‹ Les lois de la société chrétienneChapitre 28 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Tout le genre humain n'est qu'une famille, par l'unité de la race et par le devoir de la charité fraternelle. Toutes les nations qui couvrent le globe procèdent de la famille, et la famille elle-même est l'œuvre de Dieu, qui a créé l'homme et la femme, qui les a unis par le lien du mutuel amour et de l'obéissance commune à la loi de leur auteur. Auteur lui-même, le père exerce, de droit divin, son autorité sur les générations nées de lui. De là, la société domestique, avec sa législation et son pouvoir, avec la double obligation de justice et de charité imposée à ceux qui commandent comme à ceux qui obéissent.

D'abord rhomme est seuL En renfermant toute la race humaine dans le seul Adam, Dieu l'a fait une, et elle conservera ce caractère d'unité dans toute la suite de son existence. Mais les œuvres de Dieu nous montrent partout l'unité féconde s'épanouissant dans la multiplicité. L'homme n'aurait point manifesté en lui la perfection

que le Créateur met à toutes ses œuvres, s'il était resté seul. Dieu veut faire Adam plus semblable à Lui-même, en le rendant créateur suivant la mesure de ce qui est possible à Têtre créé. Pour l'accomplissement de cette bénédiction il lui associe la femme. « Il n'est pas bon, dit le Seigneur, qu'Adam soit seul : faisons-lui une aide semblable à lui*. » Eve est formée de la substance même d'Adam; Dieu la lui donne pour épouse. Unissant ainsi un seul homme avec une seule femme, il établit dès le commencement la loi fondamentale du mariage.

La femme, suivant l'expression inspirée d'Adam, devait être « l'os des os et la chair de la chair de son époux ». Dans cette union intime de toute la personne, l'homme et la femme sont« deux en une même chair* ». Voilà l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal. Quand les passions auront fait dévier l'institution matrimoniale de son état primitif, le Christ, qui en toute chose devait ramener l'humanité à la voie de la perfection, prononcera cette sentence : « N'avez-vous pas lu que celui qui fit l'homme au commencement, les fît mâle et femelle, et qu'il dit : A cause de cela l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair ?. Ainsi ils ne sont plus deux, mais, une seule chair. Ce que Dieu donc a uni, que l'homme ne le sépare point*. »

N'est-ce point un ressouvenir des traditions divines de l'humanité que cette définition romaine du mariage, dans laquelle nous admirons la majestueuse simplicité

1 Genèse, ii, 18.

« Genèse, ii, 23 et 24.

' Matth., XIX, 4-6.

l:>js. 1 — li

d'expression propre à ce peuple dont l'empire terrestre devait préparer rétablissement de l'empire spirituel du Christ : Nuptiœ sunt conjunctio maris et feminœ, et consortium omnis vitœ^ divini.et humaw juris cornmunicatio * ?

L^ autorité dans la famille a un double caractère : il y a l'autorité du mari et Tautorité du père.

Aussitôt que deux êtres se trouvent réunis, il faut que Tun des deux ait autorité sur l'autre. Dieu a créé rhomme pour être le chef. Il a dit à la femme : « Tu seras sous la puissance de ton époux, et il régnera sur toi *. » Dans les aptitudes physiques et morales des deux sexes, tout s'accorde avec cette constitution divine de la société conjugale. L'homme commande à la femme et la protège, mais ce commandement et cette protection s'inspirent de l'amour plus encore que de la justice. Le Docteur des nations a caractérisé l'ordre qui règne dans la société conjugale, par une de ces comparaisons substantielles que Dieu seul peut inspirer, et dont l'homme contemple avec étonnement la mystérieuse profondeur : « Que les femmes soient soumises à leurs maris , comme au Seigneur : parce que le mari est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le chef de ri'lglise, son corps, dont il est aussi le sauveur. Comme donc l'Église est soumise à Jésus-Christ, de même aussi les femmes doivent être soumises en tout à leurs maris. Et vous, maris, aimez vos femmes comme Jésus-Christ a aimé l'Église, jusqu'à se livrer lui-même pour elle, afin

* Fr. 1, D. XXIII, 2.

