‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 7 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I V CLINIQUE DES MALADIES DU COEUR CONFIRME LES DONNÉES DE l'ANA- TOMIE COMPARÉE ET DE l'EMBRYOLOGIE.

i La circulation est un mouvement sanguifîcateur. J^ai dit par quoi il était dé terminé -

Le cœur est l'organe central de la circulation et par conséquent du mouvement sanguifîcateur. Ce mouvejment générateur du sang existe partout oti il y a un vaisseau; le cœur n'en est que le centre, ou l'organe éminemment représentatif. Il est donc un viscère ; il consomme et vivifie l'hématose, il l'anime d'une manière supérieure, et c'est à cette condition qu'il régularise et coordonne toutes les circulations partielles. C'est ce qu'il s'agit de mettre plus encore en lumière, en nous plaçant à un autre point de vue.

I J'ai déjà exposé à l'occasion de plusieurs autres appareils (les reins, Union médicale, mai 1855 ; le tube digestif, Union médicale, octobre 1858, etc..) une idée aui lomine aussi ce travail et que j'extrais d'une note sur la nortpar l'intestin publiée en octobre 1858 dans VUnion médicale :

« On ne trouve pas, dans l'économie, de fonction qui ae soit générale en même temps que locale ; pas d'organe qui ne soit la localisation, ou'plutôt la centralisation

d'éléments et de propriétés organiques partout répandus et actifs partout. Telle est la base du consensus organique, la raison de cette unité vitale dont on parle tant et qu'on n'a fait reposer jusqu'ici que sur un mot. Toute fonction, tout appareil ont donc leurs éléments et leurs propriétés répandus dans toute l'économie, et leur représentation éminente, leur force supérieure ramassées dans une région particulière.

« L'anatomie topographique, qui seule jusqu'à ce jour a présidé à la physiologie, place la fonction tout entière dans son organe central ; elle n'y peut donc rien comprendre, elle n'y puise que des inspirations mécaniques.

« L'anatomie vivante, au contraire, qui assiste à la formation des appareils, et qui, formés, les voit se conserver, se nourrir et même fonctionner par une génération continue, c'est-à-dire suivant l'ordre et les lois qui ont présidé à leur évolution primitive , l'anatomie vivante voit les divers appareils disséminés et fondus partout, puis centralisés dans un point. Elle ne sépare pas ce qu'a uni la nature. »

Nous devons à Harvey de savoir que l'appareil circulatoire est un système continu et donne un exemple parfait de l'idée que je viens d'exposer. Mais Harvey es" resté au point de vue anatomique, lui si capable, comm^ il l'a prouvé par ses belles recherches sur la génératioii et l'ovologie, de jeter les bases physiologiques de si grande découverte. Cependant il fallait avant tout la vulj gariser. Descartes s'en chargea avec sonmécanicisme. Les mathématiques et la mécanique étaient au moment s'emparer des sciences et de les dominer. Jamais occa-

sioii plus belle d'appliquer cette méthode 1 L'uuité de l'appareil circulatoire fut donc bientôt établie, mais mécaniquement et avec un mépris souverain, et jusqu'à un certain point légitime, des idées de Galien servilement acceptées. Il fallait à tout prix que l'anatomie de la circulation se répandît promptement partout. Or, cela ne se pouvait faire qu'à la faveur d'une idée très simple appliquée à l'anatomie cadavérique de cet appareil. Grâce à cette idée, ce qu'il fallait savoir d'abord de la circulation fut aussitôt connu de Descartes que de Flarvey, et de tout le monde que de Descartes.

Mais cette notion provisoire qui devait être la base et la condition d'une notion plus élevée et plus difficile, ce mal nécessaire, celte erreur relativement heureuse s'empara fortement des esprits, et les séduit encore tellement aujourd'hui, qu'on ne peut plus l'en chasser.

L'unité mécanique delà circulation, utile d'abord à l'intelligence du fait anatomique, est devenue aujourd'hui un obstacle énorme à l'intelligence de l'unité physiologique ie cette fonction. Ici, comme partout en physiologie, l'œuvre est donc de substituer l'anatomie d'évolution à IV natomie topographique, et par conséquent la vie à la mort.

L'anatomie topographique ne peut donner qu'une théorie mécanique de la circulation. L'anatomie d'évolution l'en peut donner qu'une théorie vitahste. Là est le progrès. Le progrès véritable consiste à rester dans la tradiionenla développant. C'est ce que je fais. Je reste dans 'idée juste au fond de Bichat et de Broussais, qui fut de « lésontologiser la vie et les maladies, mais qui, voulant at- ^emdrece but par l'anatomie morte, retombèrent mal-ré

î>2 CIllCULATION DU SANG.

eux dans l'auimisme qu'ils avaient cru extirper de la science.

Ce qui entretient l'illusion du mécauicisme dans la théorie de la circulation, c'est donc en premier lieu le point de départ qu'on prend dans l'anatomie morte ; c'est en second lieu, et comme conséquence de la première illusion, celle que produit irrésistiblement la vue de l'unité cardiaque du mouvement circulatoire par nos esprits si habitués à comprendre et à manier l'artifice, si durs à se pher aux méthodes de la nature.

Quand on sait l'anatomie cadavérique de la circulation, et qu'on met une main sur la région du cœur et un doigt sur une artère chez l'individu à qui on vient d'ouvrir une veine jaiUissante, on ne peut se figurer qu'il y ait dans ce système plusieurs forces motrices, et, sans hésiter, on fait honneur au centre d'impulsion seul de tout le mouvement d'un liquide dans un système de tubes continus et clos partout. On ne peut supposer à la nature plus de puissance et d'industrie qu'à fart. Incapable d'atteindre autrement que par le mécanisme d'une pompe la merveilleuse unité de circulation qu'on a sous les yeux, on se défie des ressources de l'infini, et on conçoit les choses créées comme on les exécuterait soi-même. Et, en effet, voilà justement la merveille ! Cette unité motrice, si exactement mécanique en apparence, résulte au contraire de la parfaite harmonie d'un nombre infini de forces hiérarchisées, toutes indépendantes, mais d'une indépendance relative et subordonnée. L'action organique n'abandonne les tissus et les humeurs à aucun moment et à une profondeur quelconque. Ils sont animés des mêmes forces

jusqu'à l'infmi.Cet infini est précisément ce qui donne aux œuvres de la nature leur caractère divin. Chaque partie est pénétrée à l'infini des propriétés du tout. Comment, sans cela, le tout serait-il vivant ? Voilà, ainsi que le disait Leibnitz, ce qui distingue les machines divines des machines faites de main d'homme, la nature de l'art.

