‹ Les lois du progrès [microform]Chapitre 21 sur 65 · UE L’ITALIE · texte numérisé non relu

UE L’ITALIE

Quand l’Empire, transporté à Byzance, se fut drapé dans la pourpre des monarchies orientales, l’Italie parut tout à coup abandonnée de l’esprit qui l’animait. Le soulfle de vie s’éteignait en elle, et l’on pourrait appliquer à la nation entière la forte expression de saint Ambroise, qui, au quatrième siècle, retraçant la situation de Modône et de Bologne, les appelait des « cités-cadavres ». Vainement le despotisme, toujours aveugle et forgeant lui-même les fers dont il s’enchaîne, essaya de ramener dans ce pays l’ancienne vigueur: ses efforts n’aboutirent pas. Des curies municipales devenues les repaires du fisc, et des campagnes, d’où l’on avait banni la liberté du travail, la stérilité s’étendit jusqu’au lit conjugal, autour duquel on multiplia en vain les privilèges : les berceaux restèrent vides.

Dans ce désert, les portes étaient ouvertes à la destruction, et elle s’y précipita de tous côtés avec Genséric, Attila, Alaric, les Ilérules, les Ostrogoths, les Longobards.

Pas une seule des innombrables hordes germaniques et slaves n’eut garde de manquer à cette œuvre suprême

d’exlcnnination. Se croisant, se repoussant, se superposant, ces multitudes de Barbares se répandirent, comme des torrents de lave dévorante, sur le vieux sol de l’Italie, qu’ils bouleversèrent jusque dans ses fondements, sans pourtant réussir à se l’approprier.

Sur les bords du Tibre, la résistance expirait avec Symmaque, Boèce et Jean I". Les Municipes les plus illustres, les villes depuis hier rivales de Rome, Milan, Ravenne, Ravie, traînaient l’existence de ceux dont la vie s’éteint et qui n’ont plus que des mouvements automatiques. Alïranchies du joug de l’Empire oriental, elles étaient retombées sous celui des peuples septentrionaux.

Les Longobards, qui, de toutes les tribus germaniques, étaient la moins nombreuse, mais aussi la plus noble, à ce qu’affirme Tacite, tandis que Lactance prétend qu’ils n’en étaient que la plus féroce, extorquaient, après s’être emparés de la plus grande partie des terres, le tiers des petits revenus. Les Grecs volaient et enlevaient tout ce qui pouvait être transporté. Les uns et les autres rivalisaient de cruauté avec les Sarrasins; les massacres étaient aussi fréquents à Ravenne que sur les côtes de la Fouille. A'ul, parmi les anciens habitants du pays, n’avait, ainsi ([ue le remarque et le déplore saint Grégoire le Grand, gardé la dignité de citoyen.

Les conquêtes, cependant, continuaient et se succédaient au milieu des plus épaisses ténèbres : dans le siège même de l’Exarchat, on ne trouvait presque plus personne qui sût traduire le grec, et, à Rome, les écoles de jurispru-

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} dence, où se pressaient encore les auditeurs au sixième

, siècle, étaient complètement abandonnées. Les gestes des

f Longobards, des exarques et des ducs grecs avaient une

histoire; l’Italie n’en avait plus.

j! Cependant, de ce profond sépulcre sur lequel pesaient

ï, si lourdement tant de peuples étrangers, du milieu des

1| ruines amoncelées par trois siècles et des débris mômes

r de son ancienne existence, la nation indestructible, se

ranimant soudain au commencement du huitième siècle, releva la tête à Rome, qui chassa la garnison de l’empereur grec et reconquit la liberté.

i Non seulement les Longobards avaient été impuissants

à réunir sous leur domination toute l’Italie — une grande partie du centre et la plus grande partie du midi ne leur furent jamais soumises, môme aux heures les plus glorieuses des règnes de Luitprand et d’Astolfe — mais, dès leur arrivée dans la péninsule, ils avaient cherché à établir entre eux toutes sortes de distinctions et de hiérarchies. Tandis (pie le duc du Frioul se regardait presque comme indépendant du souverain, les ducs de Spolète et de Rénévent se rapprochaient de Rome jusqu’à partager ses nouvelles aspirations. Le vrai royaume longobard eut pour limites l’Austrie et la Neustrie de la vallée du Pô : toute correspondance et échange de messages avec Rome, Ravenne, Spolète, Rénévent, ainsi (pi’avec la France, la Bavière et l’Allemagne, étaient expressément défendus par le roi Ratchis. Et quand la ville de Rome et les provinces de l’Exarchat, de la Pentapole

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et de l’Étrurie romaine firent appel aux Francs, ce ne lût pas sans la connivence d’un certain nombre de barons longobards de la haute Italie, peut-être même des ducs de Bénévent et de Spolète.