* Genèse, ni, 16.

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de la sanctifier, en la puriflant par le baptême de Teau dans la parole de vie ; pour se donner à lui-même une Eglise toute glorieuse, qui n*aitni tache, ni ride, ni rien de semblable , mais qui soit sainte et immaculée. C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime soimême. Car jamais personne n'a haï sa chair ; au contraire, il la nourrit et la soigne comme Jésus-Christ son Eglise. Que chacun de vous aime sa femme comme soimême, et que la femme révère son mari*. »

Voilà la famille, la société fondamentale en cette vie, élevée jusqu'à Tordre divin. Ne fallait-il pas, en effet, qu'il en fût ainsi ? Puisque l'homme ne naît que pour s'unir librement à Dieu, ne faut-il pas que, dès son premier jour, il trouve Dieu parmi ceux qui lui apprendront la vie?Sonpèrcet sa mère, fidèles à l'institution divine, lui enseigneront le respect de la loi de justice en même temps que la pratique de la loi de dilection, c'est-à-dire tout ce qui fait la suavité, la règle et la force de la vie. Et cette société des époux sera indissoluble, comme est indissoluble l'union du Christ avec l'Église : en sorte que la durée étant dans la société domestique, elle sera partout dans les mœurs et dans les institutions.

Entre le père et le fils, aussi bien qu'entre l'époux et l'épouse, c'est l'ordre divin qui règne. Dieu, qui a conféré à l'homme la paternité, lui a donné par là même, sur ceux qui sont sortis de lui, le pouvoir avec ses droits et aussi avec ses devoirs. Dieu est l'auteur de toutes choses, il exerce sur elles l'autorité par droit de création ; par

« Eph.,Y, 22-33.

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ressemblance et par dérivation de droit, le père, qui est l'auteur de ses fils, a sur eux autorité. Comme c'est en vertu d'une disposition divine que le père, continuant dans le monde Tœuvre créatrice, engendre ses fils, c'est aussi de droit divin qu'ilexerceàleur égard la puissance.

La mère partage avec le père le gouvernement de la famille et les soins de l'éducation des enfants. Dieu a dit à tout homme : « Honore ton père et ta mère. » Auteufs Tun et l'autre de la vie des fils, ils ont tous deux leur part dans l'exercice de la puissance paternelle. Tous deux sont, pour leurs enfants, les ministres de la justice et de l'amour, de telle fa^^on pourtant , que la justice appartient plus spécialement au père, l'amour plus spécialement à la mère. La femme est en toutes choses l'aide de Thomme, semblable à lui-même, mais point absolument son égale*. A l'égard de l'enfant, le père et la mère ne font qu'un ; mais il y a dans cette unité une harmonie qui repose sur le principe hiérarchique. L'Église obéit à son époux, qui est le Christ, et elle gouverne ses enfants par son autorité. C'est Lui qui parle en elle, c'est Lui qu'on écoute quand on écoute l'Église, De même, quand le fils écoute les conseils et les commandements de la mère, c'est le père qu'il écoule et c'est à ses commandements qu'il obéit. Le père et la

* « L'homme n'a point été tiré de la femme, mais la femme de rhomme. Et l'homme n'a point été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme.... Cependant, ni l'homme n'est point sans U femme, ni la femme sans l'ho/nûie, dans le Seigneur. Car, comme la femme a été tirée de l'homme, ainsi l'homme est par la femme ; mais tout vient de Dieu. » — Saint Paul, I Cor., xi, 8, 9, H, 42.

mère sont deux en une même autorité quant au gouvernement domestique, comme ils sont, dans la société conjugale, deux en une même chair.

« C'est de Dieu que toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre*. » La paternité de l'homme donne des fils à Dieu. Partout, dans les choses temporelles, on retrouve la fin divine. Mettre au monde des hommes qui seront appelés à glorifier Dieu par leurs œuvres, les gui- 'der dans la voie qui les conduira à la possession même de Dieu, telle est la mission du père et de la mère. Il n'en est point au monde de plus grande; et c'est pourquoi, parmi les pouvoirs qui président à la société humaine, il n'en est point de plus vénéré que le pouvoir paternel.

