‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 8 sur 39 · VII · texte numérisé non relu

VII

La théorie de la circulation do Bichat.

La théorie de la circulation de Bichat, une des meilleures et des plus inteUigentes que possède la science, manque pourtant d'unité. Bichat donne une vie propre aux deux -extrémités, au cœur qui représente l'élément unité delà fonction, et aux capillaires qui en représentent l'élément nombre et variété, puis il la dénie aux parties intermédiaires, aux vaisseaux proprement dits. De cette inconséquence à une circulation systématiquement mécanique, il n'y avait qu'un pas: Magendie le franchit. Il ne laissa de force propre ou de spontanéité qu'au cœur. Pourquoi ? Ji serais aussi embarrassé de le dire que lui. Or^ il ne fau vraiment pas savoir ce que c'est qu'un vaisseau capillaire ei du sang, pour croire que la contraction du ventricule gauche peut lancer mécaniquement ce hquide jusqu'à l'oreillette droite. Mais je ne m'arrête pas à ce non-sens mécanique; je reviens à l'idée de Bichat qui nous l'a valu.

L'anatomie générale de cet homme illustre a été paralysée par son insouciance de l'anatomie comparée et d l'embryologie. Que signifie cette anatomie du fait accompli, qui prend l'appareil circulatoire tout formé chez le mammifère mort, et qui supposant cet appareil tout plein sans savoir comment et pourquoi, s'amuse à donner avec la main ou de l'extérieur un premier coup de piston au centre de cette machine, et s'imagine avoir trouvé les loi> de la circulation artérielle? C'était bien la peine de créer

les propriétés vitales, d'attribuer aux tissus organisés une ^ie propre ou une spontanéité, pour mécaniser ainsi une )artie de la circulation et nous ramener à l'animisme.

Mais le système circulatoire n'est pas mort, et perlonne n'est chargé de l'animer. Le fait de sa réplétion îxacte et continue n'est pas un point de départ au delà iuquel on ne puisse remonter. C'est le fait même de cette -éplétion continue et sans cesse renaissante qu'il s'agit d'expliquer. Il ne vous est pas permis, physiologiste, d'en [partir ; il vous incombe d'y arriver et de ne pas le supposer connu ou indifférent à connaître pour la théorie de la circulation.

Or, par quelle puissance mécanique ce système de vaiseaux a-t-il été rempH et continue-t-ilà l'être ? Je ne veux »as aller le prendre après la conception du mammifère ou ans les plus bas degrés delà série animale ; nous avons vu lomment s'y passent les choses; je le prends chez 'homme adulte où Bichat l'a pris.

Où est la puissance mécanique et même la force contractile centrale qui opère l'absorption par les vaisseaux lymphatiques dans l'intimité de tous les tissus, dans le tissu cellulaire ou nourricier? Qui imprime à la lymphe son mouvement centripète, sa progression à travers les ganglions si multiphés de son système vasculaire et enfm dans le canal thoracique où elle chemine contre son propre poids pour se jeter dans le système veineux? Et le chyle qui circule par les mêmes lois et va ahmenter les vaisseaux sanguins, par quel procédé mécanique le fait- il?

La troisième source de l'alimentation continue du système circulatoire, les veines mésaraïques chargées de

l'absorption des substances albuminoïdes et des principes azotés de la digestion, comment transportent-elles ces produits au foie où elles se ramifient infiniment, et en somme dans le cœur pulmonaire? Quel est l'agent extérieur du mouvement du sang dans la veine porte, ce système circulatoire complet sans cœur?

Qu'on le remarque bien, tous ces systèmes de vaisseaux sont continus avec ceux de la circulation proprement dite, les seuls sur lesquels se soient exercées les théories plus ou moins mécaniques de cette fonction. I^ur celles ci, ou avait besoin de l'aclion souveraine du cœur, et on a négligé tout ce qui a paru échapper à son impulsion, de même qu'on lui a passivement soumis tout ce qui a paru ne dépendre que de sou mouvement initial.

