L'ÉTAT ET LA FAMILLE
Lorsque la société a atteint tout son déyeloppement, la famille, qui, au commencement, était le tout, n'est plus qu'une partie dans le corps plus grand et plus complet de la société publique ; mais elle reste toujours la société première et foûdamentale, sur laquelle tout repose, et de laquelle dépendent Tordre et la force de tout le reste.
Durant de longs siècles, nous l'avons vu, la société publique conserve les traces de l'organisation domestique. La famille, par ses institutions et par son esprit, reste longtemps prépondérante dans le corps social. Ce n'est qu'à k longue que l'État et la famille, bien que toujours nécessaires l'un à l'autre et toujours étroitement unis, se distinguent nettement et prennent chacun leur forme propre.
La société domestique est, comme la société publique, d'institution divine. Cette origine lui assure, en toutes les choses qui sont de son gouvernement propre, l'indé-
pcndance vis-à-vis de TEtat. Elle a des règles d'existence, une constitution, que Dieu lui-même a tracées, et sur lesquelles le pouvoir de TÉtat ne peut rien.
Quand la famille était toute la société, elle subsistait par elle-même, à Tétat de société parfaite. Complètement indépendante, elle n'avait besoin, pour se conserver et se développer, d'aucune autre force et d'aucun autre droit que de sa force et de son droit propres. Une fois la société publique établie, la société domestique ne peut plus prétendre qu'à une indépendance limitée. Elle ne se suffit plus à elle-même ; elle a besoin de la protection et de l'assistance de la société plus étendue et plus haute dans laquelle elle se trouve comprise. La vie propre, la légitime indépendance que chaque famille tient de Tiostitution divine, doivent alors se concilier avec le droit à la vie propre et à l'indéf^ndance de la société supérieure par laquelle les familles se rattachent les unes aux autres, et à laquelle elles demeurent toutes à certains égards subordonnées.
Le lien est étroit et la solidarité profonde entre la fa* mille et l'État. La famille profite de la puissance collective et supérieure de l'Etat. Les forces propres de chaque famille s'accroissent par l'union des forces de toutes les familles sous l'autorité des pouvoirs publics. L'union de toutes les familles^ dans la vie commune de la nation, tourne au profit de chacune d'elles. L'État, d'un autre côté, ne peut être que ce que sont les familles dont il est composé. Quand l'ordre est dans toutes les familles, il s'établit aisément et solidement dans tout l'État. Eu respectant l'ordre particulier de la famille, en lui conservant sa légitime indépendance, c'est son ordre à lui-même