Maintenant, cpielle est la cause qui empêcha les Longobards de s’organiser à la façon des Francs, des Bourguignons, des Visigoths d’Espagne et, plus tard, des Allemands? Pourquoi ne se constituèrent-ils pas comme ces peuples, qui tous étaient de leur race, avec des lois fixes et générales? Pourquoi, non seulement f élection du roi ne se maintint-elle pas dans la même üunille, mais la succession des ducs se régla-t-clle différemment dans le Frioul, où le plus puissant d’entre eux s’emparait ouvertement de la couronne par la force; à Bénévent, où le duc régnant désignait son successeur; à Spolète, où l’élection se faisait équitablement dans l’assemblée des seigneurs? Grimoald, Luitprand et Batchis, dans les prologues des lois qu’ils édictaient, déclarent les avoir laites avec le consentement des ducs; Botharis et Astolfe, au contraire, promulguent les leurs exclusivement par la force, au nom de l’autorité royale.

Le sentiment d’équité, si justement admiré, qui inspira ces lois, le mérite d’avoir précédé les législations des autres peuples barbares, ainsi que celui de la précision et de la netteté dans les rescrits des princes de leur Maison,

les Longobards en sont-ils redevables au degré éminent de leur civilisation, eux dont les rois, naguère encore, du temps du père d’Alboin, prenaient pour trône la table

des banquets? Ne les doivent-ils pas plutôt aux facultés non encore abolies , inhérentes au sol où ils s’étaient transplantés, et qu’imprégnait l’esprit de la législation romaine ?

On fait également honneur aux lois lombardes d’avoir étendu la responsabilité aux intentions; mais il n’y a là que l’application de la doctrine du christianisme, qui dans les œuvres ne contemple que la volonté. D’ailleurs, faut-il voir un progrès réel dans cette substitution du jugement des intentions, qu’il est si difficile de démêler et d’apprécier, à l’examen de l’acte extérieur, qu’on peut toujours mesurer avec exactitude?

Ce qui appartient en propre aux Longobards, c’est la monstrueuse organisation de l’aristocratie. Grâce à elle, un fouillis inextricable de souverainetés subalternes s’étend sur la société des hommes et sur la propriété des choses, s’y accroche, les enveloppe, les confond de telle sorte que toutes les deux changent de nature, que la terre ennoblit l’homme et que l’homme devient le troupeau inséparable de la terre. Chaque tribu de souche germanique portait avec elle ce germe du régime féodal, mais ce sont les Longobards qui les premiers, en Italie, ont greffé sur le sol la hiérarchie personnelle.Voyez cependant quels résultats ont produits les conditions spéciales de cette nation, et combien différents de ceux des autres contrées envahies par la féodalité!

Le territoire, semé plus que tout autre en Europe de centres d’habitation, reçut ces institutions comme une

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ruche dont les compartiments, fixes et distincts, semblaient fidts exprès pour les loger. Mais durant le travail de l’incubation, qui lut lente et obscure, le fief du leude germanique, successeur de la curie romaine, se transforma à son tour en un corps territorial et juridique armé de toute la puissance de l’ancien municipe. Le lien, qui s’abaissait et remontait sans cesse entre les ducs , les comtes , les barons de différentes classes, les citadins et les campagnards, s’usait et se rompait au seuil des villes, au pied des tours des châteaux et même des clochers récents des bourgs. Jusque dans le royaume de Naples, c’est-à-dire dans la contrée qui devait par la suite être habituellement la plus unie, de soudains conllits s’élevèrent pour l’émancipation des duchés de Bénévent, de Capoue, de Salerne et d’autres encore.

