‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 15 sur 39 · XX · texte numérisé non relu

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L'état du système artériel et du pouls qui suit les grandes et subites'

hémorrhagies.

Voici une femme froide, pâle, sans pouls, exsangue. La I perte de quelques grammes de sang de plus la tuerait. Cependant, observez -la quelques joursaprèscetlehémorrhagie presque mortelle. Elle n'a pas mangé. C'est à peine si elle a pu sucer quelques fragments de glace : des efforts continuels pour vomir l'ont empêchée de boire. Ce n'est plus la pâleur de la syncope hémorrhagique, c'est une teinte jaunâtre î comme celle de la vieille cire et qui ressemble beaucoup à la couleur des globules du sang lorsqu'on les voit isolément sur le porte-objet du microscope. La chaleur de la peau est très élevée ; le pouls tâté au poignet bat avec une force singulière. L'artère radiale paraît avoir le volume d'une carotide ; sa diastole est brusque, elle a quelque chose de couvulsif et de vibratoire, et frémit sous le doigt qui la presse comme une corde de harpe qu'on vient de pincer ou plutôt comme un insecte qu'on tient entre ses doigts et dont les ailes spontanément vibrantes frémissent en bour- ^ donnant.

La malade a dans toutes les parties de son corps la

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sensalion do ces baltemenls ; le trajet des artères est même douloureux à la pression , iodépendammeut des névralgies qui peuvent se développer dans les nerfs satellites des artères convulsées et spasmodiquement vibrantes. Le cœur est dans le même état que les vaisseaux, à moins qu'on ne préfère dire que les vaisseaux sont dans le même rlat que le cœur. Il rend comme les artères, les artères rendent comme lui en vibrant des sons musicaux de tous les timbres et qu'on a pu noter. Je ne parle pas des autres caractères de cet état morbide, et me borne à constater le mouvement des vaisseaux qui en forme le trait dominant.

Je ne sais pas comment aurait fait Broussais pour nier ici l'existence primitive d'une fièvre. Remarquons eu passant que cette négation implique celle de l'existence propre de l'appareil respiratoire et des mouvements sanguificateurs de cet appareil.

Telle est la fièvre des anémiques qu'on pourrait appeler lièvre d'inanition vasculaire.

11 est en effet une loi ou un instinct commun à tous les organes vivants en vertu duquel ils s'agitent d'autant plus pour produire, qu'ils sont plus privés du stimulus régulateur de leur fonction. L'œil, dans l'obscurité, tire de lui de la lumière intérieure ou physiologique avec d'autant plus de vivacité que la lumière extérieure ou physique lui est refusée davantage. Il est dans de continuelles hallucinations phosphéniques. L'ouïe condamnée à un silence trop prolongé finit par produire des sons de tout genre dans sou activité désordonnée et par s'étourdir elle-même. Un jeûne excessif surexcite les mouvements et les sécrétions

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des organes digestifs. La nutriliou interslitielle, labsorptiou, lorsqu'elles cessent d'être alimentées par la digestion et la sanguification, s'irritent et absorbent la substance de leurs propres organes, comme on le voit dans l'aulophagie. L'appareil circulatoire et sanguificateur ne fait pas exception à cette loi. La fièvre que j'ai décrite tout à l'heure où l'irritation hématosique des vaisseaux et du cœur à la suite des pertes subites de sang, n'est pas autre chose qu'un produit de cet instinct passé à l'état morbide.

Les propriétés indivisiblement motrices et formatrices de l'appareil circulatoire sont-elles assez évidentes dans ce cas? Si certains esprits se refusent à la profondeur des preuves tirées de l'embryologie, peuvent-ils n'être pas frappés de celle-ci ?

Voilà des vaisseaux presque exsangues, des veines aplaties, des artères revenues sur elles-mêmes et fdiformes ; quelques rares globules oscillent dans les capillaires. Cet appareil circulatoire, réduit à sa plus faible expression, va se reformer et tirer de lui par une véritable intussusception une activité circulatoire et hématosique extraordinaires. Est-ce par épuisement de leur contractilité que ses cavités innombrables et partout closes, vont se dilater avec une énergie violente? Elles sont distendues, répondront les hydrauliciens, par les flots de sérosité qu'y verse l'absorption interstitielle.

Ici, qu'entend-on par verser? S'agit-il d'une transvasation mécanique? L'absorption et l'exhalation ne sont-elles que des déplacements de purs changements de heu? sontelles, oui ou non, des actes formateurs? Les sécrétions qui n'en diffèrent pas essentiellement sont-elles de simples

CLINIQUE DES MALADIES DU COEUR. 153 (rations OU des conceptions et des générations véritables ? Moi ! ces flots de sérosité deviennent du sang, et leurab- ;rptiou, leur exhalation sanguificatrice par la membrane ernedes vaisseaux s'opérerait en vertu d'une distension issible de ceux-ci?