Puisque c'est pour l'accomplissement du plan divin que la famille perpétue l'humanité , il faut qu'elle la perpétue, non dans des conditions d'individualisme, qui répugnent à la nature humaine et sont étrangères, et même adverses, aux desseins de Dieu, mais dans les conditions de vie collective et traditionnelle que nous imposent les lois de notre être physique et de notre être moral.

Dieu a mis l'unité dans la famille. Il l'y a mise, nonseulement entre le père et la mère, mais encore entre toutes les générations qui procèdent d'eux. Elle y est par le principe mystérieux de la solidarité des races et de l'hérédité.

L'homme a le sentiment inné de l'hérédité. 11 aspire à une durée que la brièveté de son existence individuelle lui refuse. Ses fils continuent sa personne. 11 vit dans

• Eph., m, 15.

ses (ils et dans les fils de ses fils. C'est la tradition qui fait entre eux le lien et la consistance. Que serait la famille, sans cette force de continuité et de perpétuité qui attache les unes aux autres ses générations? D'où lui viendrait, si les traditions lui manquaient, cette unité dans la succession et dans la diversité des temps, qui constitue son être moral? L'âme de la famille, sa vie, sa loi, c'est le respect des ancêtres. Sans la tradition, la famille u'est plus qu'une agglomération passagère d'existences individuelles, que forme l'intérêt du moment, et qui ne dure pas plus que lui. Elle n'est plus la famille. Or, pour que les fils continuent la tradition du père, il faut qu'ils succèdent aux biens que son travail a créés, qu'ils continuent de posséder le domaine dans lequel se fixe et s'incorpore l'être moral de la famille; il faut que la famille ait son foyer, autour duquel se groupent tous ceux sur qui s'exerce la souveraineté du père. La famille n'a de vie propre et réelle que par la liberté de son foyer; elle n'a de durée complètement assurée, de pleine idendité, que par la transmission héréditaire du domaine et du foyer paternels. Lui ôter la perpétuité du foyer, c'est lui ôter une grande partie de sa force ; lui ôter absolument l'hérédité du patrimoine, ce serait lui ôter la vie même.

Telles sont les conditions naturelles d'existence de toute vie humaine dans la société. On les trouve à l'origine dans la société patriarcale, et on les retrouvera toujours et partout, jusqu'à la fin, dans les plus vastes et les plus puissantes sociétés. On peut dire avec M. Coquille : c( La trilogie sociale, religion, famille, propriété, est, au début de la société, supérieure aux sociétaires.

indépendante de leur volonté, car elle émane de la puissance créatrice*. »

Dans la vie de famille, comme en toute vie sociale, comme partout où se manifestent des relations d'autorité et d'obéissance, la mutuelle charité trouve à s'exercer.

La famille est la grande école du sacrifice. L homme rencontre la loi du sacrifice à son berceau, et elle le suit jusqu'à la tombe. De l'époux à l'épouse, du père au fils, du fils au père, tout est mutuel amour et mutuel sacrifice. Dans la famille, l'amour qui détermine le sacrifice et que le sacrifice alimente, tient la grande place ; le droit n'y tient qu'une place fort secondaire. Admirable similitude de la société de la famille avec l'ineffable société où vivent les trois personnes divines, entre lesquelles il n'y a d'autre loi que le réciproque amour! Là gît la raison de cette affection sans pareille que toute âme droite ressent pour la famille, et dont aucune attache de la vie publique ne peut approcher.