Le cœur donne le branle suprême, et, sous l'influence de cette impulsion organique, tout l'appareil vasculaire entre en action. Les artères se dilatent sous l'impression ide l'ondée sanguine, puis elles se contractent immédiatement après en vertu d'une élasticité organique dont leur tunique moyenne est pourvue. Cette élasticité est organisée et vivante, en ce sens que le vaisseau est doué du sens hématosique et muni de fibres musculaires spéciales qui {limitent, étendent, coordonnent Faction du tissu élastique lavec lequel elles sont fondues ainsi que les nerfs ganghonnaires qui enveloppent et pénètrent tout vaisseau. Voilà ce qui fait que l'élasticité de l'artère est d'un tout ■ autre ordre que l'élasticité physique. Ces propriétés sont d'autant plus marquées que l'artère est plus éloignée du rœur et s'approche davantage des vaisseaux capillaires. Cela se conçoit, puisque les vaisseaux sont d'autant plus indépendants et ont d'autant plus besoin d'action propre, lu'ils ressentent plus faiblement l'influence du centre moteur. Mais dans aucun point de leur étendue ils n'en ■^out privés. D'ailleurs, il est certains points oti ces propriétés se renforcent et où les maladies nous les montrent plus développés. C'est de même qu'on voit, chez certains mimaux, des bulbes auxihaires se former sur le trajet (les artères pour suppléer à l'insuffisance d'action du cœur.

^ Les propriétés motrices des vaisseaux centrifuges, ou l'existence de mouvements propres dans les artères sont mis hors de doute par l'anatomie comparée, ce grand recueil d'expériences naturelles. Que d'erreurs et d'investigations inutiles se fussent épargnées les anatomistes de la Renaissance, s'ils eussent connu les essais delà nature et la simplicité de ses voies inscrite dans la série des êtres organisés !

Chez les annéhdes, l'appareil circulatoire consiste en un vaisseau unique et circulaire ou allongé comme le corps de l'animal. Il n'y a ni cœur, ni divisions vasculaircs, ni grande ni petite circulation, ni interruption du cercle capables d'obscurcir l'image de l'appareil et de four- /oyer Tanatomiste. Un cercle bien simple, un anneau elliptique, veine et artère tout à la fois, dans lequel le sang se meut d'avant en arrière et d'arrière en avant, oscillant de temps en temps, sans aucun centre d'impulsion, par sa seule force intrinsèque et celle de la paroi vasculaire agissant réciproquement l'un sur l'autre; il n'y avait vraiment qu'à regarder, et la circulation était découverte. La nature s'était chargée elle-même de la dissection et des expériences.

Mais cela ne prouve pas, dira-t-on, que, chez l'homme et les animaux supérieurs, les artères elles veines soient animées de mouvements propres. On comprend très bien que, chez les animaux acardes, les vaisseaux soient contractiles, mais c'est justement pour cela que, chez les animaux pourvus d'un cœur unique, il est complètement inutile qu'ils jouissent de la même propriété. L'élasticité

seule, action purement physique qui persiste sur le cadavre, suffit ; elle est même la condition nécessaire de l'unité circulatoire, car celle-ci serait exposée aux perturoations les plus fâcheuses, si les vaisseaux prenaient une Dart active à la progression du sang.

Cette objection est spécieuse. Elle favorise le mécabicisme, doctrine commode, qui règne par la force delà paresse et de l'habitude. Pourtant, les expériences directes mr les animaux, les vivisections l'ont déjà entamée. Mais '1 arrive ici ce qu'on voit presque toujours en physiologie. Les faits introduits dans la science par l'expérimenta- :ion sont d'une assimilation très réfractaire : ils prenbentplaceà côté des anciennes théories, les laissent voontiers subsister, quand ils devraient, ce semble, les renverser immédiatement.

Ainsi, il n'est personne qui mette en doute aujourd'hui 'existence de la contractilité vasculaire, et néanmoins les ihéories hydrauhques de la circulation subsistent par la orce d'inertie. Les vivisections ont beau isoler cette proiriété et la mettre artificiellement à nu seule, cette ivideuce toute physique, insignifiante par elle-même, d'un ait arraché à tous ses rapports organiques, est précisénent ce qui empêche ce fait d'entrer dans l'idée du nouvement générateur qu'on appelle la circulation du |ang. 11 faut qu'une théorie générale vienne lui donner et a signification et sa place ; sans quoi, le mécanicisme est encore assez puissant pour se l'approprier et le tourner i son avantage. C'est ce qui est arrivé à la contractihté 'asculaire démontrée par les vivisections. On lui a donné ine fonction dans la théorie qu'elle devait renverser ; et

ainsi la voilà compromise au service du mécanicisme, comme le cœur lui-même. Et cela sera toujours, tant que les mouvements propres des vaisseaux et ceux du cœur seront destitués du sens hématosique, ou de l'instinct et du mouvement sanguificateur à des degrés divers.

L'anatomie comparée, l'embryogénie et la pathologie peuvent seules démontrer ces facultés sans lesquelles le fonctions de Tappareil circulatoire seront toujours — et ce sera justice scientifique, — ressaisies par le mécanicisme.

On me permettra donc de revenir sur les preuves d'anatomie vivante que j'ai déjà données, afin de montrer dans un seul tableau comment la pathologie vient naturellement corroborer ces preuves et n'en faire qu'une multiphée à l'infini par elle-même.

Embryogénie de l'appareil circulatoire, base de la physiologie de cet

appareil adulte.

