DIRECTEURS DE JOURNAUX
confère un droit d'option à l'offensé, si ce n'est en raison de circonstances particulières et limitativement prévues.
Ils ajoutent qu'augmenter l'efficacité d'une offense n'est point offenser, et que l'offense est créée dans son intégralité, et a tout son effet, au point de vue de l'honneur, par ce seul fait qu'elle a été émise et portée à la connaissance de l'intéressé, fût-ce sans aucune publicité; qu'enfin, et de toute manière, la responsabilité encourue par le directeur ne saurait dépasser la mesure de l'autorité qu'il détient.
Or, un directeur de journal possède bien, en principe, toute l'autorité nécessaire pour censurer, et l'esprit, et le texte, des articles qu'il publie; mais, dans la pratique, il se trouve presque inéluctablement conduit à n'user de son pouvoir qu'avec infiniment de réserve et de mesure, afin d'assurer et de conserver aux différentes rubriques de son journal le caractère original et la physionomie particulière qui s'attachent à la personnalité de leurs rédacteurs titulaires.
Le directeur n'intervient péremptoirement que dans le choix de ces rédacteurs. Lorsqu'il a désigné ceux-ci, il laisse à dessein, le plus qu'il peut, leur initiative devancer la sienne; et c'est sur la garantie de leur caractère, bien plutôt que sur celle d'une enquête personnelle à laquelle le temps lui manquerait d'ailleurs pour se livrer,
qu'il accueille les informations et les critiques dont ils lui font l'apport. Qu'il publie les unes ou les autres, il indique par là que la personnalité de son rédacteur — ou celle de son correspondant occasionnel — est de nature à inspirer de la confiance; et son acceptation ne signifie rien au delà.
Au reste, le voulût-il, qu'il est des cas où il pourrait malaisément se départir de cette règle, car des écrivains d'un certain mérite, et ce sont précisément ceux-là dont la collaboration importe le plus, ne souffriraient pas sans impatience qu'on prétendît les corriger.
Que le directeur d'un journal encoure, parfois, une responsabilité morale au moins égale à celle de l'auteur de l'article, il n'est guère permis de le discuter. Lorsque, par exemple, Tattaque prend une telle importance, qu'on y sent le Journal engagé tout entier; lorsque des offenses inspirées par le seul désir d'offenser revêtent un caractère systématique, lorsqu'elles présentent une fréquence si marquée et affectent une gravité si frappante qu'elles ne puissent raisonnablement échapper à son attention ni éluder sa censure, le directeur n'a pas le droit de nier qu'il n'en soit, ou l'instigateur, ou le complice: j'ai déjà envisagé cette hypothèse.
Mais ce sont là des circonstances que la presse considère à bon droit comme exceptionnelles, et les conclusions de ses principaux représentants,