Dans la famille, Taffection naturelle rend le sacrifice plus facile : l'intimité des rapports et le caractère discrétionnaire de l'autorité le rendent plus nécessaire. Le père qui craint Dieu trouve dans sa loi la raison et la limite des sévérités nécessaires, en même temps qu'il trouve dans son propre cœur la source d'une miséricorde qui, en tempérant la justice, accroît son efficacité. C'est dans la vie de famille que la justice et la charité sont étroitement unies ; c'est là que l'homme apprend, sous nue direction qui tient plus particulièrement du gouvernement divin, à ne les point séparer; c'est là qu'elles

* Les Légistes, p. 71.

prennent sur les mœurs cet empire d'où dépendent l'ordre et l'harmonie de la société publique.

A l'origine, la famille est toute la société. Le père y exerce toute autorité et toute justice. En ces premiers temps, il ne vient à l'idée de personne de rompre avec Tordre naturel de la vie, et' de séparer les choses humaines des choses divines. Le père est le chef spirituel et le chef teiçporel de tous ceux qui proviennent de lui ; il est pontife et roi tout ensemble. Longtemps, alors même que la société publique sera constituée, il conservera ce caractère. « La famille antique, a-t-on dit, est une association religieuse plus encore qu'une association dénature*. »

Mais dans les sociétés livrées aux erreurs du paganisme, la corruption des mœurs a dénaturé le droit paternel ; elle en a ôté la charité, et il n'y reste plus que l'idée d'une justice d'autant plus rigoureuse, qu'elle prononce au nom du pouvoir absolu de la religion. On sait ce qu'était la sombre et inflexible majesté du paterfamilias de l'ancienne Rome. Dans les cultes païens, c'est la terreur qui domine, et la miséricorde ne s'y montre guère. La religion a fait la famille à son image. Il faudra que le Christ ait ranimé, au centre de toute so-

' M. Fustel de Coulanges, la Cité antique^ liv. II, ch. i.

Le savant écrivam, résumant la tradition antique, nous montre le foyer sur lequel s'entretient le feu sacré, comme le centre autour duquel la famille se trouve rassemblée et constituée : « L'ancienne langue grecque avait un mot bien significatif pour désigner une famille : on disait e^riaTtcv, mot qui signifie littéralement ce qui est auprès d'un foyer. Une famille était un groupe de personnes auxquelles la religion peimettait d'invoquer le même foyer et d'offrir le repas funèbre aux mêmes ancêtres. »

ciété domestique et publique, cette flamme de la charité, dont la flamme sacrée du foyer antique n'était plus qu'un symbole incompris, pour qu'on voie reparaître sur le front du père la grave et douce majesté des âges primitifs.

La civilisation séparée de la religion énerve l'autorité paternelle sans l'adoucir. Dans les mœurs démocratiques et utilitaires, elle devient à la fois brutale, insouciante et impuissante. En sécularisant la famille, en substituant le commandement légal au commandement divin, on ôte toute force à l'autorité domestique, en même temps qu'on prive de toute garantie sérieuse ceux sur qui elle s'exerce. Lorsque l'idée de l'indépendance personnelle et de la souveraineté rationnelle envahit le fover dômestique, le père et le fils s'en prévalent également pour s'affranchir du devoir.

Lorsque Dieu, source de toute paternité, n'est plus présent au foyer domestique, il n'y a plus véritablement de famille. La société domestique est d'institution divine. L'autorité qui la régit vient directement de Dieu. Le consentement des époux qui la forme, échangé en présence de Dieu, constitue, par l'intervention du prêtre, un sacrement, sans lequel la famille, au sens chrétien, n'existe pas, et sans lequel elle n'a ni moralité véritable, ni cohésion, ni durée. Pourrait-on appeler famille celte réunion d'êtres humains que le seul intérêt a rapprochés, que la seule contrainte légale tient unis, et qu'au premier moment, lorsque cette contrainte aura cessé, l'intérêt dispersera?

Dès les temps les plus reculés, les corruptions 4e l'homme ont attaqué dans la famille l'œuvre de Dieu. Par

250 LIVUE 111, CnAl»lTUE 11.

l'unité et I indissolubilité du lien conjugal, Dieu a imposé à la vie domestique une loi d'abnégation qui pèse à notre nature déchue, mais qui seule donne à la famille sa constitution vraie et sa perfection. Toujours les passions, soulevées par celui qui fut égoïste et rebelle dès le commencement, ont tenté de soustraire la famille à ce joug qui fait sa force, son repos, sa durée et son honneur.