Si les théories hydrauhques de la circulation du sang que les écoles enseignent sont exactes, il faut, de toi:le nécessité, que les organes de cette fonction aient été formés aussi mécaniquement ou artificiellement. Il faut alors que le cœur et les vaisseaux aient été construits par juxtaposition comme une pompe et ajustés les uns aux autres ; puis que le sang, liquide indépendant de son appareil moteur, pouvant exister sans lui et réciproquement, y ait été versé du dehors et se soit mis tout à coup à y cou-

11- eu inondant successivement des canaux préalablement ides, etc..

Je défie tous les circulateurs de l'Institut et des écoles asseoir leurs doctrines sur d'autres bases que celle-là. )ui, telle est, si ces théories sont vraies, l'embryologie e l'appareil circulatoire.

Mais ce mode de formation de l'appareil est absurde, onc aussi la théorie corrélative de sa fonction.

Au sein de cette partie du blastème qui entoure la tache lerminative ; vers la 25' ou 30" heure environ de l'exisonce de l'œuf, et la moelle épinière ayant à peine lessiné sa forme, ou voit bourgeonner irréguhèrement l'abord un point qui se meut avec rythme, puis bien- <jt des points, ensuite des hgnes rougeâtres tracées par r mouvement spontané d'un liquide.

Ces lignes ne sont pas menées d'un point à un autre nécaniquement et par une propulsion externe. Chacune les monades infiniment nombreuses dont elles sont

omposées est vivante, elle est née à sa place. De plus,

lies ne communiquent pas encore avec le point principal qui se meui, punctum saliens.

Il a pu y avoir entre ces points vivants beaucoup iriudiscontinuités apparentes, mais aucune réelle. Nul intervalle qui ait été rempli par rallongement ou le cheminement des parties déjà existantes. Les dernières parues ont germé in situ comme les premières ; et il n'y a pas de terme imaginable au nombre infini de ces monades vasculaires et sanguines, car c'est le cœur, ce sont des vaisseaux sanguins, c'est l'appareil circulatoire priniilif qui se développe maintenant sous nos yeux.

L'intussiisceplion de cet appareil ou sa formation est et sera, jusqu'à la mort, universelle et continue ; c'est-àdire que chaque point vasculaire et sanguin naît et continue à naître jusqu'à la mort de son blastème, et que celte génération s'étend à l'infini, n'y ayant aucune particule ni réelle ni imaginable qu'on puisse concevoir échappant à cette force dans aucun moment de sa durée.

Mais ce qu'il faut entendre surtout, c'est qu'il en est de la fonction comme de l'organe, et que sa formation ou intussusception est également universelle et continue.

Ainsi donc, toutes les parties de l'appareil circulatoire, sang, lymphe, vaisseaux rouges et blancs de tout ordre, depuis le cœur jusqu'aux capillaires, se sont formées sur place, sont nées de leur protoplasme partout oii elles ont paru pour la première fois, et continueront à en naître jusqu'à la mort, chacune en ses formes et propriétés.

De cette première vérité découle invinciblement celle-ci, c'est que, de même que chaque action indivisiblement circulatoire et hématosique est née avec son organisation correspondante et s'est développée à sa place, sans rien recevoir des parties voisines que les excitations sympathiques qui assurent l'unité de sa fonction et font cette unité même, ainsi, dans la circulation adulte, chaque partie de l'appareil, quelque élémentaire et subordonnée qu'elle soit, agit pour son compte, dans la mesure de sa force, et ne reçoit des parties hiérarchiquement plus puissantes du même appareil, que des stimulations organiques ou vitales.

Et voilà, pour revenir à l'idée par laquelle j'ai repris à

"sseili cette exposition, voilà comment l'admirable sy- M-gie, l'unité comme électrique du branle général de

circulation, n'est qu'un effet de l'accord hiérarchique > toutes les forces qui concourent dans des proportions

diverses à l'accomphssement de cette grande fonction.

L'anatomie d'évolution, étudiée dans la série animale dans les phases de la vie utérine d'un mammifère, DUS a déjà montré les forces de l'appareil circulatoire autant plus divisées que l'animal est placé plus bas ans l'échelle de son règne ou qu'il est à un degré plus iférieur de son développement embryonnaire; et, au conaire, d'autant plus centrahsées que l'animal occupe un mg plus élevé dans l'échelle, et a atteint une phase plus vancée de la vie utérine.

Au bas de l'animahté, et même chez certains vertérés, les poissons, par exemple, l'appareil circulatoire est 11 quelque sorte fédéralisé. Il se compose de plusieurs etits systèmes qui ont chacun un organe central. On I ouve là un certain nombre de déparlements indépenants et rehés tout à la fois. Il n'est guère alors de partie 0 l'appareil circulatoire qui ne jouisse d'une force propre lès évidente, que n'oserait contester aucun des mécauiistes qui destituent les vaisseaux sanguins chez Thomme toute activité essentielle. Le professeur Coste m'asouent montré ces merveilles de l'organogénésie chez divers >oissons dans son laboratoire du Collège de France.

On connaît les cœurs multiples de beaucoup d'invertéti'és, multiplication d'autant plus grande, que l'unité de Organisme est moins forte. Les organes de ces êtres sont )lulôt une réunion d'animaux vivant en communauté à

la manière des polypes, qu'un animal énergiquement un comme le carnassier ou l'oiseau.

Daus l'esquisse que j'ai tracée plus haut de la formation du système vasculaire daus l'œuf, les forces circulatoires sont aussi bien plus divisées qu'ultérieurement. Mais, au fur et à mesure qu'on s'approche du terme de? développements dans la série zoologique et dans l'embryon humain, on voit la vie de l'appareil circulatoire se centrahser de plus en plus et se ramasser enfin tellement dans un cœur unique, que cet organe prend le nom d'agent central delà circulation. Les vaisseaux qui en partent et qui y reviennent, ne semblent plus être par rapport à lui, que des canaux physiquement passifs. Il paraît en avoir absorbé toute l'activité.

