‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 37 sur 39 · XXIV · texte numérisé non relu

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Des bruits bioscopiques généraux dont ceux que nous percevons au cœur et dans les poumons ne sont que des variétés ou des concentrations particulières.

La docti'ine des vibrations organiques et des bruits vitaux a sa base dans des faits qui ont à peine vu le jour

de la science. Nos académies en sont saisies, mais elles n'ont pas encore fait entendre leur opinion. La chose eu vaut pourtant la peine. Les corps savants n'aiment pas les nouveautés. Ils ne sont pas révolutionnaires : c'est naturel. L'Institut surtout a peu de goût pour la médecine et la physiologie générale, comme pour tout ce qui est philosophique. Notre science y prend des proportions honteusement mesquines, et on ne conçoit pas que nos auteurs soient jaloux de s'y faire juger.

Je veux parler d'un nouveau système d'auscultation qui a pour objet des bruits inhérents aux actions vitales, communes et élémentaires de l'organisation animale, c'est-àdire aux mouvements les plus généraux de la vie.

M. le docteur Collongues a proposé, sous le nom de dynamoscopie, Tauscultation de la vie elle-même, si je peux ainsi dire, ou des mouvements vitaux élémentaires eux-mêmes.

Introduisez dans l'oreille votre doigt ou le doigt d'un homme vivant, et vous entendrez un bourdonnement continu coupé de temps en temps par des crépitations plus ou moins éclatantes; substituez-y le doigt d'un cadavre, et vous n'entendrez plus rien. Si c'est le doigt d'un agonisant, les pétillements auront disparu ; le bourdonnement persistera, mais très affaibli, rémittent, puis intermittent. Il abandonnera le doigt au fur et à mesure que la vie s'en retirera et fuira avec elle du côté du tronc; enfin la mort des centres, la mort personnelle étant consommée, vous le retrouverez encore vers la région précordiale où il ira en se rétrécissant toujours, jusqu'à ce qu'il n'occupe plus qu'un point très circonscrit de l'épigastre, oii il mourra

eufm, cinq ou six heures aprèsla mort personnelle, et en . même temps que s'éteignent les dernières vibrations vitales communes dans ce centre de la vie végétative.

Indépendamment de l'intérêt incomparable que présentent ces phénomènes, on voit que les plus belles applications en sortent comme d'elles-mêmes. C'est ainsi que, d'après les recherches de l'auteur de la dynamoscopie, les faits que je viens de citer constitueraient le moyen le plus sûr de distinguer la mort apparente de la mort réelle, etc., etc. C'est Barth qui fut chargé de faire à FAcadémie un rapport sur ces faits, que l'auteur avait présenté dans un mémoire particuher. Barth m'a dit plusieurs fois qu'il avait vérifié lui-même l'exactitude de ces faits et qu'il croyait à leur réahté.

Il résulte jusqu'à présent des expériences rapportées dans les deux mémoires de M. Collongues et de celles auxquelles je me suis livré moi-même, que les deux variétés des bruits vitaux, les bourdonnements et les pétillements, ne sont point produits par l'action musculaire. 11 n'est pas probable non plus qu'il faille les attribuer à la circulation capillaire du sang ou de la lymphe. Quand on a éliminé tous les mouvements spéciaux d'une organisation complexe comme celle d'un mammifère, il ne reste pour exphquer ces bruits, que les vibrations intimes déterminées par cet orgasme ou par ces tous inhérents à tout tissu vivant, et qui paraissent entretenus par l'action nerveuse élémentaire et diffuse.

Hunter nommait materia vitœ diffusa des corpuscules nerveux qu'il supposait fondus dans toute substance animale fixe ou mobile. Est-ce à l'action continue de ces élé-

ments nerveux que sont dus les mouvements toniques, inséparables de la vie intime des tissus et sur lesquels Slahl a eu des aperçus que son animisme a dû paralyser et rendre stériles? Quoi qu'il en soit, si la vie n'est pas un mouvement mécanique, il est bien certain qu'elle ne peut ni exister ni se manifester sans mouvement. Avant les fonctions spéciales de circulation, de sécrétion, d'innervation, de contraction musculaire, etc., il y a des fouctions vitales communes que toutes ces fonctions spéciales supposent, et qui, elles, n'en supposent aucune. C'est à l'exercice de ces fonctions primitives les plus générales de l'organisation, que doivent être liés les bruits essentiellement vitaux dont je viens de signaler lexistence. Quand ces phénomènes nouveaux auront pris rang dans la science, ils dissiperont bien des préjugés. La belle découverte de Laënnec en sera singulièrement grandie. Il était bien capable de lui donner cette base vilaliste large et positive, car on en trouve le germe dans ses œuvres.

