CHAPITRE V
DES iiÉnnEUx.
A partir de l’époque de Debora, avant laquelle les « assemblées d’Israël étaient désertes », quand chacun, selon le livre des Juges, « faisait souvent ce qui lui passait par la tête », le peuple hébreu fut gouverné par le Sanhédrin ou conseil général, et chaque tribu en particulier par ses anciens. Les tribus se rassemblaient pour châtier la ville ou la tribu qui, comme celle de Benjamin, avait enfreint les lois communes.
La nation, convoquée par les prêtres, se réunissait a Masphah pour élire ses chefs et pour délibérer sur les grands intérêts du pays. Silo, Gabon, Bethsamès et Cariath-Jarim se disputaient tour à tour la prééminence sur les autres cités. Mélange de théocratie, de tribu arabe et de ville égyptienne, sous la conduite tantôt des capitaines du peuple, tantôt des bardes couronnés rois ou des chefs de parti proscrits et replacés ensuite, comme Jephté, à la tête de la chose publique, la Judée parvint à se soustraire au joug étranger, à devenir prospère et, avec le temps, assez puissante pour franchir ses
bornes étroites et s’étendre dans la Syrie. Mais aussitôt que, achevant l’œuvre déjà commencée par Saül et David, Salomon eut concentré toute la vie de la nation autour de son trône d’ivoire, dans la magnifique Jérusalem, les révoltes, le schisme et les invasions détruisirent promptement le petit pays qui avait aspiré à prendre place parmi les grandes monarchies de l’Asie.
Mais, si la nation périt par l’ambition de ses princes, le peuple rajeunit ses forces et puisa une nouvelle existence, incomparable et unique au monde, dans la diversité même de ses innombrables colonies, qui, des rives de l’Euphrate à celles du Danube, du Tage et du Tibre, ceignirent d’un lien mystérieux l’Asie et l’Europe, de même que les Phéniciens, à une époque antérieure, avaient fait de leurs villes une ceinture à la Méditerranée.
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