‹ Les lois du progrès [microform]Chapitre 9 sur 65 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES PHENICIENS.

On ne sait des Phéniciens que deux choses, mais positives, évidentes et constantes : leur immense prospérité et l’indépendance réciproque de leurs villes — Sidon, ïyr, Béryte, Byblos, Thasos, Acco — aussi bien que des colonies dont ils entouraient la Méditerranée, comme si elle eût été leur propriété exclusive — Carthage, Hippone, Utique, Gadès, Panorme, Lilybée, et d’autres encore. Une métropole, Sidon d’abord, Tyr ensuite, les réunissait dans l’intérêt commun, mais chaque ville ou colonie se gouvernait elle -même, entreprenait pour son compte des expéditions hardies et lointaines en Asie, le long des côtes de l’Afrique et jusque dans la Baltique, nouait, au gré des événements, des alliances non seulement avec ses nationaux, mais aussi avec des étrangers. La religion, ainsi que les autres institutions politiques et sociales, différait d’une cité à l’autre, comme en Égypte. Outre le dieu Baal, qui leur était commun à toutes, chaque ville phénicienne avait son dieu particulier, comme au moyen

kl

Il •

Ti

âge chaque ville italienne avait son saint patron. Tyr vénérait Melkarth et Byblos x\donis.

La Phénicie développa dans la Syrie son admirable civilisation et accrut sa puissance au milieu des grandes nations qui la pressaient de tous côtés, l’Assyrie et l’Égypte, la Lydie et la Perse. Si Nabuchodonosor la combattit, elle fut l’alliée de Cyrus; en guerre avec le pharaon Psammétique, elle entreprit, de concert avec le pharaon Néchaô, la plus mémorable des navigations, le périple de l’Afrique. Les sièges que soutinrent ses villes sont les plus longs des sièges, si longs déjà, de l’antiquité. Celui d’Azoth contre les Égyptiens dura vingt-neuf ans, et treize celui de Tyr contre les Assyriens. Tyr, qui s’était deux fois relevée de ses ruines lorsqu’elle succomba sous les coups d’Alexandre et devint le point d’appui de ses conquêtes en Asie, coûta sept mois d’efforts au héros grec, à qui il fallut moins de temps pour défaire deux armées perses et s’emparer de l’Asie Mineure.

La vitalité de la Phénicie, subjuguée par la Grèce en Syrie, se concentra dans sa colonie la plus considérable, Carthage. Pour mieux se rendre compte de la force expansive de ce peuple et de l’esprit de ses institutions, il faut songer que, isolée au milieu de races anciennes, cette grande cité put aspirer à l’empire de l’Europe et que tel de ses citoyens, un membre de la famille Barca, par exemple, leva à lui seul des armées puissantes contre les Bomains. Si Carthage a péri, ce ii’a été que par l’excès de ses grandes qualités. Elle ne sut, dans son

Page 1