Si cela était autre chose qu'une apparence, c'est aux lois de l'hydraulique qu'il faudrait, sans hésiter, demander la théorie de la circulation du sang. Il est vrai que, poui cela, le cœur devrait être, lui aussi, un agent physique; et les mécanicistes les plus résolus reculent devant cette extrémité. Ils n'ont pas réfléchi à l'impossibilité physiologique de tubes inertes adaptés à une pompe vivante et charriant un liquide vivant !

Quoi qu'il en soit, le bon sens qui inspire la formation du langage en dépit des travers de la science, nous a toujours dit que le cœur présidait à la circulation ; et rien de plus juste que cette expression. Il s'agit de ne pas permettre à la science de lui donner un démenti.

Gi

Mouvements propres et animés des artères.

I^oiir qu'il soit vrai de dire que le cœur préside à la cir- ,lation, il faut que les autres parties de l'appareil circu- ] oire soient actives et subordonnées tout à la fois. Il falt donc que les arlères fussent composées d'un tissu .ué d'élasticité organique, ou, si je peux m'exprimer usi, d'une contractilité relative.

Leur membrane moyenne jouit, en effet, de la faculté jiiulière d'être expansive et activement dilatable sous uiluence de l'impulsion qui lui est communiquée par contraction ventriculaire et l'ondée sanguine. Elle se ate activement sous cette double impulsion en appance mécanique. Une contraction relative, effet de Téslicité organique, suit immédiatement cette expansion ï amène le calibre de l'artère à son diamètre primitif, )ù elle est immédiatement écartée par une nouvelle pansion relative.

Les expressions manquent pour donner l'idée des proiétés du tissu artériel. Je suis donc obligé de me servir • termes qui semblent contradictoires et s'exclure. Je •iidrais pouvoir dire expansion et contraction relatives et il)ordonnées, élasticité vitale, etc..

La diastole artérielle n'est, en effet, ni une dilatation issive comme celle d'un tube de caoutchouc, ni une di- UUion spontanément active comme celle de certains uscles qui font office de sphincters. C'est une sorte

CinCIJLATION DU SANG.

d'action intermédiaire. L'artère, excitée à se dilater par la colonne du liquide vivant que le cœur meut et anime éprouve une expansion, puis un resserrement eu veriu desquels se trouve augmenté ou diminué, c'est-à-dire limii,^ et régularisé suivant les nécessités fonctionnelles, le degré de l'impulsion organique qu'exerce sur elle l'ondée sanguine. D'où il suit que le choc de celle-ci n'est que la cause excitante de la diastole, et non sa cause mécanique.

Ici encore on voit une action qui, au premier coup d'œil, paraît physique, ne l'être réellement que quand on l'abstrait ou qu'on l'isole du système physiologique dont elle fait partie, car ce système n'est vivant que parce que toutes ses parties le sont elles-mêmes et à l'infini. L'éclectisme seul peut intercaler des actions physiques comme nécessaires et constituantes au milieu d'un système à mouvements spontanés.

Il n'en faut donc pas douter : les artères ont une force d'expansion et une force de contraction subordonnées à celle du cœur. Si ces mouvements eussent été primitifs et purement spontanés comme ceux du cœur seulement, ou de l'intestin, l'unité de l'appared circulatoire eût été impossible. Au contraire, le tissu jaune élastique n'entre jamais en jeu que sous l'impression en apparence physique du flot sanguin. Je dis en apparence, parce que le choc de l'ondée sanguine n'est point une cause, mais uae condition mécanique de dilatation active, condition constamment anéantie dans ses effets mathématiques par les propriétés motrices spéciales de l'artère. Ce choc expansif du sang n'est plus alors pour elle qu'une cause exci- •

hIc coordonnée avec sa vie propre, et destinée à pro- |iier et à entretenir sans cesse ses propriétés dilatatrices I contractiles.

Si la membrane interne des artères est douée du sens hnatosique nécessaire pour régir leur mouvement, la i arpente de ces vaisseaux est donc pourvue d'une véritaélasticité organique et relativement spontanée.

Voilà pourquoi j'ai pu dire que la force motrice des i ères était une propriété passivement active.

Dans l'élasticité morte ou physique, l'allongement est 1 it externe, ou, si l'on veut, mathématiquement propor- I nné au degré de la force extérieure qui Ta produit ; de jime, le resserrement ou rétablissement de l'état ant ieur à l'allongement est exactement déterminé d'avance us jamais dépasser la mesure primitive de cet état.

C'est le contraire dans l'élasticité physiologique ou fimée. La force avec laquelle l'ondée sanguine bat Tartre ne donne point la mesure physique et nécessaire de i diastole qui va suivre; et l'étendue de celle-ci ne me- ^re pas davantage d'une manière exacte le degré de la

lole consécutive.

Le cœur se contracte quelquefois comme dix, et l'artère î dilate comme quinze ou vingt. L'artère s'est dilatée 'inme vingt, et sa systole sera comme dix ou Jtrente.

§ in

Les maladies opèrent une analyse ou une dissociation naturelle des éléments actifs qui entrent dans la composition d'une fonction el que leur synergie parfaite ne permet pas de distinguer dans l'état normal — Application aux mouvements très variés des artères.

Dans l'état normal, les discordances sont généralement insensibles. Cet accord physiologique trompe les observateurs. Ils prennent un consensus, une harmonieuse subordination de la vie propre de chaque partie, pour un rapport mécanique et nécessaire. Mais les passions, les mouvements extraordinaires de l'économie, les maladies surtout, mettent les vrais rapports dans une palpable é\idence, et, dissociant les forces circulatoires, montrent bien la propriété et la spontanéité de chacune d'elles. Sous une apparence de machine hydrostatique, les fonctions du système circulatoire ne sont pas plus mécaniques que les fonctions du système nerveux.

