L'ÉTAT ET LA FAMILLE
que TElat assure,, c'est à son propre bien qu*il travaille. U serait impossible de jeter dans des troubles graves et durables un État où Tordre des familles reposerait sur ses l9is naturelles, et où les familles pratiqueraient fermement tous les devoirs que ces lois leur imposent.
On s'étonne quand on voit la société romaine durer sous l'épouvantable despotisme des Césars, et au milieu des corruptions sans nom qui la rongent. Bien des causes concourent à expliquer ce fait de merveilleuse solidité so- <^iale; mais il en. est une qui doit être remarquée entre toutes i c*est que, nonobstant le principe d'unité absorbante sur lequel repose l'État romain, l'indépendance de la famille s'y est toujours maintenue. « A Rome, dit M. ^Mommsen, la cité, n'avait pas à s'immiscer dans les droits de propriété et dans les droits de famille. Jamais, comme dans la cité de Lycurgue, la famille romaine n'a été absorbée par l'État agrandi à ses dépens. Selon un des principes les plus certains et les plus remarquables de la constitution romaine primitive, l'État peut mettre tin citoyen dans les chaînes et le faire exécuter ; il ne peut lui ôter ni son fils, ni son champ, ni même le frapper d'un impôts »
U y 8^ entre la pouvoir public et le pouvoir domestique un certain équilibre d'autorité et de liberté, une certaine harmonie, d'attributions, qu'on ne pourrait troubler sans nuire également aux deux sociétés. La famille ne peut pas prétendre à une complète immunité vis^à-vis de la société politique. Dans Tintérét du tout social, non moins que dans l'intérêt des familles qui en forment les parties,
* Histoire r0main4, t I, p. 109 de la traduct.
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il faut que ceux qui vivent dans les liens de la société domestique en respectent la loi. I.e père, pouvoir suprême dans la famille, n'est pas infaillible : ceux qui lui obéissent ont toujours droit, pour leur liberté et l'inviolabilité de leur personne, de demander à l'État une protection que l'autorité paternelle ne leur accorderait pas; peut-être même auront-ils besoin de se faire défendre contre les abus de l'autorité destinée à les protéger.
Le pouvoir politique a le droit et le devoir de veiller à ce que l'ordre essentiel de la famille ne soit point troublé. Les droits de lautorité supérieure sont ici d'autant plus étendus que, par la complication croissante des relations sociales, le désordre peut plus facilement se glisser dans les différentes parties de la société, et la troubler plus profondément en renversant l'ordre des divers groupes qui la composent. De là une certaine limitation de la juridiction paternelle, qui correspond à l'extension de la société publique. Certains actes de haute juridiction, que le père pose à lui seul dans les sociétés primitives, ne pourraient, dans une société plus avancée, être abandonnés sans danger à son pouvoir discrétionnaire.
Toutefois il y a une limite que l'État ne peut franchir. L'autorité publique ne doit agir que dans la mesure strictement nécessaire pour protéger le droit de chacun, suivant l'ordre régulier de la société domestique. Elle ne peut avoir en vue autre chose que de donner à cet ordre sa pleine garantie. Il faut qu'elle se garde soigneusement de faire plus que ce qui est requis pour assurer à chacun, au sein de la famille, sa légitime et naturelle liberté. Si l'autorité publique attirait à elle les fonctions qui constituent l'exercice du pouvoir paternel, elle ferait le con-