L'auscultation des organes de la respiration et de la circulation ne sera plus bientôt qu'un des domaines particuliers de l'auscultation générale ; on parlera des bruits animés comme de la chaleur animale ; on sera tout étonné d'avoir vécu si longtemps sur des explications physiques des bruits sains et morbides du cœur et du poumon, et Fessai que je viens de présenter sur la nature de ces bruits rentrera de lui-même dans une théorie dynamoscopique ou bioscopique plus générale, basée sur ce principe que toute action vitale s'accompagne de vibrations sonores, et puisque ces vibrations animéss suivent les lois des mouvements vitaux auxquels elles sont immédiatement

liées, elles échappent à toute explication de la physique. On comprendra que modifiées et perverties dans les maladies, elles fournissent à l'observation, comme l'a prouvé Laënnec, des symptômes très positifs. Ou ne fait que se conformer à l'esprit de l'immortel auteur de Tauscultation, en refusant de voir dans ces bruits animés des signes physiques, produits éloignés de la maladie, ne suggérant par eux-mêmes aucune idée de prognose et de traitement.

C'est au contraire reprendre pieusement sa pensée que de les considérer comme l'expression immédiate des mouvements vitaux altérés onde la maladie même, se révélant à l'oreille du médecin par un langage particulier. Rien n'est mieux fait pour démontrer que la vie n'est que le mode d'activité propre aux corps organisés. Rien, dès lors, n'est plus décisif contre l'animisme et tous les systèmes oii la vie est conçue comme un principe antérieur à l'organisation et mouvant extérieurement un corps inerte par lui-même. Quoi déplus décisif aussi contre le mécanicisme qui fait des fonctions de l'animal un produit du jeu extérieur de ses organes, pris tout formés comme les donne l'anatomie descriptive, et qui regarde la vie comme postérieure à l'oi ganisation ! Quelle diftérence trouve-t-on entre de pareils organismes et des machines mues par des forces extérieures?

Voilà donc deux systèmes qui font la vie étrangère au corps. Et ces systèmes président de fait à l'enseignement ; ils s'imposent à la science et à toutes ses théories. Est-ce que le sens général de la vie, qui jqous donne le sentiment de notre existence, est-ce que toutes ces sensations spéciales en

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lesquelles nous nous percevons comme un petit monde sensible par lui-même el spontanément représentatif du monde extérieur ou delà nature physique; est-ce que l'acte de nous sentir tout à la fois matériels et pourtant distincts de cette nature extérieure représentée spontanément en nous par notre sensibilité, laquelle n'est autre chose que cette représentation spontanée elle-même ; est-ce que, en un mot, l'identilé du corps animal vivant et de la seusibihté ne proteste pas contre ces systèmes où la vie et la sensibilité sont conçues comme antérieures ou postérieures, et en définitive comme étrangères au corps?

Invoquer cette protestation, c'est appeler le règne de la physiologie; c'est lui souhaiter des principes ; c'est demander qu'elle commence à exister par elle-même, à reposer sur ses bases propres, à être une science, enfin ; car s il n'y a pas de science sans ces conditions, il est vrai de dire que la physiologie n'est pas encore constituée philosophiquement ou comme science.