Si l'on me demande la preuve expérimentale de cette théorie, je réponds ce que j'ai déjà dit, que les vivisections ont mis hors de doute l'existence de la contractiHté vasculaire, c'est-à-dire le fait ; mais que, pour ce qui est de la théorie, elles ne peuvent guère la donner, et que cela est l'affaire, non de l'art, mais de la nature. Il est juste de convenir pourtant que l'expérience de Cl. Bernard qui produit à volonté la contraction des artères ou leur expansion, suivant qu'il coupe au cou d'un animal le filet d'origine sympathique ou d'origine cérébrale d'un vaisseau, fortifie pleinement les arguments tirés de l'orga-

of^énésie, et ne devrait laisser de doute à personne.

On ne fait pas parler comme on veut les expériences latiirelles que fournit la pathologie. Elles parlent d'ellestièmes et s'imposent. Devant l'analyse spontanée des forvs vives qui concourent à une fonction, celui qui interoge ces faits est forcé d'être physiologiste. Bon gré, mal né, il faut être vitahste, ou ce qui est la même chose, . connaître que tout est essentiellement vivant dans l' animal. On n'est vitaliste qu'à cette condition.

Les maladies sont éminemment propres à nous mon- (l er que les centres organiques ne possèdent pas la vie au ilétriment des parties sur lesquelles s'exerce leur action. Destructives de l'unité, elles créent des centres accidentels, lécomposent les fonctions en leurs forces élémentaires, et prouvent irrésistiblement, que ces forces existent primiti- \ementdans chaque partie ; que toutes les actions, que tous les mouvements organiques appartiennent à la partic 011 ils se passent et oii on les observe, puisqu'ils y sont nés avec elle, ni plus tôt ni plus tard, et qu'il serait uussi faux de les regarder comme le produit des centres (le vie auxquels ils se rattachent, qu'il le serait de croire que les organes mêmes qui les accomplissent sont sortis de ces centres.

Si chez l'adulte, l'admirable unité de l'organisme, le besoin d'une centralisation énergique et d'une synergie fonctionnelle promptes et assurées semblent avoir ramassé toute la force de l'appareil circulatoire dans le cœur, son agent suprême, la maladie en frappant l'homme de fait blesse et de dégénération, tend à dissocier ses forces

organiques, à y iulroduire l'anarchie et à ramener en quelque sorte l'économie aux degrés inférieurs de l'échelle animale. Alors, on voit les diverses parties du système circulatoire comme les différentes parties du système nerveux, former des foyers isolés de circulation et d'innervation beaucoup plus indépendants des grands ceutrès de ces systèmes que dans l'état de santé.

Or, ces parties qui déclarent accidentellement leur spontanéité et leur vie propre par des actions qu'on ne peut pas attribuer essentiellement aux organes centraux qui les président ordinairement, d'où tirent-elles ces actions extraordinaires? De leur fond sans doute. Elles v étaient donc ? On dirait, en effet, que ces parties conservent dans les profondeurs de leur organisation, mais affaiblies, latentes et comme des germes en incubation, toutes les propriétés qui les ont caractérisées dans les différentes phases de leur évolution embryonnaire. Hé bien, la maladie aie pouvoir singuher — bien fait pour éclairer son origine mystérieuse et sa nature — de développer ces propriétés élémentaires réservées, et de les mettre en relief.

Quoi de plus concluant dans ce genre, que les battements extraordinaires des artères qui règlent la distribution du sang dans une partie enflammée ? N'y a-t-il pas là un petit organisme accidentel greffé sur le grand, ayant sa circulation propre, et trouvant un cœur de circonstance dans ces parties de l'artère qui se sont constituées le centre d'un système vasculaire pathologique complet dans son genre? Ne voit-on pas clairement ici le système circulatoire, présenter chez l'homme un des caractères qu'ila chez les poissons ou certains invertébrés? Et si on suppose

CLINIQUE DES MALADIES DU COEUlU 67

> foyers multiples d'inflammation dans l'économie, l'aalogie ne devient-elle pas saisissante ?

Comment les théories hydrauliques exphqueront-elles s innombrables espèces de pouls qu'on observe dans les udadies ? L'exploration du cœur ne dénote aucun chanement appréciable dans son action, et les artères en i ésentent de considérables dans la leur.

Non que je prétende que les maladies qui exercent une

grande influence sur la vie propre des artères et déterliiient toutes les variétés de pouls, n'en exercent aucune iirlecœur; mais ce que j'établis, c'est qu'il est impossile de se faire une idée du pouls d'après l'état du cœur, t réciproquement, et que quand la chose est possible, ce ipport n'est point mécanique, mais l'expression d'une iiicordance pathologique.

Au heu que ce soit le cœur qui transmette physiqueleut aux artères par l'ondée sanguine le mode de mouvecnt dont il est animé, c'est la maladie qui frappant le l ur et les artères du même mode d'altération, met leur oLivements en harmonie pathologique. La vraie cause 1 rapport de ces mouvements, est dans une même altélion morbide du cœur, du sang et des vaisseaux. L'unité vient donc ici encore de ce que chaque partie de Appareil circulatoire fait la même chose générale que • utesles autres, en se distinguant d'elles par une foncou plus ou moins éminente.

Les caractères du pouls dépendent de l'état et du mouineut des parois artérielles, et l'ondée sanguine n'est • lie la cause excitante de ce mouvement. Le sang agit If elles par expansion bien plus que par choc physique.

Quant à l'état de ces parois, il dépend de leur vie propre qui autre et moins puissante sans doute que celle du cœur et des capillaires, ne leur est pas moins essentielle et innée. Or^ la maladie agit sur cet instinct propre des artères comme sur celui du cœur et dans des rapports qui varient avec les espèces nosologiques, les unes exerçant leur influence plus sur tel tissu ou tel organe que sur tels autres, etc.. Ainsi, lorsque la maladie est générale, elle frappe les organes inégalement. Cela produit l'ataxie ; et cette discordance est d'autant plus marquée, que la maladie est plus délétère.

La nature n'a pas fait comme la faiblesse de notre vue nous force à le faire dans la science, un cœur, des artères, des capillaires, des veines, etc.. Elle a produit un système animé parfaitement un et parfaitement continu, formateur et moteur à des degrés divers, du fluide vivant qui ne peut s'en séparer physiquement sans mourir.

