XXV
Rôle de la sensibilité et de l'instinct des artères pour mettre la circulation en rapport avec les différentes positions du corps.
J'ai dit que si les causes physiques ne produisent pas la circulation, elles la modifient. On va voir qu'en la mo-
CLINIQUE DKS MALADIES DU CCaîUR. \n
Jifiaut, elles ne font que mettre mieux en évidence les forces propres des vaisseaux, et en particulier des artères.
On convient que la contractilité de ces vaisseaux joue un graud rôle dans les variations que la pesanteur fait éprouver à la cii'culation. Par exemple, dans la station verticale, les artères des extrémités inférieures se contractent plus que dans la station horizontale pour réagir outre le poids de la colonne sauguine.
Si au contraire, les pieds au lieu d'occuper la partie la plus déclive, prennent la place de la tête, on explique leur pâleur et leur refroidissement, non seulement par la fa- (M'iité plus grande de la circulation veineuse qui n'a plus à lutter contre le poids de la colonne sanguine centripète, nais à un excès relatif de la contractilité artérielle qui mpêche le sang d'arriver assez facilement aux extrémités. 11 en résulte que cette contractilité juste et convenable dans la station verticale pour lutter contre la pesanteur qui congestionnerait les pieds, se trouve en excès dans ,1a position renversée du membre, avant qu'en vej'tu des 'ois salutaires de l'instinct circulatoire, la tension artérielle diminuant, la contractilité se mette en rapport avec ce nouvel état et diminue elle-même pour rétablir l'équilibre de circulation.
Il est bien étonnant qu'on interprète ce fait et mille autres du même genre en faveur de la passivité diastolique des vaisseaux, et en définitive, d'une théorie mécanique de la circulation ! Quand a-t-on vu une machine Iiydraulique jouir de privilèges pareils? Que me fait ici l'admission d'une propriété vitale, la contractilité, si on la I éduit au rôle d'un frein mécanique, force extérieure qui
CIRCULATION DU SANG, ne serait pas modératrice d'elle-même ou modératrice de sou expansibililé? Elle est aussi vaiue et aussi contradictoire qu'une expansibilité ou force de dilatation spontanée qui ne serait pas modératrice d'elle-même, et ne limiterait pas sa coutractilité. S'il n'y a pas d'expansibilité, il n'y a pas de coutractilité. Il faut donc dire : dans la station verticale, la coutractilité artérielle des extrémités inférieures l'emporte sur l'expansion, et c'est le contraire lorsque ces extrémités occupent la partie supérieure du corps. Ces deux propriétés de Ja même force agissent également et se font équilibre pour la tenir dans son état moyen lorsque la position des membres est horizontale.
Tous les anatomistes savent que le tissu musculaire abonde d'autant plus dans les artères qu'elles sont plus petites, c'est-à-dire qu'elles sont plus près de leur terminaison. Il faut ajouter qu'elles sont d'autant mieux pourvues de ce tissu, qu'elles sont plus éloignées du cœur. Or, qu'on le remarque bien, cette mesure dans la distribuliou du tissu musculaire des artères n'est point un effet mécanique; elle n'est point produite par des circonstances extérieures. Ce n'est pas l'habitude de la station verticale qui, exigeant une réaction très forte des artères de la jambe et du pied, pour résister à la pesanteur d'une colonne de sang donnée par la distance qui sépare le cœur de la région plantaire, ce n'est pas cette condition mécanique et tout extérieure qui a créé la disposition auatomique que je viens de signaler.
L'organisation artérielle a été ainsi étabhe lorsque l'enfant avait, dans l'utérus, la tête en bas et les pieds en haut. Or, qu'on y fasse attention : là oii sont très développés
les agents de la cootractilité, là aussi existent en proportion les agents de l'expansibilité ; ils ne sont pas différents ; c'est le même tissu qui est contractile et expansible. Lorsque la contractilité agit peu c'est l'expansibilité qui agi t plus , excepté dans l'état de repos. Renversez les conditions ou circonstances mécaniques de la circulation d'une partie, et vous intervertirez le rôle antagoniste de la contractilité et de l'expansibilité dans les artères de cette partie. Laissez tomber le bras et pendre la main le long du corps, le pouls radial sera plus dur, plus tendu, moins large. Élevez la main au-dessus de la tête, la même artère sera plus large, plus expansible et moins dure. Dans le premier cas, il y a plus de contraction que d'expansion ; c'est le contraire dans le second cas.
