LE DÉSAVEU
Il est utile, en effet, pour la dignité même des pourparlers, que Ton protège leurs conclusions contre un désaveu trop facile, et motivé par Tamour-propre seul. D'ailleurs, celui des adversaires qui a mal choisi ses témoins s'est, de la sorte, mis en faute; il convient qu'il supporte, dans la mesure permise, les conséquences de son erreur.
Si les témoins adverses venaient à contester que le point allégué intéressât l'honneur, ou que la faute commise réunît les caractères que j'ai énumérés, un ou plusieurs arbitres seraient nommés, selon l'usage, pour décider.
Il importe d'abréger autant que possible le temps durant lequel les termes d'un procès-verbal sont dépourvus du caractère définitif qui est le propre de cette sorte de document. Aussi celui qui veut désavouer ses témoins doit-il faire en sorte, à mon sens, que les témoins adverses en soient prévenus, par ses nouveaux représentants ou par lui-même, dans les vingt-quatre heures qui suivent, ou bien la rédaction des conventions dont il conteste la portée, ou, dans le cas d'un procès-verbal de carence, la remise du duplicata à son premier témoin.
Il conviendra qu'il constitue d'autres témoins, son attitude plaçant ceux qu'il a désavoués dans une situation incompatible avec l'acceptation im-
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médiate d'un second mandat; cette constitution doit s'effectuer dans les quarante-huit heures qui suivent la signature du procès-verbal désavoué.
Rien ne s'oppose, en revanche, à ce que l'adversaire conserve ses anciens témoins.
Les témoins qui succèdent aux témoins désavoués ne leur font pas, de ce chef, une offense, car ils n'indiquent ainsi qu'une divergence de vues à laquelle aucune présomption d'intention blessante ne s'attache.
Le désaveu n'est pas recevable, s'il vise un point où les témoins se sont bornés à obéir aux lois du duel.
S'il porte sur l'acceptation d'un arbitrage, deux cas sont à considérer :
Lorsque l'arbitrage est de droit, les témoins ne sauraient, en raison de ce qui précède, être désavoués pour l'avoir accepté.
Lorsque, au contraire, il est facultatif, — il en est ainsi, notamment, quand les témoins adverses, à priori et sans discussion préalable, en V absence de tout désaccord portant sur un ou sur plusieurs points déterminés {voir page 1 37), prétendent soumettre l'ensemble de l'affaire à des arbitres, — les témoins qui l'acceptent peuvent être désavoués si l'honneur de leur client est en jeu, et à la condition que le désaveu s'effectue :
r Dans le délai réglementaire;
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2** Avant qu'aucun des deux témoins qu'il vise n'ait été entendu par l'arbitre ou par l'un des arbitres choisis.
Car il serait inadmissible que le désaveu fût motivé par la sentence, ou par les indices qu'on aurait pu recueillir sur le caractère éventuel de celle-ci.
La responsabilité des témoins désavoués, à l'égard des témoins adverses, relativement aux engagements englobés par le désaveu (voir page 147), est éteinte par la reprise des pourparlers sur le fond de l'affaire; c'est en effet la reconnaissance implicite que les intéressés tiennent le premier procès-verbal pour nul.
Le non-lieu et la conciliation
LES témoins, dans une affaire d'honneur, peuvent envisager trois solutions :
I** Une déclaration unanime attestant quen raison de la légèreté de l'offense ou des offenses^ et malgi^é qu'on s'obstine à ne point retirer celles-ci^ il n'y a pas lieu à rencontre. Disons, dès à présent, qu'une telle déclaration n'a sa portée entière que si elle est, comme je viens de le dire, unanime; j'entends par là qu'elle doit être signée par les témoins des deux parties.
2*" La conciliation ;
3° Le combat.
Le procès-verbal de conciliation comporte l'acquiescement des adversaires aux concessions que les témoins jugent propres à effacer l'offense; il conviendrait ainsi qu'il effaçât les conséquences de cette dernière, et lorsque les intéressés se connaissaient antérieurement, il devrait avoir pour effet de rétablir entre eux des relations plus ou
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moins fréquentes, mais courtoises; la conclusion logique paraît donc être, en pareil cas, la réconciliation.
L'usage le plus courant veut cependant que Ton néglige toute tentative de rapprochement entre eux. S'ils se rencontrent ultérieurement, ils ne se salueront même pas.
C'est paraître indiquer, à tort, que la rétractation ou les regrets ne sont jamais des réparations suffisantes, et que, parmi les résultats d'un échange de témoins, un seul, le duel, est tout à fait satisfaisant.
C'est aussi entacher d'une certaine amertume la perspective d'un tel procès-verbal, qui, s'il évite des représailles, semble exiger, en revanche, une attitude d'hostilité passive d'où Ton pourrait conclure à la faible sincérité des réparations consenties.
Il est très certainement des circonstances où la conjuration d'un conflit plus violent est tout ce qu'on peut espérer. Il en est d'autres, au contraire, où Ton conduirait aisément les adversaires à se serrer la main. L'œuvre serait ainsi complète.
J'insiste sur Futilité d'une préoccupation vers cet objet, sur la logique qu'elle présenterait, et sur l'intérêt qui s'attache à ce que les témoins fassent un sérieux effort dans ce sens lorsque les adversaires, ainsi que je l'ai dit, se connaissaient dès avant l'incident.
Excuses sur le terrain
FAIRE des excuses sur le terrain, hors des cas exceptionnels, entraîne disqualification, car l'adversaire qui agit de la sorte donne lieu de croire qu'il cède à la peur devant l'imminence du combat.
De telles excuses peuvent toujours être refusées par celui à qui elles s'adressent, car elles sont en contradiction avec les conventions du procès-verbal d'avant-rencontre.
L'interprétation
des lois du duel
J'ai dû, au cours de cette étude, examiner des cas très délicats, où les limites sont parfois mal tranchées; il se pourra que Ton hésite, dans des circonstances de cet ordre, sur le juste parti à prendre, et s'il faut qu'on se batte ou non.
M. le comte de Lyonne me fit un jour l'honneur de m'entretenir de son père, de qui il me rapporta cette simple et belle parole :
« Mon fils, lui dit ce gentilhomme, s'il arrive jamais, au cours de ta vie, que tu aies à choisir entre deux voies et que tu te sentes incertain si tu dois prendre l'une ou l'autre, examine si l'une d'elles offre un danger, et va, toujours, du côté du danger. »
Les hommes d'honneur, pour qui j'écris, sentiront toute l'élévation et tout le prix de cette maxime; je ne saurais mieux faire qu'en leur laissant le soin d'en perpétuer la tradition.