Les artères sont le cœur étendu jusqu'aux capillaires, comme les veines sont les capillaires prolongés jusqu'au cœur. Elles sont les membres vivants du cœur qui les représente et les centralise dans ses cavités gauches — la pathologie nous le prouvera — comme les veines soul les membres vivants des capillaires ceutrahsés par elles dans les cavités pulmonaires du même organe.

L'artère en apparence la plus inerte, la veine la plus passive, font la même chose générale que le cœur et les capillaires généraux ou pulmonaires les plus actifs dans la circulation et la sanguification.

On parle beaucoup de l'unité de la circulation. Quelle unité peut il y avoir entre des parties vivantes et des par-

t>s inertes, entre des parties qui ne font pas toutes la lème chose essentielle, ou qui ne sont pas toutes douées es mêmes propriétés générales et élémentaires ? La preuve que c'est bien en cela que consiste l'unité, est que les maladies, celles qui sont malignes et ataxiues surtout, dissolvent sous nos yeux les forces hiérarchies des appareils organiques, brisent l'unité de la circu- [tion générale et en dispersent les tronçons encore aimés, comme pour nous montrer qu'ils ne tiennent >>entiellement leur vie que d'eux seuls.

Mais d'un autre côté l'état précaire de cette vie anarhique, l'imminence insidieuse de la mort dans ces cas jnestes, nous montrent que la vie propre de chaque partie rivée de Funité, c'est-à-dire, de la vie commune de toutes autres et de la vie centralisée ou plus ou moins émiemment représentative d'un certain nombre, manque 'énergie et de stabilité.

Combien de fois n'ai-je pas vu le choléra frapper de lort apparente les artères contractées et immobiles, penant que le cœur, cet unique agent de la circulation haréienne, continuait à battre presque aussi sensiblement que hez certains sujets à mouvements artériels très palpables.

§iv

Exemples : 1° Le pouls dicrole.

Et lorsque se développait la période fébrile de ce typhus, es artères prenaient cette ampleur de mouvement flucuaut et redoublé — pouls dicrote — qui les assimile

passagèrement à un cœur présent partout, et les rend, par conséquent, beaucoup plus indépendantes de l'action cardiaque que dans l'état normal. Alors, en effet, les battements du cœur ne sont pas beaucoup plus énergiques que dans la période algide où le pouls radial était insensible.

Ces deux états si opposés des artères dans la même maladie et si dissonants avec l'état du cœur, comment les expliquer sans reconnaître dans les vaisseaux des propriétés circulatoires essentielles qu'ils ne tirent que d'eux mêmes, et sans avouer que leur fonds si pauvre en apparence, est d'une richesse infinie. 4

Ainsi, ce fonds n'est pas un mot comme le principe vital; c'est le protoplasme de l'artère, ou sa vie profonde, sa substance même dans toute l'énergie du mot substance.

Ce vaisseau est né avec sa fonction circulatoire et hématosique d'un blastème, matière génératrice qui a continué à le produire et à l'animer, qui le produit et l'anime toujours.

C'est ce blastème, qui dans des conditions données, développe de certaines actions circulatoires réservées dont le vaisseau a joui à une période d'évolution de l'organisme oh la circulation du sang moins centralisée, exigeait dans chaque partie de son appareil une force propre plus indépendante, et comme un cœur diffus partout.

Ce n'est pas que dans l'état normal, l'artère ait cessé de jouir de ces propriétés et que la maladie les produise. Il est peut-être plus juste de dire que quand l'ordre règne, elles sont enrôlées dans le système des forces circulatoires et se perdent dans leur harmonieuse subordination

l'unité cardiaque. Mais la maladie dont le propre est la légénération de l'organisme, tend à dissocier ces forces, à ompre l'unité, et le désaccord fait paraître alors des étions et des mouvements particuliers plus ou moins \ioents, là où dans l'ordre on n'en soupçonnait pas.

Avec le pouls cordiforme, l'artère prend de plus un aractère qui rapproche encore davantage sa vie parti- Lilière de celle du centre organique qui coordonne tout e système vasculaire : je veux parler du bruit morbide [ui se passe en elle, essentiellement dû à la même cause [ue les bruits qu'on entend au cœur, et par conséquent, ital ou spasmodique comme le pensait Laënnec.

Notre fièvre typhoïde, ce typhus spontané et constituonneJ, est une des maladies ou le pouls cordiforme aie lus de développement. Il est devenu même un moyen de iagnostic. Quelquefois il est si marqué, qu'on peut très icilement compter deux pulsations pour une systole du l'utricule gauche. On s'est donné bien de la peine pour xphquer mécaniquement ce phénomène. On l'a attribué

une pléthore séreuse et à une dilatation excessive des avités du cœur, sans doute parce qu'on retrouve quelque- )is ces caractères du pouls chez les chlorotiques dont le angest séreux quoique abondant, et le cœur dilaté.

Mais il reste à prouver que chez les chlorotiques le culs cordiforme est bien le résultat de cet état du cœur it du sang. Or, je ne vois pas quel rapport il y a entre ces conditions physiques et le pouls redoublé. Le pouls des )léthoriques est généralement l'opposé du pouls dicrote. )n sait que les hémorragies nasales dont ce pouls passait mirefois pour le signe, ne sont rien moins que l'effet

'Z CIRCULATION DU SANG

d'une pléthore, et qu'au contraire, elles témoignent d'uue altération plus ou moins profonde du sang. C'est donc bien plutôt à une altération particulière de l'artère en rapport avec celle du sang, à un développement et à un jeu anormal de sa contractilité, qu'il faut attribuer celte modification du pouls.

Suivant une autre explication plus mécanique encore, la colonne de sang poussé par une contraction cardiaque exagérée, se heurterait à l'éperon formé par la bifurcation de l'aorte en iliaques primitives, et elle éprouverait là un choc en retour qui, retentissant dans les radiales, y produirait le pouls redoublé. 11 n'y a que deux objections à faire à cette théorie : la première, c'est que dans une foule de cas où l'impulsion du cœur est plus forte que dans la fièvre typhoïde — oii elle l'est souvent très peu — on perçoit le pouls dicrote; la seconde, c'est que la double pulsation artérielle de notre fièvre typhoïde n'est pas exclusive aux artères radicales, mais que les crurales l'éprouveut incontestablement.