Si la contraction s'opérait en vertu du sens circulatoire, comment la dilatation se ferait-elle passivement, ou ce qui revient au même, sans Taction de la sensibilité ? Or, il faut bien que les mécanicistes admettent l'intervention d'un sens qui détermine la contraction artérielle, puisqu'ils la voient agir spontanément pour se mettre en rapport avec les besoins de la circulation. Comment une machine hydraulique aurait-elle un pareil sens? Peut-on bien supposer qu'un vaisseau qui se resserre par suite de la perception instinctive qu'il a de la convenance de cette action, ou selon l'expression de Hunter, qui se resserre en vertu du stimulus de nécessité, peut-on bien supposer, dis-je, qu'un tel organe est dilaté mécaniquement, ou en vertu d'une nécessité toute contraire? Est-ce que se dilater est moins physiologique et moins nécessaire que se contracter? aurait-il pas autant de péril à abandonner
la dilatation que la contraction à des causes extérieures et adventives, qu'on soustrait celte propriété à la direction de la sensibilité, lumière interne de toutes les aclious organiques, source de la spontanéité qui est juste l'opposé de l'inertie?
Si les artères se contractent pour régulariser la circulation et conserver son équilibre physiologique au milieu de conditions extérieures ou mécaniques qui leudeut à troubler cette fonction, pourquoi ne se dilateraient-elles pas pour la même fm, et comment le pourraient-elles sans l'intervention d'un sens circulatoire et hématosique, ou ce qui est la même chose, comment le pourraient-elles sans spontanéité d'expansion ? Ne retrouvons-nous pas dans ces expériences naturelles que nous voyons s'exé cuter tous les jours sous nos yeux dans la réaction instinctive des propriétés vitales des artères contre les conditions mécaniques qui viennent à tout moment compromettre l'activité régulière de la circulation, ne retrouvons-nous pas l'équivalent de l'expérience si décisive de Cl. Bernard sur les effets de la section des deux nerfs antagonistes qui vont animer les artères et exciter, l'un leur contraction, l'autre leur expansion? Ces deux ordres de faits ne sont-ils pas destinés à se corroborer, et l'expérience de Bernard est-elle autre chose que la confirmation anato mique des données naturelles de l'expérience vulgaire?
Voir la contraction artérielle l'emporter sur l'expansioa dans certaines circonstances, où le vaisseau a besoin de réagir contre l'excès de la pesanteur, c'est comme si ou observait l'effet de la section du nerf cérébral qui se ren à l'artère, ou que galvanisant le bout périphérique à
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uerf i^auglionuaire divisé, on assistait à l'expansion vasculaire active qui s'opère alors. Voir, au contraire, l'expansion artérielle agir au maximum et la contraction au minimum dans le cas où la condition de pesanteur ne favorise plus assez la circulation, c'est comme si on observait les effets de la section du nerf vaso-moteur ganglionnaire, ou ceux qui suivent l'excitation du bout périphérique du nerf cérébral divisé. On peut eu dire autant des altérations analogues produites par les maladies sur le sang et ses parois artérielles, lorsque ces maladies sont, selon leur nature, tantôt caractérisées par un pouls dur, raide, contracté, tantôt par un pouls mou, large, expansif, redoublé, etc.
De ces affections, les unes semblent agir sur les nerfs dilatateurs, les autres sur les nerfs de la contractilité, et donner lieu ainsi aux diverses variétés du pouls aussi impossibles à expliquer sans l'activité de la diastole, que sans l'activité de la systole artérielle.
Attribuer au cœur seul le pouvoir de dilater les artères, c'est méconnaître l'une des deux forces qui agissent sur les vaisseaux. Nous avons vu, en effet, quelle puissance ont les vaisseaux capillaires, soit paralysés, soit irrités, pour paralyser ou irriter les artères sans aucune participation appréciable du cœur.
L'inflammation quoique non fébrile augmente l'expansion de l'artère qui alimente les capillaires phlogosés. On voit donc bien que l'artère est placée entre deux forces, d'une part, le plasma nourri par les capillaires qui émanent d'elle, et de l'autre, le cœur. Reproduira-t-on à ce sujet la vieille théorie Boërhavienne? Elle est absurde, et ne
permetli'ca jamais à son auteur de prétendre au génie. Pour- ' tant, elle est forcée pour les circulateurs hydrauliciens, quoique les faits si fréquents d'inflammation où ie cœur est hors de cause l'anéantissent indépendamment de toute raison physiologique.
