LE BUT SOCIAL. M
porte et se. rapporte elle-même à cette fin, où nous jouissons d'une paix au-dessus de toute paix. »
C'est dans l'homme une prétention insupportable que de chercher en lui-même l'accomplissement de sa destinée. Dieu se moque de cette' prétention et se plaît à la confondre. Nulle société n'en porte témoignage autant que la nôtre. C'est à notre temps, mieux qu'à tout autre, que s'appliquent ces paroles du grand docteur que nous citions tout à l'heure : c< Par une étonnante yanité, les hommes prétendent tirer d'eux-mêmes leur bonheur, mais la divine sagesse se rit d'eux *. »
Or, ce qui est vrai de chacun de nous est vrai aussi des hommes réunis en société, en ce sens qu'on ne pourrait rien comprendre à la constitution de la société temporelle, qu'on ne poun*ait déterminerni sa fin, ni ses lois de conservation, d'action et de progrès, si l'on ne considérait particulièrement ses rapports avec Dieu, et avec la société dans laquelle les hommes sont directement rattachés à Dieu.
En effet, ou bien la destinée de l'homme ne va pas au delà de son existence terrestre, ou bien, toutes choses étant nécessairement constituées par rapport à leur fin, l'ordre de la vie temporelle doit se rapporter à l'ordre supérieur où se trouve notre véritable fin.
La fin de la société temporelle, c'est de conduire les hommes, par l'ordre toujours imparfait et la paix toujours précaire de la vie présente, à l*6rdre parfait et à la paix stable et sans mélange de la vie à venir. Dans la vie temporelle tout est moyen par rapport à la vie spirituelle.
* De Civitafe Dei, lib. XIX, c. 4 et 10.
Prendre les choses du temps seulement en elles-mêmes et pour elles-mêmes, serait méconnaître le dessein de Dieu sur nous et abaisser notre destinée. Sans doute, les sociétés temporelles ont leurs biens, que les hommes peuvent légitimement chercher et qui font leur félicité terrestre. Quand l'ordre est dans les sociétés temporelles, la félicité y est aussi ; mais c'est une félicité toute relative, composée de biens inférieurs dont la possession reste toujours subordonnée à la pratique des lois de l'ordre supérieur.
Les hommes ne jouissent pleinement des biens de la terre que lorsque la vie sociale est organisée de façon à l^s conduire sûrement à Dieu, tordre est vrai, solide et fécond, dans les choses terrestres, lorsque les hommes font, par TaccMiplissement de la loi divine, tout ce qu'il faut faire pour atteindre en Dieu leur fin suprême.
Saint Augustin, dans la Cité de Dieu, a défini, avec autant de simplicité quelle profondeur, la fin des sociétés temporelles, 0t marqué^ la relation des biens qu'elles poursuivent avec les biens supérieurs -de la vie spirituelle. c( La cité de la terre , qui ne sera pas éternelle, a ici-bas son bien dont la possession lui donne toute la joie que dételles choses peuvent donner. On ne saurait contester aux objets que désire cette cité d'êtce des biens : elle-même, en tant que nature humaine, est un bien plus excellent. Eq vue. de ces biens inférieuim» elle désire une certaine paix toute terrestre, et elle guerroie afin d'arriver à cette paix. En effet, qu'elle demeure victorieuse, que toute résistanc« c^sa, elle a Is paix qiie n'avaient point les partis contraires, luttant dans leur déplorable indigence pour s^approprier des biens qu'ils ne
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