La fièvre est une excitation morbide de l'appareil cir culatoire à laquelle prennent une part plus ou moins activ toutes les parties de cet appareil. Tel est le caractère g' néral de toute fièvre ou de la fièvre en général. Mais chaque espèce de fièvre modifie à sa manière le sang, le cœur et les gros vaisseaux, comme chaque plilegmasie modifie à sa manière le sang d'une partie et ses vaisseaux capillaires. Sous ce rapport toutes les fièvres méritent le nom d'angéioténiques que Frank et Pinel avaient réservé à une seule espèce disparue dans le remaniement de la pj rétologie moderne. S'il est une fièvre qui mérite plus parti-

lièremeut ce nom, c'est la fièvre du rhumatisme articure aigu.

2° La fièvre angoioténique du rhumatisme aigu.

Affectant surtout l'élément séreux du sang et la grando ireuse intravasculaire, cette fièvre modifie d'une mabre spéciale le mouvement du cœur et des artères. Lésines y paraissent prendre moins de part. Le pouls présente dans cette intéressante maladie une Opleur moins souvent redoublée que dans la fièvre îhoïde, mais d'un caractère vibratoire et frémissant qui rapproche du pouls chez les chlorotiques. Le frémissemt vibratoire du pouls rhumatismal tient certainement i[in état de l'artère très différent de celui qui produit le ]uls redoublé. On les trouve pourtant quelquefois réunis nnme deux éléments morbides, comme le spasme et tonie.

Dira-t-on que cette ampleur et cette tension vibratoire du luls rhumatismal et chlorotique dépendent de l'irritation lût le cœur est affecté dans l'une et l'autre maladie^ ilation de l'endocarde dans la première, dilatation des vités et palpitations nerveuses dans la seconde ? •l'admets qu'elles en dépendent, si on entend par là que cœur éprouve les mêmes modifications morbides à un igré plus intense, et que le mouvement morbide des lères lui est subordonné dans cet état anormal de l'é- )iiomie comme dans l'état normal; mais je repousse for-

mellemeiit celte dépendance, si on la veut mécanique et nécessaire. Tout le système artériel est frappé par la même modification morbide que le cœur, et il la traduit dans son genre et sa mesure propres.

Le cœur donne l'impulsion, cela est vrai, mais impulsion organique et non hydraulique, à laquelle chaque portion d'artère répond par une action qui pour être secondaire, cela n'est pas moins l'effet de sa vie propre, d'une coutrac^ tihté qu'elle ne tient que d'elle-même et que la maladie a modifiée directement comme celle du cœur. Ce qui se passe alors n'est donc pas différent de ce qui a lieu dans la santé. Il n'y a de changé que la vitalité de chaque partie hvrée momentanément à un mode d'existence nouveau et parasitique ; mais c'est le même être au fond, ce sont, par conséquent, les mêmes lois organiques que dans la santé. La circulation est partout affectée. Toutes les forces circulatoires, cœur, sang, vaisseaux, sont typhoïdes et rhumatismales. Et ce qu'il y a de merveilleux, c'est que ce mode nouveau d'existence qu'on nomme une fièvre, envahit l'économie et se substitue à la santé suivant l'ordre 011 les appareils qu'il affecte se sont formés dans l'évolution embryonnaire et dans l'échelle animale.

§ VI

3' L'é-7olution fébrile en généraL

Un malaise intime s'empare de l'individu. Ce malaise est général; il a son siège partout, c'est-à-dire, qu'au point de vue de Tanatomie topographique, il n'a pas de

ge. Il en a un clans l'anatomie vivante. On dit à Moutpelr que c'est le principe vital qui est affecté dans le pro- 3me fébrile, tandis qu'à Paris, ne pouvant encore mettre doigt ou l'oreille sur aucun point en particulier, on se irne à énoncer le fait. Mais le principe vital n'est qu'un lit tant qu'il n'est pas représenté dans l'économie ani- ^ile par une réalité organique sinon localisée, au moins ( A nie. L'école de Montpellier a donc tort de remplacer une (3se par un mot ; mais l'école de Paris, avec sa prétention . \ notions positives et à la détermination anatomique des ils de pathologie, Paris a tort de ne pas chercher et de 1 pas nommer la chose. Cependant cette chose existe en aatomie d'évolution, et c'est la première des réahtés pour I lîbryologiste : je crois qu'on peut l'attribuer non au 1 stème, siège des diathèses ou des maladies constitutiouitles, mais à cette partie diffuse et illocalisée du système i:'veux qui est fondue dans le blastème, où elle est l'agent

ubstratum du tact général.

L'abstraction ]m?ic?pe vital tenait donc la place d'une ose, et c'est la gloire de Montpellier de l'avoir conservée j^qu'au jour où le vitalisme vivant, l'organogénésie, vien-

lit substituer le positif au vague, le réel à l'abstrait, 1 sensibilité vitale commune enfin, qui partout diffuse, <: le siège de ce malaise intime et diffus comme le pro- 1 )lasme.

Mais cette affection du sens vital commun commence à déterminer vers quelque appareil spécial, et ce sont les

■i:anes digestifs dont les fonctions se troublent d'abord. Il I inutile de décrire cette phase si connue des prodromes

< me fièvre. Enfin, le système respiro- circulatoire est im-

prégné par le ferment morbide, le sens hémalosique est troublé, il unit eu un tout nouveau l'affection préalable des deux grands systèmes, le nutritif et le nerveux, et l'évolution fébrile commence.

C'est un frisson qui en signale le début. Il est accortipagné d'une concentration de toutes les forces de l'appareil circulatoire, de cet appareil dont le degré d'aclioD morbide servira à mesurer la gravité de la maladie, et qui, pour cela, en sera regardé comme le siège.