Mais ces faits n'existaient-ils pas, et l'artère animée d'une diastole plus grande, fùt-elle toujours placée entre un cœur à contractions plus énergiques et une masse plus ou moins considérable de capihaires dilatés, contractés ou engoués, — car toutes ces suppositions ont été faites, — que ce qui se passe dans les hémorragies viendrait détruire toutes les preuves qu'on croit pouvoir tirer de l'obhtération des petits vaisseaux par l'inflammation, et du reflux dilatateur tout mécanique que cet obstacle est censé produire dans les artères afférentes. Dans ces cas, en effet, on ne peut plus arguer d'un engouement, car bien au contraire, le passage est plus libre, il y a écoulement continu par les petits vaisseaux, écoulement pur et simple du hquide apporté par les artères. — Je parle à dessein comme un mécanicien parlerait, afin de donner toute sa force au système que je combats. — Néanmoins, les artères afférentes battent avec une force redoublée et se dilatent comme dans le cas d'inflammation ! C'est que ni l'inflammation n'est une paralysie ou un engouement mécanique des capillaires ; ni l'hémorragie^ l'écoulement l( d'un liquide à travers ces petits vaisseaux. Donc, la force qui excite l'expansion artérielle est double, cardiaque et capiflaire, centrale et périphérique, donc à tous les points de vue la diastole artérielle est active.
§ VI
Rapports de la fièvre et de riiiflammatioii.
H Mais cette force centrale, ce cœur que nous avons supposé comme il l'est, en effet, très souvent, étranger aux modifications de mouvement qui se passent dans les artères l'un foyer inflammatoire ou hémorragique, ce cœur sym- )atliise très souvent dans ce cas, et la fièvre s'allume. Comment cela se fait-il ? Ni par le sang seul charriant passiveneut au cœur dès matériaux morbides absorbés dans le loyer inflammatoire et mêlés à la masse liquide en circulalion comme on lepensedansThumorisme anatomique des modernes ; ni par le système nerveux seul à la façon dont les névroses se propagent, comme le pensaient les névrosistes Hoffmann, Cullen, etc., mais par le sang et les uiisseaux indivisiblement réunis et selon les rapports de anatomie d'évolution.
Il faut que l'ensemble de l'appareil circulatoire, que le bœur et les vaisseaux conçoivent la même affection que les capillaires enflammés ; et qu'il se passe en eux ce qui se passe dans le foyer inflammatoire. Alors, la fièvre de ce nom se développe. Le cœur joue dans celte circulation nouvelle et altérée, le rôle suprême qu'il joue dans la circulation primitive et saine.
11 y a longtemps qu'on l'a dit : l'inflammation est une lièvre locale, et la fièvre inflammatoire une inflammation générale. Le cœur est-il donc enflammé dans ce cas ? La substance du cœur, son parenchyme, ses vaisseaux capil-
laires propres ne sont pas enflammés, sans doute, mais od peut dire que ses propriétés spéciales, sou mouvemem sanguificateur central est enflammé, éprouve la même affection que le capillaire enflammé. L'idée est juste et l'expression exacte. 11 n'éprouve point alors un simple excès de mouvement, il ne se borne pas à mouvoir plus vite la masse du sang. En vertu de l'altération de son mou- Yement hématosique central, toute la circulation est altérée, et desphlegmasies seront susceptibles de se former eu plusieurs points de l'économie. La fièvre allumée en lui par celle d'un faisceau de capillaires affectés d'une vie accidentefle consécutivement à quelque altération du i|c plasma auquel ils distribuent le sang, cette fièvre géné- M raie va multiplier à son tour des foyers de fièvres locales ou des inflammations. C'est qu'en sa qualité d'organe ceii4É tral de la sanguification ou de la circulation, le cœur ' imprime dans ce cas à la masse du sang des propriétés sympathiques morbides avec celles que cette liqueur vivante a éprouvées localement dans le foyer inflammatoire primitif. Le sang devient inflammatoire partout comme iî l'a été d'abord dans un point quelquefois très circonscrit. Or, cette imprégnation inflammatoire générale il la tient.; du cœur et des vaisseaux qui sont sympathiquement affec tés par la raison que tout l'appareil circulatoire a une très i grande tendance à répéter ce qui se passe dans un des points de son domaine en vertu de la communauté de propriétés de toutes les parties qui le composent.
Je l'ai dit souvent, le moindre vaisseau capillaire possède les propriétés motrices et hématosiques du cœur et de tout l'appareil ; et le cœur possède d'une manière im-
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minente et représeulalive les propriétés inséparablement motrices et hématosiques de tout vaisseau capillaire.
