DE L’ALLEMAGNE
Les Teutons, vers le dixième siècle, prirent peu à peu pour dénominatiop^ commune le nom à' Allemands, qui appartenait en propre à une de leurs tribus les plus centrales, dont la vitalité semblait la plus grande. D’ailleurs, ce nom, qui signifie réunion de peuples, convenait à merveille aux origines et au développement historique de cette nation qui, à travers les siècles jusqu’à nos jours, n’a cessé de se montrer distincte en ses parties, bien que formant un seul corps.
De même qu’on se sert de troupes fraîches pour rétablir une bataille, se servant tour à tour de l’initiative de presque toutes les branches de sa vaste famille, des Cattes, des Ghérusques, des Dataves, des Golhs, des Bourguignons, des Francs, des Allemands et des Souabes, des Saxons, des Bavarois, des Bohèmes et des Autrichiens, des Brandebourgeois et des Prussiens, l’Allemagne a vu se déplacer la direction de l’activité nationale de l’occident à l’orient, du centre aux points extrêmes de sa périphérie, sans que jamais la préséance passagère d’un de ces peuples ait
Charlemagne, obligea l’autorité royale à se fortifier des droits soustraits aux éléments qui la constituaient ; lorsqu’aux assemblées nationales, qui exprimaient leurs suffrages et rendaient leurs arrêts en toute liberté, on substitua les conseils impériaux ou Phicifa et les tribunaux des scabins; qu’aux baronnies féodales laïques on imposa l’ingérence et la surveillance continuelle du monarque et qu’on ravit aux peuples les lois (d les coutumes anciennes qui les régissaient: alors, l’excès de la servitude universelle rallia les vaincus et les ojiprimés, leudes et prélats, tribus germaniques et provinces romaines, hommes de toute race, et les })oussa en armes l’an 841 dans la plaine de Fontenay, où se disloqua enfin l’empire Iranc, le concile d’Auxerre ou Tanriacum ayant déclaré que l’issue de la bataille était le jugement de Dieu.
Ce jour-là, en effet, dans cette formidable mêlée de peuples accourus de tous les points de l’Europe sombra la vaste monarchie, que le diacre Florus regrettait parce qu’il n’y voyait « qu’un peuple et qu’un roi »; mais dès ce jour aussi les nations modernes, se renfermant dans leurs
Irontières naturelles, ayant cbacune ses aptitudes particulières et chacune son propre idiome, se tracèrent une voie distincte. La confusion babélique, (jue les mêmes causes avaient produite, engendra encore une fois les mêmes effets.