‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 35 sur 39 · XXII · texte numérisé non relu

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La clinique périclite à cause de l'erreur qui la pénètre et qui consiste î à abstraire le symptôme de la maladie. Séparé de sa substance vivante, . le symptôme tombe forcément dans les explications physico-chimiques. Exemples tirés du pouls et de la respiration.

L'étude des signes, la description des symptômes et des lii

lésions les absorbent; ils passent tout entiers dans la sé- lé

méiotique. Ce qui les intéresse, ce n'est pas ce qui se fait, h mais ce qui est fait. Ont-ils à s'occuper d'une action mor-

bide manifestée par quelque changement dans les formes et les produits sensibles d'un organe ou d'un tissu, tels que altération dans la couleur, le son, la figure, la consistance, la température, les propriétés chimiques etc.? Ils font invariablement abstraction des causes de ces phénomènes, de la nature des forces ou des substances actives qui les engendrent par une intussusception continue, c'est-à-dire en les tirant continuellement d'elle-même, et les considérant physiquement, ils les expliquent de même.

Ils n'ont pas l'air de songer que la vie ou la force vitale ne sont que des mots si les phénomènes qui eu émanent, peuvent être calculés et expliqués physiquement ou chimiquement. Par exemple, il est des altérations de sonorité pulmonaire et cardiaque fournies par l'auscultation dans les maladies des poumons et du cœur. Ces altérations sont immédiatement bées aux altérations morbides et par conséquent vitales de ces organes. Celles-là ne sauraient donc recevoir des exphcations physiques. N'importe, on ne fait à cet égard aucune distinction. On relègue la vie dans un principe vague placé au-dessus des organes, et dès ce moment on est hbre, quedis-je? on est forcé de considérer comme physiques et chimiques les phénomènes de l'organisation. C'est ainsi qu'on a rétréci et faussé à plaisir l'œuvre de Laënnec animée pourtant d'un esprit tout autre. Mais, quand on expHque physiquement les signes immédiats d'une maladie, on est bien près de l'exphquer mécaniquement elle-même. Il y a plus, et je défie qu'on échappe à cette nécessité. La vie ne gène pas pour cela : elle est dans les nuages.

. Aussi , j e ne vois pas bien en quoi diffèrent pour nos auteurs

le signe et la maladie. C'est à ce point qu'en croyant faire la théorie de la maladie, ils ne donnent jamais que la théorie physique des signes par lesquels elle se traduit. Leur philosophie les condamne à s'y arrêter, et quand ils croient aller plus loin, ils ne font encore que conclure d'un pliénomène physique extérieur à un phénomène de môme > ordre, mais caché et plus interne, signa petunt : il leurfaut toujours des phénomènes et des effets, même pour expliquer des effets et des phénomènes. Qu'ils sortent delà, et ils entrent dans les domaines immobiles de l'ontologie et ils y trompent les besoins de l'esprit avec des diathè- • ses, des affections, des prédispositions, des états dynami- ques et toutes les étiquettes du Yitalisme abstrait et; nominal.

Qu'on m'entende bien : ce que je reproche aux clini-ciens actuels, ce n'est ni de manquer d'exactitude ni d'i-maginer la nature. Il est impossible, au contraire, de la : daguerréotyper mieux. Leurs hvres ne font que cela, et ; leurs nosologies ne vivent pas davantage. Ce qui frappe* mieux, c'est que les symptômes et les signes y sont abstraits ; des maladies et les maladies des malades. Le fait tient ; notre enseignement dans une telle servitude, qu'il n'y est^ pas question d'autre chose que de ce qui est httéralement l fait ou terminé. Or, le fait, ou ce qui est fait, considéré sé- parément de sa cause immanente ou de sa génération, n'est plus susceptible que de deux choses : d'une description exacte et d'une exphcation mécanique. Toutes les • fois qu'un savant se place devant un fait accomph, et que • partant de cette erreur, que dans les sciences d'observation, on ne doit pas rencontrer au delà du fait expérimeu-

lal OU de la donnée sensible, il essaye l'explication de ce fait, il en imagine presque forcément une contrefaçon et le suppose formé comme ille ferait lui-même de ses mains.