Cette concentration, ou ce spasme concentrique portera sur toutes les forces de l'appareil, cœur, sang et vaisseaux. Tout le monde en conviendra pour le cœur et les vaisseaux; mais on le niera sans doute pour le sang. Ce sera une inconséquence ; ou plutôt ce sera très conséquent avec les théories mécaniques de la circulation qu'on professe.

11 faudrait donc admettre que les phénomènes de concentration, l'effacement des vaisseaux, la diminution de leur calibre, la pâleur, le retrait subit des tissus qu'on observe à la surface du corps, n'existent que là, et que, les tissus intérieurs, les grands viscères, les gros vaisseaux, sont affectés d'un état contraire et que tout le sang y est accumulé, n'ayant fait que changer de place et non d'état. Ce ne serait pas de la physiologie.

Le froid éprouvé par le sujet n'est-il pas intime et profond ? Ne l'accuse-t-il pas aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur ? Ce froid dépend-il d'un abaissement de la température atmosphérique pour n'être ressenti et ue produire ses effets qu'à la surface du corps ? Probablement, au contraire, il naît au centre, car c'est dans le plus intime de son corps que le malade l'éprouve d'abord. Ce

M est spontané et général, et partout où il existe, il est , à la concentration organique dont on voit la peau ippée. Le cœur et tous les vaisseaux sont spasmodiqueent concentrés, et la masse du sang avec eux. I Pour professer une théorie mécanique de celle conceulation, il faut ne pas considérer que dans le frisson d'un icès de fièvre intermittente, les congestions viscérales, les orragies des surfaces,les apoplexies des parenchymes, ,s ruptures vasculaires, etc. devraient être très com- Lnes, et qu'on n'en observe jamais. Il est donc certain ne la capacité du système vasculaire ne pourrait pas diinuer tout à coup à ce point, le volume du liquide restant même, sans que cette disproportion ne se traduisît par des 3cidents d'hydrostatique calculables d'avance et qui, en ^rité, sont inouïs. Pourquoi la masse du sang n'éprouveit-elle pas des mouvements spontanés d'expansion et de 3trait sympathiquement avec ceux des vaisseaux qui lui 'ont contemporains, dont l'existence est inséparable de la denne et par qui elle conserve la fluidité et la vie ? Le [ang est impressionnable, comme le prouve l'action de lertains poisons. Ne charrie-t-il pas les éléments du ystème nerveux, ce que Hunter appelait Materia vilse liffusa ? Ne produit-il pas une certaine quantité de fibrine, substance contractile et expansible ? N'a-t-il pas son blaslème, d'où sortent incessamment par voie de génération et d'évolution toutes les semences de la nutrition et des actions vitales ? Quoi ! le sang est vivant, et il n'a pas de mouvements spontanés, ou ce qui revient au même, il îQ'est pas susceptible d'expansion et de concentration? iMais c'est contradictoire. L'école d'anatomo-pathologisme

devenue humoriste depuis ses recherches sur le sana nous dit tous les jours que les fièvres ont leur siège ou leur point de départ dans le sang, et elle n'admettrait pas l'expausibililé et la rétractihté de ce fluide organisé ?

Il est si vrai que l'humorisme n'est qu'un chimisme déguisé, où les altérations anatomiques des liquides de l'organisme sont prises pour les causes des maladies et les maladies même agissant ensuite sur les parties solides comme le ferait un poison venu du dehors, qu'il ne faut pas demander à cette école plus que l'anatomisme ne peut donner. Si elle avait bien conscience de sa pensée quaud elle place dans le sang ce qu'elle appelle la cause prochaine des fièvres, elle devrait supposer que le symptôme véritablement initial de ces maladies, le frisson, a son point de départ dans le sang; et que celui-ci est alors affecté d'un mouvement de contraction simultanément ressenti par tout l'appareil circulatoire.

Les organes de cet appareil, cœur et vaisseaux, ne se mettent- ils pas toujours en rapport avec l'état du fluide par qui ils sont animés et qu'ils vivifient à leur tour? Laennec du nom de qui l'École anatomique abuse si étrangement, admettait des mouvements d'expansion et de conceuttalion spontanées du torrent circulatoire.

Le pouls présente dans ce stade d'invasion de la fièvre, une concentration qu'il suffit d'avoir perçue une fois pour se convaincre qu'elle est due à une constriction spontanée de l'artère. Que prouve contre ce fait la petitesse et la concentration des battements du cœur? Que le cœur est l'organe central de la circulation, ni plus ni moins. 11 y a un fait qui le prouve mieux encore, et qui pourtant n'iu-

CIJiNIQUE DES MALADIES DU COEUR. 79

me o-iière l'existence de la spontanéité artérielle, c'est ela mort du cœur entraîne immédiatement 1 immobilité s artères.

Mais l'harmonieuse subordination des mouvements cir- L atoires dont le mécanicisme abuse, se trahit dans des f ^mahes précieuses dont ce système n'use jamais. Com-

I II de fois n ai-je pas vu dans des émotions vives ou des tyeurs profondes, des battements du cœur à soulever le t)rax et à étourdir les sujets, pendant que le pouls ra- (l1 était serré et fiHforme !

Avec des capillaires effacés par le spasme, des artères ^ npathiquement contractées, comprend-on la circulation, ( st-à-dire, un circuit du cœur aux pieds et des pieds au c Lir sous la seule influence de l'impulsion mécanique d'un . 'ut central dont les mouvements sont resserrés et afifaih comme ceux des artères, des capillaires et des veines ? ' lut vraiment avoir perdu non seulement le sens physiojy.ique, mais aussi le sens mécanique, pour croire à de

^eilles impossibilités.

II n'y a pas de vide dans le système, dira Bichat : les sseaux sont partout et toujours pleins ; le sang n'a pas :space libre à parcourir, et par conséquent de frottemis h vaincre; le plus petit choc imprimé parle cœur, : inévitablement propagé du centre aux extrémités et

celles-ci au centre par l'ébranlement moléculaire de la asse entière à cause de sa continuité.

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