Mais cette dilatation qui reçoit est de même ordre, elle |: aussi active que cette absorption qui donne. L'une <ipose l'autre. C'est la continuation modifiée du même

0, si elles ne sont pas actives toutes deux ou spontanél'ut synergiques, c'est qu'aucune d'elles ne jouit de cette jopriété. Les vaisseaux se dilatent pour correspondre à ibsorption et dans le même rapport. Leur diastole abrbe ; elle est une absorption, c'est-à dire un mouvement oimilateur. Leur contraction assure l'unité etla régula-

(é du mouvement circulatoire et sanguificateur; elle est mouvement animateur. Peut-on refuser cette double tivité aux vaisseaux capillaires? N'out-ils pas des mouoaents formateurs? Hunter ne donnait-il pas ce rôle aux biliaires artériels, qu'il regardait comme des construcirs? N'attribuait-il pas aux vaisseaux lymphatiques celui i modeleurs de la nutrition?

l^]st-il possible de méconnaître la continuité de la cavité iculatoire depuis les chyhfères elles lymphatiques jus- ('au cœur et aux capillaires sanguins de tout ordre? f-ce que le stimulus de nécessilé^ pour revenir à Texpresi de Hunter, n'a pas agi simultanément dans tout ce stème pour réparer ses pertes? N'a-t-on pas vu renaîet évoluer simultanément la sano^uification et la circu- Mon presque éteintes dans l'ordre et de la manière dont '!s sont nées et ont évolué une première fois ensemble

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dans l'embryon ? Après Thémorrliagie, la grande séreuse intravasculaire est entrée spontanément en action, en \ertu de l'instinct que je signalais tout à l'heure. Qui a réglé cette réaction? les nerfs vaso-moteurs qui animent toutes les parois vasculaires, nerfs nécessairement sauguiticateurs en même temps que moteurs, puisqu'ici, sous nos yeux, ces vaisseaux ont régénéré avec une rapidité violente une énorme quantité de sang pauvre, il est vrai, mais formée par les mêmes opérations que le sang le plus riche.

Comment séparer des actions si connexes et si inséparables que le sont dans ce cas la sanguification et le mouvement faibles et excessifs tout à la fois, c'est-à-dire irritables? L'expansion artérielle active éclate dans cet exemple. Tâtez le pouls dans cette fièvre clilorotique artificielle. Il est brusque, sec, large, vibrant quoique pauvre et évidemment faible dans sa violence. Pourquoi tous ces caractères — qui varient suivant la nature de chaque affection — si les artères ne sont pas affectées comme le seraient l'estomac, Tintestin, etc., comme l'est le cœur, comme le sont les muscles? De l'élasticité inorganique, même aimée de contractihté, une élasticité qui ne serait pas sensible, nerveuse, animée et dès lors spontanément et instinctivement expansible, pourrait-elle éprouver toutes ces modifications ?

Tout observateur qui assistera philosophiquement à cette régénération convulsive du sang, sera convaincu qu'alors le mouvement d'expansion vasculaire ou de diastole l'emporte sur son congénère. Il est si vrai que ce mouvement est morbide par lui-même et spasmodique, que

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a paroi éprouve et rend des vibrations et des sons animés. ;es vibrations et ces bruits sont éminemment morbides. c prouverai plus tard qu'on ne peut les rattacher à aucune ause physique.

iMais, si ou est curieux de pousser l'observation plus )in, et de dégager son esprit de l'obsession mécanique oaginaire des liquides qui de tous les points de l'éconolie vont pleuvoir par imbibition dans les veines et le cœur our distendre les vaisseaux et produire leur pléthore provijire après les grandes hémorrhagies, rien n'est plus facile ue d'écarter cet élément. La chlorose va nous offrir le lême état sans que la malade ait perdu une goutte de :ing. Ou voit dans cette maladie le sang s'apauvrir sponmément d'un de ses éléments les plus animés et les plus écessaires au système nerveux, les globules. Les vaiseaux sont frappés de faiblesse hématosique, et simultanélent, leurs mouvements s'affectent comme nous l'avons Il tout à Theure. Or, qui est-ce qui fait les globules du îng? Ne sont-ce pas les vaisseaux, et ne sont-ce pas eux ui les défont? C'est l'oxygène dira-t-on. L'oxygène ue fait as plus des globules sans mouvement hématosique des aisseaux, que les aliments sans la force digestive de l'es- )mac et des chylifères ne font du chyle. C'est dans les aisseaux et par les vaisseaux, à saug blanc et à sang rouge, ue sont engendrés et que dégénèrent les globules.

