‹ Les lois de la société chrétienneChapitre 10 sur 37 · I^ BUT SOCIAL · texte numérisé non relu

I^ BUT SOCIAL

que notre siècle de sensualisme et d'individualisme est tenté de trouver étranges : « L'Église, dans son premier plan, n'a été bâtie que pour les pauvres, et ils sont les véritables citoyens de cette bienheureuse cité que l'Écriture a nommée la cité de Dieu. Cette doctrine nous doit apprendre à respecter les pauvres et les indigents, comme ceux qui sont nos aînés dans la famille de Jésus-Christ. Méditez sérieusement, en la charité de Notre-Seigneur, que si les honneurs du siècle nous mettent au-dessus des pauvres, le caractère de Jésus-Christ, (pi'ils ont l'honneur de porter, les élève au-dessus de nous. Honorez, en les servant, la mystérieuse conduite de la Providence divine, qui leur donne les premiers rangs dans TÉglise, avec une telle prérogative, que les riches n'y sont reçus que pour les servir ^ »

Une dernière remarque est nécessaire, pour achever d'éclaircir cette question de la fin des sociétés. Entre les forces par lesquelles la société travaille à remplir sa èegtinée, une distinction générale est à faire. Il est essentiel de la bien fixer dès le début, vu qu'elle sera fréquemment sous-entendue dans le cours de nos recherches.

Ce que la société fait par elle-même, par l'expansion des forces individuelles agissant isolément, ou des forces individuelles librement associées ; tous les progrès qu'elle accomplit dans sa vie propre et par ses forces propres, c'est-à-dire dans la vie de tous ceux qui la composent, et par les forces qu'ils déploient d'eux-mêmes, en vertu de leur initiative privée ; toute cette activité, tous ces progrès, qui ne tiennent pas à la vie publique, qui ne

* Sermon sur Véminente dignité des pauvres, 1" point.

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relèvent pas directement des pouvoirs publics, qui ne se rattachent pas aux combinaisons sur lesquelles repose l'exercice de ces pouvoirs ; tout cet ensemble d'efforts, de labeurs, de conquêtes dans Tordre moral et dans l'ordre matériel, dont l'individu et la communauté sociale profitent également, tout cela forme comme le fond de l'existence de toute société. C'est sur ce fonds de vie sociale qu'est établie la constitution politique, avec l'ensemble des règles par lesquelles sont fixées les conditions d'existence et les attributions des pouvoirs publics.

Il ne faut donc pas confondre ce qui est d'intérêt et d'ordre social avec ce qui est d'intérêt et d'ordre politique. Cette distinction est importante au point de vue de la vérité des choses autant qu'au point de vue de la liberté des sociétés. D'un côté se trouve la société, poursuivant par ses propres forces sa fin providentielle ; de Vautre se trouvent les pouvoirs politiques, avec toutes les garanties légales qui assurent l'efficacité et en même temps la modération de leur action.

Des deux côtés, c'est la félicité commune que l'on recherche ; c'est vers ce but supérieur que tout est dirigé, mais on y tend par des voies diverses. D'une part on y va par la libre expansion des forces de la communauté ellemême ; de l'autre, les pouvoirs publics en assurent la réalisation, par l'exercice de l'autorité qui impose à tous la justice, et par l'emploi, en vue du bien commun, de la force collective dont ils sont les dépositaires.

L'ordre social et l'ordre politique se touchent et se pénètrent par tous les points. Dans la réalité, on ne peut les séparer ; ils agissent et réagissent continuellement

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