Il est si vrai, que le cœur a pour fonction l'unité d'héiiatose inséparable de l'unité de mouvement, que dans le jas de fièvre inflammatoire sympathique, ce viscère imprime l'unité inflammatoire aux diverses espèces de sang qui ui arrivent de tous les organes non enflammés. Il éprouve me affection inflammatoire ; et de cela seul, il résulte que es sangs si variés qui des différents organes viennent se centraliser en lui, contractent la constitution inflammatoire, t que, en vertu de cette unité accidentelle et morbide, ou )eut voir des congestions des fièvres partielles, des inflammations se développer dans beaucoup d'autres points de économie.
Ce fait scientifiquement observé démontre l'action liématosique du cœur et des vaisseaux. Or, cette action démontrée, l'activité des deux mouvements alternatifs de tou- :es cavités vasculaires, la systole et la diastole, est mise lors de doute.
Galien définissait la fièvre ime chaleur allumée au cœur "A répandue dans tout le corps par les artères.
Il est certain que si la cause des fièvres, ou le principe de chaque espèce de fièvre n'est pas dans le cœur, le cœur est le siège ou le centre de la fièvre c'est-à-dire de l'altéralion particulière de l'appareil circulatoire qu'on appelle de ce nom. Or, comment remphrait-il ce rôle, comment se mettrait-il en rappor-t avec la cause intime et végétative de chaque fièvre, s'il ne s'imprégnait pas de sa nature ; si, par conséquent, il ne concevait pas et n'imprimait pas au sang
runilé des propriétés nouvelles qui caractérise telle ou telle de ces alTec lions ?
Poursuivre l'idée de Galien,les artères remplissent dans la fièvre comme dans l'état normal de la circulation, une fonction intermédiaire à celle du cœur et des capillaires. Le cœur fébricite comme organe central, il représente l'u» nité fébrile ; les capillaires fébricitent comme organes des infinies variétés d'hématose. Entre les deux points, suppo. sera-t-on les artères et les veines passives ? C'est comme si on prétendait que les nerfs primitifs et moteurs ne sont que les conducteurs passifs de l'innervation des sens et de l'encéphale. Dans toute pyrexie, il n'est pas un point d'une artère qui n'ait la fièvre pour son compte ou en vertu d'une force circulatoire propre déterminée, de telle ou telle manière par l'initiative du cœur et des capillaires dont elle est le moyen de communication et dont elle représente le rapport. C'est par elles et par les veines comme l'a bien vu Gahen que la fièvre se propage des vaisseaux capillaires au cœur et du cœur à ces vaisseaux. Or, encore un coup, comment pourraient-elles remphr cette fonction ci elles ne participaient pas à la nature du cœur et des capillaires, si elles n'étaient pas ensemble motrices et hématosiques, si elles ne jouissaient pas du sens circulatoire, et si, par conséquent, tous leurs mouvements n'étaient pas actifs et spontanés ?
Le cœur possède donc à un degré éminent et suprême, il concentre donc en lui les propriétés de tous les vaisseaux, artères, veines et capillaires des deux ordres. C'est ce qui me reste à prouver.
Cette démonstration était le seul objet que j'eusse en
le eu commençant cet ouvrage. Je voulais établir par lie étude des maladies organiques du cœur faite à un au- (> point de vue que celui qui absorbe l'École depuis Sénac
Corvisart, que le cœur est plus qu'un agent moteur ; qu'il l'organe central de la sanguificalion. La force des loses m'a entraîné à rendre d'abord aux vaisseaux, sur- )ut aux artères, l'activité propre que l'esprit de système "ur refuse, et deleur attribuer par conséquent une partie
■s propriétés du cœur. Cette étude aura préparé l'esprit iix idées moins scolastiques et plus imprévues encore que observation clinique m'a amené à professer sur la nature es maladies du cœur, et par elles, sur les fonctions de ce
utre de vie.
Le plus éminent des viscères a été dégradé par les moornes. Il est temps d'attirer les regards sur ce Vide scanaleux.
La clinique se plaint de ne pouvoir faire un pas sans y >mber. Pourtant, elle est riche d'expériences naturelles, ^imitables, décisives, qui non seulement proclament l'inuffisance de nos théories sur le cœur, mais qui le replacent à sou rang dans le concert animé des organes. Ce n'est )as le premier service de ce genre que la médecine rendra i la physiologie.