Dès que les mouvements de ces vaisseaux s'arrêtent, la 3rmation des globules est suspendue. Or, les forces de appareil circulatoire sont partout essentiellement les lêmes. Au cœur, aux artères, aux capillaires, aux veines, 'est dans tous les points de cette vaste cavité une seule

CIRCULATION DU SANG, et même propriété, partout un mouvement sanguificateur modifié dans sou degré : un et éminent au cœur, riche et varié dans les capillaires de chaque organe, intermédiaire el tenant des deux, dans les vaisseaux par qui communiquent le centre et les extrémités. Hé bien, dans la chlorose toutes les propriétés de ce vaste organisme sanguificateur, satellite fidèle de l'organisme nerveux, ayant comme lui son centre où sont ramassées d'une manière émiuente et représentative toutes les propriétés de ses éléments périphériques, et ses extrémités où se déploie l'unité en un nombre infini de propriétés unies et diverses tout à la fois, dans la chlorose, dis-je, ces propriétés dégénèrent. Les rapports ne s'étabhssent pas ou s'étabhssent vicieusement entre la vie de l'espèce et la vie de l'individu. Ces deux ordres de fonctions ne se mettent pas en harmonie. 11 semble que la vie de l'espèce reste en arrière et que ne venant pas compléter la femme, la femme languisse et dégénère par évolution imparfaite de la moitié d'elle-même. Alors la nutrition, l'innervation et la circulation dont seules nous avons à nous occuper contractent cette altération spéciale dans laquelle sont surexcités et paralysés en même temps les mouvements sanguificateurs des vaisseaux qui descendent à un type inférieur.

Tous les instincts subissent une dégénération et une perversion analogues. Les mouvements exagérés de l'appareil circulatoire, au heu d'être générateurs du sang sont dégénérateurs ; et cela prouve bien qu'ils sont frappés d'irritation, c'est-à-dire, que l'accroissement del'action est joint à une diminution de la force. Mais ce que cela doit prouver surtout pour nous, c'est que les maladies généra-

es révèlent rexistence de toutes les propriétés de l'appaeil dans chaque partie de cet appareil, puisque chacune le ces parties éprouve la même altération, et que cette laissance de l'altération dans chaque partie pour son propre comple et dans sa mesure, est précisément ce qui •onstitue une maladie générale. Dériver dans la chlorose •omme dans la fièvre des anémiques de tout à l'heure, ■omme dans la fièvre typhoïde, etc., dériver toutes les nodilications du mouvement artériel d'une modification uitiale dans le mouvement du cœur qui serait passive- [uent et mécaniquement répétée dans les artères, c'est létruire l'idée de fièvre et de maladie générale, affirmer celte idée, c'est affirmer, au contraire, comme je viens de le dire, que chaque partie de l'appareil circulatoire jouit des propriétés de tout l'appareil, et par conséquent, (l'un mouvement sauguificateur qu'elle ne tient que d'ellemême et de son blastème toujours agissant, quoique, pour se développer dans toute sa plénitude, cette propriét éait besoin de Tinitiative du cœur, et, dans une certaine mesure, du concours de toutes les autres forces de l'appareil.

N'est-ce pas ce que nous a déjà montré l'embryologie ? Or, la maladie est un mode d'existence parasitique qui se développe suivant les lois qui ont présidé à l'évolution de l'organisme sain, avec cette différence que la génération d'éléments nouveaux qui caractérise ce mode d'existence altérée, tend à détruire les éléments sains et nouveaux, et que c'est par cette hétérogénie que la maladie est une dégénération et non par la dégradation primitive et essentielle des éléments sains. Chacun de ceux-ci

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porte eu lui l'élémeut malsaiu, l'élément de dégénéralion qui doit le détruire.

La maladie est donc très propre à répéter sous nos yeux avec une infinie Yiariété de formes la grande expérience de l'évolution de l'organisme où assistant à la première et indivisible génération de chaque appareil et de chaque fonction, nous saisissons dans le passage de ce qui n'était pas à ce qui est, le procédé de la nature, la formation même des choses, puisqu'elles doivent se reproduire dans tout le cours de la vie comme elles se sont produites une première fois à la naissance de l'être.

De même que j'ai dit : voyez comment se sont développés les premiers mouvements du cœur et des vaisseaux, dans quel ordre et dans quels rapports, et vous aurez dans cette observation la théorie toute faite de la circulation chez l'individu adulte, parce que sa conservation est une génération continue, de même je peux dire : Voyez comment se développe une maladie générale, dans quel ordre et suivant quels rapports l'appareil circulatoire y prend part ; dans quel ordre aussi, et suivant quels rapports, il rentre dans l'état normal, et vous aurez dans cette observation une petite reproduction de l'évolution première et simultanée de cet appareil et de ses mouvements, véritable copie de la nature par elle-même, dans laquelle les éléments altérés de notre économie évoluent pour former les maladies selon l'ordre et les lois qui ont présidé à l'évolution de ses éléments sains.

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