‹ Les lois du duelChapitre 26 sur 27 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Les usages

L'échange des cartes Les témoins

L'ÉCHANGE DES CARTES. — Dans toutc querelle, les adversaires doivent échanger leurs noms et leurs adresses à la première mise en demeure de l'un d'eux. Un refus, sur ce point, équivaudrait à un refus de réparation.

L'altercation doit cesser dans l'instant. La demande de l'échange des cartes est ici le premier acte de la procédure particulière aux affaires d'honneur ; dès que cette procédure est engagée par l'une des parties et tant qu'elle n'est point terminée, la règle veut que les adversaires s'abstiennent de tous rapports directs. C'est la trêve du duel. .

Cependant, l'offenseur qui, après une violence, chercherait aussitôt dans l'offre de sa carte une protection contre de justes représailles, pourrait être l'objet d'une riposte immédiate, sans que son adversaire encourût par là nul reproche.

Aucune restriction de cet ordre ne peut inter-

2o8 LES LOIS DU DUEL.

venir, en revanche, après que l'échange des cartes s'est efifectué.

L'échange des cartes n'engage les adversaires que sous certaines réserves implicites; l'exception de milieu, comme toute autre exception, d'ailleurs, peut être opposée ensuite, s'il y a lieu.

Quand les adversaires se connaissent, l'échange des cartes est évidemment superflu. Dans ce cas, ou lorsque la querelle ne les a pas mis en présence

— échange de lettres, attaques de presse, etc.,

— le premier acte de procédure, marquant le début de la trêve, est l'envoi des témoins.

L'envoi des témoins. — Aussitôt que possible après l'échange des cartes, ou, faute d'échange de cartes, après l'instant où l'intéressé a eu connaissance de l'ofifense, et tout au moins dans les quarante-huit heures qui suivent, les témoins du demandeur se rendent chez l'adversaire, ou lui font parvenir une lettre.

S'ils vont chez lui, et l'y rencontrent, ils lui rappelleront en deux mots le différend qui motive leur visite et le prieront, au nom de leur client, de les mettre en rapport avec deux de ses amis. Ils n'ont point à parler autrement de ce qui les amène. II serait incorrect qu'ils prétendissent discuter avec l'adversaire sur l'incident lui-même ou

LES CARTES, LES TÉMOINS. 20g

sur ses suites possibles. Ils écouteront toutefois, pour en prendre acte, les explications qui leur seraient spontanément données, le cas échéant, dans le but d'arranger immédiatement l'afifaire.

En l'absence de l'adversaire, ils laisseront leurs cartes sous enveloppe, en indiquant sur l'une d'elles, — de préférence, celle du premier témoin, — la date, l'heure et l'objet de leur visite.

Dans tous les cas, ils s'attacheront, par un devoir de bienséance, à ne point alarmer l'entourage de celui qu'ils cherchent à rencontrer, et se préoccuperont, dans cet esprit, de ne point trahir le but de leur mission.

Si les témoins préfèrent écrire à l'adversaire, ils peuvent le faire dans les termes suivants :

Le (date) 19.

Monsieur, Chargés par M. A... (le demandeur) de vous demander (une réparation^ des explications) en son nom, à la suite de l'incident qui s'est produit entre vous et lui, le (date), nous avons Thonneur de vous prier de vouloir bien nous mettre en rapport avec deux de vos amis, le plus tôt possible.

Agréez, Monsieur, l'expression de notre considération distinguée.

(Signature et adresse du /•' témoin.) (Signature et adresse du 2* témoin.)

Il serait incorrect de recommander la lettre. Le mot « explications » s'inspire ici d'un esprit

particulier de modération; il implique néanmoins ridée d'une réparation éventuelle.

Si le demandeur se trouvait empêché, par un cas de force majeure, d'envoyer des témoins dans le délai réglementaire, il écrirait lui-même, immédiatement, à l'adversaire, pour l'avertir de la décision qu'il a prise de lui demander réparation, et s'engager à justifier de l'impossibilité matérielle où il se trouve de se conformer à l'usage (voir page 48).

Cette lettre, en raison de son importance particulière, devrait être recommandée.

La réponse. — Leur démarche faite, les témoins du demandeur n'ont plus qu'à en attendre le résultat.

Il faut prévoir ici trois cas :

r Absence de réponse. — Si les témoins ont la certitude que l'adversaire a connu leur démarche, que nul malentendu, d'autre part, n'a pu se produire, et si, quarante-huit heures plus tard, aucune réponse ne leur est parvenue, ils dressent un procès-verbal de carence. S'ils avaient, au contraire, un doute, ils écriraient, les quarante-huit heures expirées, une lettre recommandée à l'adversaire pour lui confirmer leur demande, et l'informer que, faute d'une réponse dans

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