Lamech, de la descendance de Caïn, prit le premier deux femmes, et introduisit dans les mœurs de l'Orient la polygamie qui y règne encore. On sait comment Mahomet, couvrant sa luxure par de prétendues révélations, fit du harem une des grandes institutions de l'Islam^ On sait aussi que de nos jours le prophète des Mormons, qui a plus d'un trait de similitude avec le prophète des musulmans, impose aux siens comme un devoir la polygamie. Ce qui résulte de cet abaissement du^ mariage pour les mœurs, personne ne l'ignore. On sait aussi dans quel mépris et dans quelle dégradation il jette la femme, réduite presque toujours, de droit ou de fait, à la condition d'esclave".

* M. 31uir, qui a étudié la doctrine de Mahomet et les origines de rislamisme, non-seulement de loin et dans les livres, mais sur les lieux et dans les traditions, a mis dans tout son jour ce côté de la vie et de l'œuvre législative de Mahomet.

Voir le résumé qu'il fait du caractère de Mahomet, dans le ch. XXXVII (t. IV, p. 509) de son ouvrage the Life of Mahomet, Voir aussi les particularités significatives qu'il rapporte sur le mariage du prophète avec Zeinab, la femme de Zeid, son fils adoplif. TomelU, p. 228.

• M. Blanqui, dans un rapport présenté à l'Académie des science» morales de l'Institut de France, à la suite d'une mission remplie

î A FAMILLE. 251

Si la polygamie est fatale à la famille, le divorce, qui établit dans les mœurs une sorte de polygamie succès* sive, ne Test guère moins. Que deviennent, avec le divorce, l'autorité du mari, la dignité de la femme, la se-

par lui en Orient, trace un tableau frappant des mœurs de TOricnt polygame :

« Il m'est impossible d'exposer, ici, même avec la plus grande réserve, les conséquences sociales de la démoralisation profonde et incurable particulière à la race turque (l'auteur parle ici d'une abomination orientale, trop connue déjà des païens, et qu'il est impossible de nommer dans une langue chrétienne). Je ne l'aurais pas supposée possible, si je n'en avais trouvé partout à chaque pas la trace lamentable. Q\xe vous dirai-je aussi d'un autre signe funeste de la décadence musulmane, de ce crime effroyable qui attente à l'humanité dès avant le berceau, et qui s'exerce en Turquie, comme profession, avec une habileté infernale. Vous frémiriez, messieurs, si je hasardais devant vous la statistique de ces homicides qui disputent chaque année des milliers de créatures au Créateur. La race turque s'appauvrit à vue d'œil, sous l'influence du principe, religieux chez elle, de la polygamie. Quoiqu'il use de la polygamie beaucoup plus sobrement qu'on ne pense en Europe, le musulman lui paye un tribut bien amer, rien qu'en la conservant comme principe. Il s'abaisse en abaissant la femme, il se ruine en voulant la ruiner.

« D'un autre côté, la race chrétienne s'élève radieuse du sein de la persécution religieuse et politique, et pénètre le voyageur attentif d'une douce espérance. Je n'ai pas vu sans respect et sans émotion la chasteté assise au foyer des populations bulgares, celles surtout qui appartiennent à la souche slave. C'est un spectacle admirable. Le long malheur qui a pesé sur elles semble les avoir épurées. Les affections domestiques se sont épurées dans le sanctuaire sans cesse menacé de la famille. C'est Ik qu'on retrouve intactes, comme au temps des patriarches, des vertus qui s'affaiblissent dans notre pays de liberté précoce et d'émancipation hasardeuse : la déférence filiale, le respect des femmes, la fidélité conjugale, la dignité paternelle. » —La Turquie d'Europe, brochure in-8. Paris, 1843, p. 18 et 19.