Mais il ne s'agit point de nos divisions scolastiques et de nos discussions d'amphithéâtre ; il faut \oir ce qu'a fait la nature. Hé bien, encore un coup, tout cet organisme vasculaire de la lymphe, du chyle, de la sanguification abdominale oii Gahen plaçait l'origine du système veineux, tout cela communique immédiatement, tout cela est continu, tout cela ne fait qu'un. Tous les affluents du cœur et de la grande circulation fonctionnent sans ageut contractile d'impulsion. La progression des liquides s'opère en eux par les seules forces élémentaires de la circulation des fluides organisés, attractions génératrices, favorisées dans le sens de leur instinct, et régularisées par une action péristallique plus ou moins obscure mais continue de leurs vaisseaux, et on veut que parvenus dans la circulation générale, ces affluents soient soumis à d'autres lois? L'unité de circulation et d'hématose n'est donc

u'un mot ? Et parce que c'est le cœur qui eu est l'orgauc, faut qu'il ne préside qu'à un organisme passif? Si l'uuité est vivante n'est-ce pas à condition que les arties le sont à l'inimi et font toutes essentiellement la lême chose? Concevoir autrement la circulation centrajsée des animaux supérieurs, c'est placer le cœur extéieurement, et le faire étranger à cette fonction. Ces trreurs disparaissent quand on comprend que le cœur est on seulement l'organe de l'unité du mouvement, mais de lunité de sanguification. Cette idée capitale et rénovarice de la théorie de la circulation sera développée plus ard avec son importance ; je peux revenir maintenant au jait de la réplétion continue et constante de l'appareil irculatoire sur lequel Bichat s'appuie pour contester la articipation artérielle active et organique et affirmer le

Iouvoir absolu du cœur.

Je l'ai déjà dit : il n'est pas permis en physiologie, de artir du fait de la réplétion exacte de tout le système, omme d'un fait principal et inexplicable pour expliquer nsuite par lui la circulation : il faut savoir d'abord la lature et les causes de ce grand fait. ( Or, ce fait est physiologique et non mécanique ; c'est un ait de' génération continue, et non un fait de quantité coninue. Il suppose donc des forces propres à chaque partie, m un instinct circulatoire et sanguificateur partout à divers legrés.

I II s'ensuit, que nul fait ne dépose plus formellement 3ontre les théories mécaniques de la circulation, qu'elles îoient absolues comme celle de Magendie, ou partielles comme celle de Bichat.

Il faut bien distinguer, en effet, l'idée de continuité en physiologie, de l'idée de continuité en mécanique. Ce qui fait la continuité de mouvement dans l'appareil circulatoire, c'est précisément la continuité de réplétion, et ce qui fait la continuité de réplétion c'est la continuité de génération ou d'hématose. Et en effet, la réplétion dont on arguë comme d'un point de départ pour une conclusion mécanique, ne s'est point opérée comme en mécanique, par transfusion extérieure et juxtaposition, mais par génération continue ; il en résulte donc que la continuité de mouvement n'est autre chose, comme je viens de le dire, que la continuité de génération du sang, et que le mouvement de l'appareil circulatoire est un mouvement

sanguificateur.

Le mouvement du sang dans cet appareil ne lui vient pas d'une impulsion extérieure comme en mécanique où le liquide est passif. 11 a, au contraire, son principe dans le sang lui-même ; c'est un mouvement toujours engendré chez l'adulte comme il l'a été une première fois chez Fembryon; de sorte que si la réplétion continue du système est bien, en effet, la cause de l'unité et de la continuité du mouvement circulatoire, c'est non pas comme rentendait Bichat, en vertu d'un ébranlement mécanique, facilement propagé par l'indiscontinuité de la masse liquide, mais en vertu de la plus merveilleuse subordination de mouvements spontanés ou engendrés de mouvements sanguificateurs que la nature puisse exposer aux yeux de l'observateur affranchi des préjugés du mécauicisme.

Voilà la différence que donne le point de vue de 1 aua-

omie topographique et le point de vue pris dans l'anatonie d'évolulion. En se plaçant an premier, on est méca- .iciste malgré soi , comme l'a montré Bichat; en uloptant le second, on est vitaliste sans système et sans lypothèse.

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