Ceci esl de l'histoire. Or, dans les arts, nous ne savons rien faire que par addition et juxtaposition, et dans la science de la nature, nous sommes toujours antiques et puérils : comme les observateurs des premiers âges et les enfants qui leur ressemblent, nous concevons la nature à l'image des procédés de notre industrie.

Serrons de plus près encore les vices essentiels de l'enseignement clinique tels que les manifeste le caractère stérile et impratique de nos traités de pathologie interne.

Nous venons de voir que les signes des maladies qui tombent sous les sens de l'observateur, étaient toujours abstraits par celui-ci de leur cause réelle ou vitale, et étudiés en eux-mêmes, c'est-à-dire comme des qualités physiques, et rapportées dès lors à un sujet ou à une cause efficiente du même ordre, vous n'en trouverez pas un seul auquel on n'ait fait subir cette dégradation. Outre qu'une méthode pareille introduit nécessairement l'animisme dans la science, elle a le grave inconvénient pratique d'éloigner la maladie de l'esprit et des sens du médecin. Il n'y a vraiment plus pour lui de sens ou de tact médical. Il ne voit plus, il n'entend plus, il ne palpe plus la maladie immédiatement, si je peux ainsi dire. Quand je tâte le pouls, que j'ausculte le cœur ou le poumon, que j'imprègne mes doigts d'une chaleur fébrile ou du froid cholérique, etc., si je sais que ces phénomènes sont vivants et morbides, parce qu'ils sont de même nature que la maladie organisée -en eux, et qui s'y termine, et qu'il y a autant de différence

entre eux et des phénomènes physiques qu'entre l'affeclioa elle-même et un fait physique ou chimique, je suis évidemment plus près de la maladie qu'on ne l'est dans l'École. C'est elle que je touche; je vis un instant de sa vie; je communique avec elle physiologiquement, ou sans intermédiaire physique, quelque chose d'elle passe en moî par impression, physiologiquement ou sans intermédiaire physique, je communique avec elle, je vis un instant de sa vie, quelque chose d'elle passe en moi par impression, et mon esprit peut la concevoir aussi vivement que possible, car il lui est uni aussi qu'il se peut immédiatement, line l'induit pas, il la sent; alors, il résulte de cette sympathie, une perception et une illumination internes qu'on a de tout temps appelées le tact ou le sens médical. Rien ne le remplace. C'est le fiât lux de la clinique. De lui, jaillissent la prognose et l'indication. Hé bien ! ces révélations intimes et profondes du tact médical, ces intuitions chniques, vous ne les éprouverez jamais, si faussé par une pathologie grossière, votre esprit, en percevant les signes ou les symptômes d'un état morbide, les convertit en phénomènes physiques ou chimiques, et relègue la maladie dans le vague éloignement d'unprincipe distinct d'eux et abstrait, j Voilà faiblement exprimé quel détriment subit la chni-' que par l'abstraction physique à laquelle on soumet la plupart des symptômes et des signes nosologiques. Et qui fait cela? Une École idolâtre du fait et du phénomène, une École qui place dans l'observation le commencement et la fin de la médecine. Si nos traités de pathologie interne manquent d'originahté, il faut, avant tout, Tattribuer à cette erreur, car elle est essentiellement antimédicale.

Lorsque dans une fièvre, je tâte le pouls, si je suis persuadé que le mouvement que mes doigts sentent, n'est, comme le veut l'École, qu'un choc physique produit par la projection d'un flot liquide contre les parois d'un tube mou et élastique, ainsi que ferait de l'eau lancée par un coup de piston dans un tuyau de caoutchouc, c'est presque comme si j'interrogeais un appareil mécanique, un sphygmomètre placé entre la vie et moi, ou entre ma main et le cœur et me transmettant passivement le choc de cet organe.