Si l'animisme ou le mécanicisme étaient la vérité en physiologie, les bruits liés à l'exercice d'un organe ne seraient ni spontanés, ni engendrés, ni évolués, comme nous avons vu qu'ils le sont i ils seraient des bruits rigoureusement physiques et inertes; ils en auraient tous les caractères ; ils en suivraient toutes les lois ; ils en recevraient toutes les exphcations. Nous avons vu cependant qu'il n'en est pas ainsi de nos bruits cardiaques sains ou morbides. Ils diffèrent des bruits inertes et physiques, comme les mouvements par intussusception, les mouvements évolués ou vitaux diffèrent des mouvements par juxtaposition ou

mouvements mécaniques. La vie est donc la génération incessante de l'organisme, son intussusception continue. Eh bien, il est prouvé que cette évolution perpétuelle de produits vivants et d'actions vitales ne s'accomplit pas sans l'évolution de murmures etde bruissements continus, comme certaines fonctions, ou de sons et de bruits intermittents comme certaines autres, et que ces bruits de la vie sont susceptibles de s'altérer dans les maladies et d'y prendre des timbres et des tons déterminés.

Et pour confirmer l'intime corrélation de ces bruits avec les mouvements organiques et caractériser la nature toute vitale de ces bruits, on peut les distinguer, comme les actions vitales, en deux ordres : les uns généraux, communs, élémentaires, liés à l'exercice des actions vitales communes, n'exigeant, pour se produire et être perçus, que l'état de vie indépendamment de l'accomplissement actuel de toute fonction spéciale ; les autres, spéciaux, propresà certains organes et à l'exercice actuel de certaines fonctions particulières telles que la contraction musculaire, la circulation, la respiration, etc. Ceux-ci supposent l'existence des premiers ; comme l'exercice des fonctions spéciales suppose celle des fonctions générales ; les uns elles autres subissent, avecles fonctions auxquelles ils sont inhérents, des modifications et des altérations variables à l'infini dans chaque maladie et à chaque période de chaque maladie, souvent même ils sont idiosyncrasiques comme celles-ci, c'est-à-dire, qu'ils présentent des singularités de timbre et d'intonation propres à tel ou tel individu, etc., etc.

Lorsque les bruits généraux de la vie seront aussi bien

expérimentés que ses bruits spéciaux, ou pourra sans cloute discerner dans la production d'un de ces derniers, et, par exemple, d'un bruit musculaire ou cardiaque, ce que ce bruit tient des vibrations vitales communes, et des vibrations vitales particulières qui se combinent pour le produire, et on tirera de cette distinction et de ces rapports de beaux éléments, des éléments directs de diagnostic et de prognose. C'est ainsi qu'on voit, dans les maladies organiques du cœur, les bruits organiques ou blastiques présenter un caractère profond et rude qui semble indiquer que la vie organique du cœur ou ses fonctions blastiques sont déviées, et que l'altération de ses fonctions spéciales et de ses contractions s'enracine dans une déviation organique primitive ; et qu'au contraire, lorsque le blastème cardiaque n'est pas altéré et qu'il n'y a pas, comme on dit, lésion organique du cœur, la stimulation morbide a beau être excessive, et ses contractions morbides acquérir le plus haut degré d'intensité, les bruits anormaux qui peuvent bien être aigus, convulsifs, musicaux, métalliques, traduisent cette affection, etc., l'oreille sent que ces symptômes n'annoncent pas une altération grave et profonde. Elle reconnaît que les fonctions spécialesde l'organe sont seules affectées parce que les bruits morbides sont spéciaux, superficiels et purement nerveux.

Ces bruits offrent donc par eux-mêmes un caractère tantôt organique, tantôt nerveux ; et leur timbre porte avec lui ce caractère, et ce caractère peut à lui seul et sans le concours d'autres signes, servir de moyen de diagnostic. Peut-on prouver plus péremptoirement la nature vitale des bruits du cœur, et leur qualité de symptômes a-t-elle

besoin d'une autre démonstration ? Il y a un rapport exact entre le caractère des fonctions vitales et le caractère des bruits \itaux qui les expriment. Ils sont continus et profonds dans les fonctions vitales commîmes ; superficiels et intermittents dans les fonctions spéciales. Connaît- on quelque chose de mécanique dans ces deux ordres de fonctions ? et peut-on donner de ces bruits des théories physiques, sans être animiste, c'est-à-dire, sans placer le principe de la vie dans un être différent de celui oii se passent ses manifestations ? Les biologistes seront obligés de compter désormais avec les bruits vitaux. C'est un chapitre nouveau à ajouter à la physiologie.

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