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L'observation de soi par soi ou l'intuition vitale est une grande partie de f
la méthode physiologique.
Je suis convaincu que les grands physiologistes, penseurs ou expérimentateurs, ont toujours été inspirés dans leurs travauxparune sorte de consciencephysiologique, j'entends par là un instinct, un tact vitaliste qui n'est que la perception plus ou moins nette de la nature de leur propre vie et des lois de leur organisation. Non seulement ils se sentent \ivre comme tout le monde, mais ils pénètrent dans leur sensibilité et dans leur vie ; et cette intuition physiologique les guide admirablement dans les expériences et les théories. C'est avec cette connaissance de sentiment, connue des physiologistes originaux et qu'on ne transmet pas, qu'ils jugent les faits soumis à leur observation. Ils se portent eux-mêmes dans les expériences qu'ils font et dans les conséquences qu'ils en tirent : l'observation n'est pour eux " qu'un moyen de s'exphquer à eux-mêmes et aux autres ce qu'un vague mais sûr instinct leur faisait pressentir : ils naissent physiologistes comme d'autres naissent médecins ou architectes : tel est le génie. On n'a jamais vu ces hommes-là apphquer à l'organisme vivant les méthodes et les principes qui dirigent les observateurs dans l'étude des corps inertes. Ils savent que la sensibihlé, cette existence
pliée sur elle-même, celle représenlation qui se fait DDtanément en nous du monde extérieur et dont je pars plus haut, ils savent, dis-je, que la sensibilité, qu'elle »iil perçue ou latente, est la limite des deux domaines et , lingue nettement la physique de la physiologie. Aussi, i ne se permettent jamais de l'abstraire dans leurs expéluces et lui font toujours l'honneur de lui soumettre tous l faits et toutes les exphcations. Voilà pourquoi Cl. Berrd, au lieu de chercher une théorie de la circulation hors la sensibilité et de l'organisme, dans des réservoirs, des bes, de l'eau, des manomètres, etc., se borne tout simjîment à voir ce qu'une modification dans la sensibilité (m vaisseau va produire sur ses mouvements. Il part (ne de ce point que les vaisseaux ne se meuvent que jrce qu'ils sont sensibles, et que leurs mouvements sont ( raison de leur sensibilité, ce qui, du premier coup, et î.mt toute expérience, enlève ces mouvements aux cal- Ss du mouvement abstrait. Mais il ignore le détail de (|lte fonction, il veut connaître les rapports de chacun de !s éléments, etc., et cela, c'est-à-dire la science, il la (mande à l'expérimentation. Elle lui apprend beaucoup i faits imprévus, elle peut rectifier ses idées, surtout, elle ut la précision et la preuve didactique à la place du senlent personnel, même vague, mais elle n'est jamais en mtradiction avec le sentiment vitahste, car c'est ce senlent qui a dirigé l'expérience à faire, et c'est même J qui consacre Texpérience faite.
C'est pourquoi je disais il y a un instant, que tant que ' expériences de Bernard sur les nerfs des vaisseaux ne Devraient pas leur signification complète de l'unité phy-
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siologique, elles se perdraieut sans fruit daus réclectisoK infécond ; qu'elles ne changeraient rien aux théories md. canico-vitalistes de la circulation, et qu'en définitive, ur mécanicisme déguisé régnerait toujours sur cette bell( partie du domaine physiologique.
Supposez au contraire que, physiologiste et médecin, vous êtes dans un état d'hectisie quelconque. Tous vos tissus sont amincis et réduits à leur plus simple expression, il n'y a plus de tissus graisseux, nulle infiltration séreuse, le tissu cellulaire est sec , les veines n'apparaissent plu» sous la peau que comme des coups de pinceau bleuâtres les artères sont filiformes et dépressibles, les capillaire! effacés. L'oreille seule perçoit les battements du cœur ; sous la main, ils sont insensibles : sang et cavités circulatoires, tout s'est appauvri ensemble et retiré. Tout à coup, vous éprouvez un frisson qui concentre encore ce qui vom restait d'appareil circulatoire, mais quelques heures après voici un autre état. La réaction s'est faile, et sans que vous ayez ingéré la moindre boisson et le moindre aliment, les veines s'emphssent, les capillaires s'injectent, les artères battent avec une ample énergie, les mouvements du coeur sont visibles à travers la poitrine haletante : d'oii viennent cet orgasme sanguin et cette turgescence vasculaire? Qui a produit cette érection de tout l'appareil circulatoire?
Si, sans aucun doute pour personne, la masse sanguine»» diminuée de volume et exténuée ici, comme elle est retirée et contractée dans le frisson d'une fièvre, ou dans la . période algide du choléra, si la masse sanguine a éprouvé.^ subitement une telle expansion, il est impossible, absolument impossible que les vaisseaux n'aient pas partagé cette <
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pension et qu'il n y ait pas eu un épanouissement s' actif et tout spontané de l'ensemble des cavités circutoires de tout ordre. Le cœur seul, excité par la fièvre, Hu-rait bien mouvoir plus rapidement la petite quantité . san- hectique dans des vaisseaux hectiques, et tels .'ils existaient avant la réaction fébrile. 11 se peut même lele sujet ait observé ce fait sur lui à l'occasion d'une notion et d'une palpitation nerveuse purement cardiaque ; ais dans notre fièvre, il ne s'agit pas de cela : il y a eu )ii seulement vitesse plus grande de la circulation, mais cpausion évidente et orgasme des vaisseaux inconcevable iDS l'orgasme et la turgescence du sang, turgescence du mg noinnoins incompréhensible sans celle des vaisseaux, os faits, on les observe dans les passions. Dans la peur L la colère, chacun peut les sentir en soi et les vérifier liez les autres. L'action de certains poisons les reproduit une manière saisissante.
