générale, où est le cœur capable de produire l'expansiGo de l'artère qui ahmente le foyer inflammatoire ? Le mouvement principal de cette artère n'est-il pas l'expansion ? Croit-on que la dilatation des capillaires, siège plus immédiat de rinQammation, soit passive ? Personne ne l'oserait plus. Singulière inertie que celle d'une partie quiengen-dre des tissus et des vaisseaux nouveaux ! Or, la dilatation des capillaires enflammés étant active, comment celle de&^ artères ne le serait-elle pas? Mais dans l'exemple que j'ai ^ choisi de la dilatation des artères collatérales pour suppléer à une artère principale obhtérée, des capillaires à qui on accorde la dilatation active ou l'expansion, vont devenir des artérioles et celles-ci des artères ! Et en acquérant des propriétés plus énergiques, en se développant, elles perdraient leur faculté principale, celle sur laquelle • reposent les nouvelles fonctions qu'elles vont avoir à remphr !
Pour professer la diastole artérielle passive, il faut n'avoir jamais tenu entre ses doigts un cordon ombilical avant la chute du placenta. Quelle vigueur de diastole, et comme l'expansion s'y fait sentir ! Et quand on sait que les vaisseaux utérins ne communiquent pas plus directement et mécaniquement avec les vaisseaux placentaires, que les vaisseaux d'une fausse membrane avec ceux du tissu sur lequel elle s'est développée; quand on sait que le placenta et le fœtus sont greffés sur l'utérus, comment supposer que le mouvement si énergique des veines ombilicales, leur mouvement principal, soitle produit mécaniquement évaluable de la contraction du ventricule gauche de la mère ; et que la contraction du ventricule gauche du fœtus, soit seule la cause physique, par conséquent, qui ramène le sang du fœtus à travers les vaisseaux non communicants du placenta, jusqu'à l'oreillette droite de la mère ?... Tout cela est bien indigne d'une science.
Dans certaines espèces d'animaux, le cochon, par exemple, le placenta ou les placentas ne sont pas adhérents ; ils ne sont en rapport avec la surface interne de l'utérus que par contiguité, comme la plèvre pulmonaire avec la plèvre costale. Néanmoins, les veines ombihcales qui transportent le sang placentaire au fœtus battent énergiquement. Je demande comment on peut concevoir les mouvements de ces vaisseaux sans diastole active ? Yelpeau cite dans son traité d'ovologie, un cas d'insertion du placenta humain sur une partie de l'utérus frappée de •dégénération fibreuse, c'est-à-dire sur un tissu exclusivement nourri par des fluides blancs. En vertu de quelle force se dilatent les artères dans tous ces cas ? car dans le
dernier, les mouvements des vaisseaux sont aussi incompréhensibles avec la théorie régnante que dans celui de la truie aux placentas non adhérents.
On connaît ces faits ; mais on ignore la méthode au moyen de laquelle ils se peuvent rattacher à la théorie du mouvement des artères qui naissent immédiatement du cœur et portent plus directement le sang à toutes les parties. Cette méthode est une sous le triple aspect de l'aDatomie comparée, de l'embryogénie et de la pathologie.
Si dans les exemples que j'ai cités, l'ondée sanguine et l'élasticité artérielle ne peuvent évidemment être considérées l'une par rapport à l'autre comme une cause et un effet de l'ordre mécanique qu'à la faveur d'une abstraction monstrueuse, n'y a-t-il déjà pas dans ce rapprochement, une très forte présomption, pour ne pas dire plus, que les mêmes lois présidant partout aux mêmes fonctions, les physiologistes sont dupes de certaines illusions, quand il s'agit de la circulation cardiaco-artérielle, et que ces illusions viennent de ce que la méthode physiologique n'existant pas encore, ils appHquent à la science de la ■vie les méthodes artificielles et tout arbitraires d'après laquelle ils étudient les phénomènes physiques dans leurs laboratoires ?
Il faut donc se rappeler en ce moment, qu'à un certain degré de la série animale et du développement embryonnaire de l'homme, la circulation artérielle a été aussi indépendante du cœur que nous le venons de voir dans la circulation ombihco-placentaire, et se bien pénétrer, surtout, de cette loi anatomique, savoir que ce que l'organisme a une fois acquis, il ne le perd plus, mais
qu'au fur et à mesure que les organes et les fonctions se centralisent, elles se hiérarchisent, et que ce que les centres d'une fonction gagnent en force et en perfection, es éléments de cette fonction tendent à s'en dépouiller le plus en plus au profit de ces centres, n'en étant touteois jamais complètement privés, sans quoi les centres euxnêmes, n'ayant plus rien à représenter, n'auraient plus le raison d'être et n'existeraient pas.
De ce que dans la grande circulation, l'action des arbres est exactement subordonnée à celle du cœur, il n'en aut donc pas conclure que cette action soit nulle, mais [u'elle est subordonnée, et que cette subordination coniste en ce que les artères font secondairement tout ce [ue fait le cœur principalement.
La pathologie, cette contre-épreuve de l'anatomie comarée et de l'embryogénie, est venue nous apporter son ontrôle décisif. Elle nous a fait des expériences dans ^squelles rien d'étranger à la nature n'intervenant, les ouclusions s'imposent d'elles-mêmes, et oii les faits sont es théories. Je veux encore lui en demander une.
Le Boërhaavisme a fait servir aveuglément à sa théorie ? développement morbide de l'activité artérielle entre 111 foyer inflammatoire et le cœur, alors même que l'inkinmation existant sans fièvre, Faction du cœur n'est •oint augmentée. Tout le monde connaît la fameuse rrear de lieu.
Cette théorie semblerait encore bien plus apphcable LU développement d'une circulation supplémentaire dans es cas d'artérite coagulante, d'anévrisme ou de hgature. )ieu sait, et le lecteur sait maintenant, que l'exphcation
du mécaDicisme est ici lout le contraire delà marche des choses et uu audacieux mépris des faits. Dans l'exemple suivant, il n'y a pas même un prétexte à toutes ces puérilités physiologiques.