Comment aurais-je alors le tact de cette fièvre, ne la touchant pas, si je peux ainsi dire ?

Mais, si je crois l'artère vivante, si pour moi, non seulement elle se meut, se dilate et se contracte avec l'initiative du cœur, mais si, elle aussi, a ses mouvements morbides propres, si elle fébricite sous mon doigt, primitivement, essentiellement comme on dit, et dans sa mesure avec le sang et tout l'appareil circulatoire, n'est-il pas vrai que j'ai sous la main, que je palpe réellement la fièvre ou une partie de la fièvre organisée là, et que le caractère propre d'un des points de son appareil vivant, peut me représenter et me traduit effectivement l'état de tout l'appareil fébrile et par lui de toute l'économie malade ?

Le premier point de vue ne me donne que des faits de quantité et de nombre, et je cherche un fait pathologique. Le second me donne tout ce que je cherche : en tâtant le pouls, je tâte réellement la fièvre, car mon doigt ne perçoit pas seulement des modifications de quantité, mais des altérations vitales dans les mouvements de l'artère affectée. Je veux le répéter après chaque exemple : L'École de Paris abstrait les symptômes de la maladie, et ne peut plus, dès

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lors, les considérer que physiquement. Ils n'ont avec l'affection qu'un rapport indirect : ils ne vivent pas, et la maladie, par conséquent non plus, car elle n'a qu'eux pour se manifester. A Montpellier on est plus rigoureux : la maladie est abstraite aussi; c'est une entité: mais au moins on ne s'occupe pas des symptômes.

Maintenant, c'est un asthmatique que j'ai devant moi. J'ausculte sa poitrine, et j'y perçois un bruit qu'on a justement appelé bruit de tempête. Il semble, en effet, que dans l'expiration surtout, on entende les mille bruits du vent furieux à travers les huis d'une maison on les cordages d'un navire. Si je ne vois dans ce bruit tout particuher que l'effet passif et purement physique du passage et de l'expulsion difficiles de l'air à travers des bronches enduites d'un mucus plus ou moins visqueux et adhèrent, je suis à cent lieues de l'asthme ; j'ai tout au plus l'idée d'un catarrhe, et mon esprit ne va pas au delà d'un obstacle mécanique à la respiration. Le pronostic et l'indication sont sans portée ; et si je les saisis avec justesse, c'est en vertu du sens pratique et malgré la science.

Il en est tout autrement, si je suis convaincu avec Laënnec, que les poumons sont actifs dans la respiration. Alors, le bruit de tempête, les rôles stridents de l'asthmatique, ont pour moi la signification immédiate d'un spasme pulmonaire. C'est qu'en effet, on ne rencontre jamais ces bruits que dans les dyspnées convulsives {eclampsia pidmonum), soit qu'elles existent primitivement, soit qu'elles existent secondairement avec ou sans catarrhe. On peut dans certains cas, en effet, les percevoir indépendamment de la présence de mucosités dans les bronches, donc par le seul

fait du spasme des poumons ou de la contraction morbide des Jjronclies capillaires.

Tout à l'heure, en tâtant le pouls ou l'artère malade et fébrile, je tâtais positivement et matériellement la fièvre ; maintenant, en auscultant un poumon dont le tissu propre est spasmodiquement irrité, j'ausculte positivement et matériellement l'asthme de mon malade. On voit que mon vitahsme est organique; que je ne mets la vie ni au-dessus ni à côté des organes, que je ne la regarde ni comme une cause ni comme un résultat, mais comme l'activité essentielle des organes. Je serais pour les organopathies, si le mot n'était pas pour le moins inutile, et l'idée qu'on y attache, mécaniquement anatomique.

Encore un exemple. Je le choisis dans un ordre de symptômes dont l'étude est à l'ordre du jour, les bruits morbides du cœur.

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