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DES ÉTRUSQUES

L’Etrurie se présente encore à nous avec ses origines enveloppées d’un voile mystérieux, comme, dans les tableaux qui nous restent d’elle, les personnages ont la tête recouverte d’un pan de leur manteau. La littérature de Rome,àpeine suffisante pour enregistrer ses propres fastes, a dû renoncer au pieux devoir de recueillir les reliques des peuples qui furent au nombre de ses ancêtres. L’image de l’Etrurie ne s’en détache pas moins, sur le fond obscur de l’antiquité, avec des contours précis et des linéaments en relief : brillante de coloris et vivante encore, elle se place résolument à côté des images de la Grèce et des premières nations de l’Orient, mais absolument distincte d’elles, nonobstant les traits qui accusent et décèlent leur commune origine.

L’Etrurie possédait une constitution plus régulière que la Grèce, plus riche en centres d’impulsion que l’Égypte et la haute Asie. Le système fédératif y dominait, plus complet et plus stable que dans toutes les autres nations anciennes. On y voyait, pour la pre-

mière fois, l’application du régime des villes réunies en corps de nation. Tantôt monarchique, tantôt aristocratique, tantôt populaire, suivant le mouvement politique qui se produisait parmi les populations de l’Ital ie, comme l’a remarqué Denina, l’Étrurie adoptait l’une ou l’autre forme dans les douze lucumonies, sans interrompre les assises du Concile national assemblé dans le temple de Voltumna. Et lorsque Véies revint docilement à la royauté, abolie déjà au quatrième siècle, non seulement en Etrurie, mais dans l’Italie entière, la confédération châtia la ville dissidente en l’abandonnant au ressentiment des Romains, qui la tenaient enserrée dans un cercle de fer.

La religion, quoique devenue, comme en Orient, un instrument d’ingérence politique, s’y développait néanmoins d’une manière plus pratique, et devenait la règle de la vie sociale. L’art augurai, qui en formait le principal ministère, qui présidait à l’agriculture, à la navigation, à la guerre, et qu’on interrogeait dans toutes les circonstances de la vie privée, exigeait une somme de connaissances qui supposaient un éminent degré de progrès scientifique. Les beaux-arts y avaient réalisé une perfection, une originalité, dont le type n’a jamais cessé d’être un objet d’étude et d’imitation pour l’architecture et l’orfèvrerie, qui, pendant longtemps, restèrent en Italie le privilège des Étrusques. La meilleure preuve de la supériorité de ce peuple, c’est l’usage de sa langue devenu général en Italie et à Rome, où elle eut l’honneur d’être publiquement enseignée, avant le grec, comme langue littéraire.

Une telle grandeur morale a dû sans doute être accompagnée d’une grande prospérité : aussi l’Étrurie a-t-elle été en butte aux critiques jalouses des auteurs grecs, qui, de Platon à Théophraste, lui reprochaient amèrement son luxe et sa mollesse, reproches qu’on n’adresse d’ordinaire qu’aux riches et aux puissants. En tout cas, si elle s’éleva si haut, c’est grâce à son organisation politique. Machiavel observe avec admiration qu’aucune de ses villes « ne dépassait l’autre ni en rang ni en autorité, et que chacune voulait associer toutes les autres à ses conquêtes ». Il est probable que ses institutions, tant leurs admirables effets étaient évidents! servirent de modèle aux peuples d’alentour moins avancés qu’elle dans la voie du progrès: les Sabins, les Latins et les Samnites. En effet, du Pô à Tarente , toutes les peuplades italiques continuèrent , jusqu’au troisième siècle, à se gouverner elles-mêmes, liées entre elles par un pacte fédératif peu différent de celui que les Étrusques gardaient dans le temple de la déesse Voltumna.

Nous nous refusons à voir la première cause de la décadence de l’Étrurie dans son extension, par le développement de ses colonies, au nord et au midi de l’Italie, où elle provoqua des représailles mortelles de la part des Gaulois et des Samnites, mais il est hors de doute que sa décadence devient visible après les guerres de Porsenna.

Leroi deClusium, qui avait rassemblé dans sa main les forces et pris le pouvoir suprême des confédérés afin de replacer les Romains sous le joug des Tarquins, Etrus-

ques d’origine, entreprit une guerre de prépondérance excessive, sinon de conquête, qui, par son but, par les moyens dont il se servit et les conséquences qu’elle amena, ne pouvait manquer d’ébranler les bases sur lesquelles reposait la puissance de l’Étrurie.

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