Or, n'est-il pas bien certain que le physiologiste qui a Li être le sujet de ces modilloations spontanées de l'appaeil circulatoire, a une conscience de l'expansion ^ascu- Tire active plus intime et plus inébranlable que la science [u'il en pourra acquérir objectivement ; et que celle-ci lui st plus utile pour l'enseignement d' autrui que pour sa onviction personnelle ? Mais quelle certitude ne produient pas réunis ces deux ordres de preuves? La physique l'en possède que d'un seul ordre.
La perception de soi par soi dont jouit le corps organisé, la réflexion vitale lui manque absolument, elle n'a que Tobservatiou. Le physiologiste pourrait se servir de la conscience organique ou de la faculté dont jouit la matière
nerveuse de se sentir elle-même et de sentir par là toui ce qui n'est pas elle, pour pénétrer bien plus inlimemeûi dans la nature des corps vivants que la physique ne le pem faire dans celle des corps inertes. Gerdy avait très bien vu cela, et il est mille fois regrettable que cet esprit vigou. reux et original n'ait pas été suivi dans cette voie.
La philosophie de Bacon, à côté des services qu'elle a rendus aux sciences d'observation, leur a fait ce mal incalculable d'assimiler la méthode physiologique aux méthodes des physiciens. Elle a voulu qu'on étudiât l'organisme vivant comme les corps inertes et étrangers à notre nature, et par une conséquence inévitable, elle a porté à confondre les forces et les phénomènes physiques et chimiques avec les forces organiques et les phénomènes vitaux. Nous en sommes encore là ; c'est ce qui empêche la physiologie de s'asseoir sur ses propres bases et de devenir une science; car elle a beau regorger de faits magnifiques, elle n'est pas encore une science.
J'ai déjà dit que le physiologiste qui assistait par ses propres sensations à la formation d'un accès de fièvre en lui , vérifiait les données de l'organogénésie et sentait profondément que Tanatomie d'évolution est la seule anatomie médicale. L'anatomie descriptive ou inerte appartient à la physique et ne peut engendrer que des théories mécaniques et chimiques. Voilà pourquoi elle sera longue à tomber.
Je prétends aussi qu'un physiologiste sagace, un Borden, un Hunter, qui aurait acquis par l'habitude une puissante faculté de réflexion vitale, finirait par avoir une conscience plus ou moins positive de l'accomplissement
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les fonctions qui échappent ordinairement à la percepiion \w sensorium commune . Il arriverait ainsi dans l'ordre physiologique et sans hallucination, à la pénétration du sens ital qui caractérise certains hypocondriaques. On pourrait )arvenir ainsi apercevoir, dans une partie enflammée, la ormation de vaisseaux nouveaux et d'une circulation accilentelle, et avoir quelque vague intuition de Tordre et des apports suivant lesquels les parties évoluent d'un plasma lorbide.
Certainement, on n'acquerrait pas ainsi la science de es phénomènes, mais on y prendrait un sentiment intéieur des choses à la faveur duquel on observerait avec eaucoup plus de profondeur et d'originalité les faits 'anatomie d'évolution.
M. le professeur Vulpian coupe la queue d'un têtard ortant de l'œuf et avant qu'aucun organe et qu'aucun ssu particuhers soient visibles dans le plasma. Cette artie retranchée de l'animal a la propriété de vivre ainsi ■parée pendant un assez grand nombre de jours, quel- Liefois quinze à vingt jours. Hé bien, de ce blastème qui
rompu avec l'influence cérébrale, naissent des nerfs et es muscles ; de ce blastème étranger à l'influence cariaque, naissent des vaisseaux. On voit ces organes évoluer vec leurs fonctions, ni avant ni après : ils se dilatent sans
choc d'aucune ondée sanguine lancée par le cœur. Une ude autobiosique de l'inflammation préparerait admiiblement à pénétrer le mystère de cette belle expéence ; et celle-ci fait comprendre, elle éclaire merveilusement la notion artistique ou de sentiment que donne Hude autobiosique, de la formation de vaisseaux uou-
veaux dans une partie enRammée ; elle met à cette vérité de sentiment le sceau de la démonstration scientifique. Qui ne voit que ces deux faits de la génération de vaisseaux nouveaux, au sein de la lymphe plastique exsudée d'une blessure, et au sein du blaslème de la queue du têtard ne diffèrent en rien; que l'inflammation est en nous un parasitisme et qu'elle reproduit un organisme inférieur au sein de l'organisme le plus complexe et le plus élevé parce qu'il est le plus un? C'est ce que fait toujours la maladie, dégradant les organismes supérieurs et les décentralisant.
Quel est le mécanicisme pur ou éclectique qui soit capable de tenir sérieusement devant de telles preuves? Les vivisections dirigées par l'anatomie topographique son nécessaires pour consommer ces preuves ; mais seules») elles sont impuissantes à les produire et à fonder la science. Ne portant la lumière que sur un point ; ne montrant qu des faits accomplis, elles supposent toujours connue d'u| manière générale la fonction dont elles cherchent à dé terminer un détail. Elles concentrent sur ce point une lumière éclatante qui force la conviction ; surtout, dansai une fonction complexe, elles dégagent l'action de chacuM des éléments qui y concourent. Mais quand elles s'inspirent de l'anatomie d'évolution, leur valeur est complète.