‹ Les lois du duelChapitre 11 sur 27 · LA QUALITÉ D'OFFENSÉ · texte numérisé non relu

LA QUALITÉ D'OFFENSÉ

officier ou un sous-officier de cavalerie, appartenant à l'armée active, puissent contester, à un adversaire offensé, le droit d'en exiger l'emploi.

Lorsqu'une rencontre au pistolet doit avoir lieu, il est permis de stipuler d'avance que si elle se termine sans donner aucun résultat, le duel se poursuivra à l'arme blanche. Mais si Ton peut toujours demander cette sûreté, il n'appartient jamais, en revanche, qu'à l'offensé de l'imposer.

Un maître d'armes ne peut imposer ni Tépée, ni le sabre, à un adversaire étranger à sa profession. Il sera fait exception à cette règle, en ce qui concerne l'épée, si l'offense est très grave, et après arbitrage préalable.

Ajoutons que si l'offenseur allègue à juste titre une incapacité physique incompatible avec l'usage efficace de l'une des armesusitées, l'offensé ne pourra exiger l'adoption de celle-ci. Il conviendra d'ailleurs, dans les cas d'offenses graves, qu'on donne ici, aux expressions « incompatible » et « usage efficace », une interprétation très rigoureuse pour l'offenseur.

Lorsque la rencontre est l'effet d'un différend survenu à distance, c'est à l'offenseur de venir au lieu où réside l'offensé pour donner la réparation dont il a contracté la dette.

Il convient d'observer toutefois que la détermination de la qualité d'offensé doit d'abord faire

5ô LES LOIS DU DUEL.

l'objet d'une entente des quatre témoins. Les témoins de celui des adversaires qui demande une réparation, et ce sera, d'ordinaire, TofiFensé, n'en auront donc pas moins à se rendre, avant tout, auprès de la panie adverse. Ils pourront cependant essayer de fixer ce premier point par un échange de lettres ; les pourparlers verbaux s'effectueront ensuite dans le lieu de résidence de l'offensé.

Il n'est pas inutile de remarquer que ce n'est pas toujours l'offensé qui constitue des témoins le premier; un échange d'offenses, par exemple, peut laisser les deux adversaires également désireux d'une réparation, encore qu'un seul d'entre eux ait droit à la qualité d'offensé, que l'on nommerait plus justement alors la qualité de principal ou de premier offensé.

Oflfènses indirectes

L'offense directe comporte deux éléments distincts : l'offense proprement dite, et la provocation.

Lorsque je dis, hors de la présence deM. X... : « M. X... est un lâche », je fais très certainement offense à celui-ci.

Lorsque, directement, je dis à M. X... : « Vous êtes un lâche », j'aggrave, par une provocation, l'offense qui déjà s'attachait à mon affirmation première.

Il arrive que, dans une querelle, l'offense réside presque entièrement dans la provocation. C'est lorsque le mot dont on se sert est plus piquant ou désobligeant qu'offensant. Dire, dans l'intimité: «M.X... est un impertinent», alors que M. X... est incapable de l'entendre, n'est point, à proprement parler, lui faire offense. Mais l'aller trouver pour

lui dire : « Vous êtes un impertinent », est incontestablement Toffenser.

On pardonnera que j'emploie ici, pour une clarté plus grande, ces termes un peu vifs.

Il est d'autres cas, en revanche, où la conviction qu'on formule contient déjà, en elle-même^ une offense. Le premier des exemples que j'ai cités d'abord montre une allégation de cette nature.

Le droit, pour l'offensé, à une réparation, naît alors dans l'instant où l'offense est émise. Si la provocation s'ajoute, elle augmentera sans doute la gravité de l'offense; mais celle-ci existe déjà.

L'acte, l'écrit ou les propos qui comportent, à l'égard d'un tiers, une offense indirecte de cette deuxième catégorie, entraînent ainsi pour l'offensé, de par leur nature même, — et de quelque secret qu'on s'attache à les entourer, — le droit à une réparation d'honneur.

On concevrait d'ailleurs malaisément qu'un galant homme prétendît répudier la responsabilité d'une attitude, publique ou non, qui fut effectivement la sienne.

Cette règle s'applique notamment aux lettres

OFFENSES INDIRECTES. Sç

— fussent-elles confidentielles — qui contiendraient des offenses pour des tiers.

Si TofiFenseur alléguait cependant qu'un devoir de famille ou d'étroite amitié Ta placé dans l'obligation morale, en raison d'une circonstance grave, de donner les renseignements ou les appréciations incriminées ; s'il affirmait en outre avoir agi avec une bonne foi exclusive de toute partialité et de toute légèreté, et qu'il invoquât de la sorte une exception qui peut, à la rigueur, être admissible, un jury d'honneur statuerait.

D'autre part, les fiches dites « de renseignements commerciaux » — et ceci pour répondre à une question qu'on m'a posée jadis, — ne comportent aucune responsabilité de cet ordre pour ceux qui en produisent ou en transmettent les éléments, dans l'exercice et selon les coutumes de leur profession.

Ce sont là des questions d'affaires.

Page 1