Le même écrivain résume en ces termes les conséquences de la polygamie sur la condition de la femme. « Esclave ou traitée comme telle, la femme garde ou acquiert les vices de l'esclavage ;

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curité et le repos de la famille, l'avenir, l'existence même des enfants?

Dans le mariage chrétien, il y a avant tout des devoirs. (/imperfection humaine peut les rendre parfois difficiles à pratiquer ; mais l'esprit de sacrifice, que le Christ répand dans les siens, rend possible, souvent même facile, ce que la nature d'elle-même ne saurait porter. Le chrétient sait qu'il ne vit point seulement pour lui, mais pour Dieu, avant tout, et pour ceux dont Dieu a rattaché l'existence à la sienne. Toute la question, quant au divorce, est entre ceux qui croient que l'homme n'est en ce monde que pour chercher, par la libre expansion de tous ses instincts, un bonheur tout personnel, et ceux qui croient,

elle les transmet à ses enfants, auxquels elle ne saurait transmettre autre chose, car elle n'a rien reçu ni rien appris qu'elle ose leur apprendre. La femme est descendue en Orient de toute la hauteur où le Créateur Ta placée près de l'homme ; elle est devenue sur le marché une marchandise, dans le harem moins qu'une courtisane ; elle n'a réellement plus de place dans l'ordre social, elle ne s'appartient point à elle-même; on ne peut pas même voir ses traits quand on l'épouse, lorsqu'elle n'est point esclave ; on ne la consulte pas plus pour la marier que i)Our la vendre. Rien ne saurait égaler la déplorable nullité de ces femmes, l'état d'abjection matérielle et morale où elles sont forcées de végéter. » — Ibid,, p. 70,

M. Muir fait remarquer qu'une fois la polygamie et le divorce introduits dans les mœurs, avec la licence qui les accompagne inévitablement, c'était une nécessité, pour éviter les désordres extrêmes, de réduire la femme, encore libre, à la contrainte servile que le Coran impose à toutes les femmes. The Life of Mahomet, t. III,

Il n'est pas inutile de rappeler ces faits et ces considérations, en présence de certaines tentatives d'écrivains sensualistes pour réhabiliter l'islamisme avec ses harems. Voir comme preuve : la Syrie moderne, par M. Jules David, orientaliste, dans la collection V Univers pittoresque, Didot, 1862, p. 178.

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LA FAMlLIj;, 253

^u contraire, que le bonheur est dans la répression des . passions et des inconstances du cœur, dans Taccomplissèment, même pénible parfois, des devoirs que la loi divine nous impose, et dans la soumission à Tordre que Dieu a établi.

Dieu a rendu indissoluble l'union des époux, qommc l'est celle du Christ avec son Église. L'union du Christ avec l'Église a sa source dans le sacrifice; c'est sur la croix que le Christ a pris l'Église pour épouse, et l'Église ne reste unie à son céleste époux que par les sacrifices constants de son obéissance, et bien souvent de son sant;. Otez aux hommes l'esprit de sacrifice, et il n'y aura plus au monde aucun lien entre qui que ce soit, pas plus dans l'ordre civil que dans l'ordre spirituel, et le lien de la famille sera, plus que tous les autres, détendu et brisé.

Seuls, les peuples fidèles à l'Eglise catholique ont conservé à la famille toute sa pureté, parce que seuls ils ont maintenu obstinément, dans leurs lois, la règle évangélique sur l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal. On sait quelles luttes l'Église eut à livrer, pour triompher des corruptions païennes et des passions barbares auxquelles ce joug semblait trop dur. Ce fut surtout en restituant à la femme la grandeur morale, que les vices du paganisme lui avaient enlevée, que l'Église réforma la famille et purgea la société des hontes de la polygamie et du divorce.

Par l'honneur particulier qu'elle rend à celle qui, restant toujours vierge, devint la mère de Dieu, l'Église a donné à la femme une beauté et une grandeur morales qui dépassent la mesure de la nature livrée à elle-même. L'antiquité, dans ses types les plus élevés, n'eut rien qui ap-

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