Ce fait irrésistible éclate avec une telle évidence que, en 1040, Conrad le Salique est contraint de déclarer, dans les champs de Roncaglia, (jue les liens de dépendance hiérarcliique n’existent plus en Italie, tandis ({u’ailleurs ils continuent à nouer le faisceau féodal qui constituait toutes tes nationalités d’origine germaine ou absorbées par les Germains. Les seigneuries restent, mais la souveraineté étrangère a disparu. Un siècle plus tard, les seigneuries deviennent des républiques, en passant par l’àge de l’épiscopat et des municipes, dont les évêques avaient été les défenseurs légaux dans les derniers temps de l’Empire. L’épiscopat était une représentation mixte de la féodalité, avec laquelle il avait contracté alliance

et consacré ainsi la force par l’autorité morale qui n’appartenait qu’à lui.

Sous les Carlovingiens, les villes de la Lombardie, de laYénétie, du Piémont, des Romagnes et des Marches avaient pour gouverneurs des évêques : l’évêque de Vercelli et les abbés de Gertola et de Corbeja étaient les ministres de l’empereur. Le synode des évêques de Pavie, en l’an 890, nommait roi d’Italie Guy, duc de Spolète, et lui imposait une constitution qui protégeait les citoyens contre les violences des barons.

Pans la lutte entre Ardouin d’Yvrée et Henri H, les évêques lombards secondèrent l’ambition du premier, tandis que les évêques vénitiens et toscans soutinrent les prétentions de l’autre, de même que l’abbé de Nonantola, dans un autre temps, avait favorisé la victoire de Charlemagne sur Didier.

L’aristocratie ecclésiastique succédait de cette manière à l’aristocratie laïque, comme pour préluder à l’émancipation complète des villes. Le grand nombre des évêques, correspondant en Italie au nombre considérable de ses municipes, y avait empêché la formation des vastes baronnies ecclésiastiques des Gaules et de l’Allemagne; car la puissance des archevêques de Milan et de Ravenne fut de courte durée. Aussi, quand sonna l’heure où, se ressouvenant de la liberté antique et de la gloire des lieux de leur naissance, les peuples, pareils à celui (jui sort d’une longue et triste minorité, voulurent rentrer dans l’héritage de leurs aïeux, ils ne ren-

contrèrent qu’une courte résistance dans une caste qui se recrutait dans leurs rangs.

Toutefois, avant que la nation reprît l’organisation intérieure qui lui était indiquée par ses traditions, par son génie et par les vicissitudes des dernières années, il lui fallait reconstituer autour d’elle la société européenne toute bouleversée encore par des orages aussi terribles que fréquents. C’est ce qu’elle accomplit l’an 800, en ressaisissant, dans les ténèbres où il flottait indistinct, le fd de la tradition romaine, comme si ce fil eût été la chaîne d’or qu’IIomère voyait descendre de l’Olympe sur la terre.

La religion, cette fois, et non plus la conquête par les armes, unit le faisceau social : ce fut la république chrétienne qui remplaça la république ou l’empire latin. L’une des attributions essentielles de l’autorité souveraine à Rome, depuis Auguste, ayant par extraordinaire prévalu, l’autorité se partagea. Le pontife se sépara de l’empereur, tandis que la puissance tribunitienne attendit, pour se ramifier dans chacune des parties du nouveau corps social, que l’autonomie des nations se dessinât davantage. Pénétré par le dogme chrétien, qui en avait si fort agrandi le domaine, l’esprit humain eut dès lors une sphère d’action qui n’était point l’État et un maître qui n’était point le prince, mais qui néanmoins le dirigea, même en dehors de l’ordre politique, grâce à la sûreté de sa doctrine.

Le prestige acquis à Rome par le long empire qu’elle avait exercé sur l’univers, la somme des connaissances

humaines, notamment des connaissances juridiques, que la métropole du monde avait conservées en même temps que le mécanisme des grandes administrations, donnèrent

à la papauté, dont elle était devenue le siège, une puissance jusque-là inconnue au sacerdoce. L’Empire, qui, représentant toujours l’union des races, pentralisait leurs rapports et s’imposait à l’intérêt de tous, comme le gardien du droit et de la loi commune, l’Empire fut confié par Rome au peuple franc, le mieux organisé, le plus puissant, le seul propre à garantir l’Europe contre les invasions des Sarrasins, qu’il avait arrêtés déjà dans leur marche triomphale aux frontières de l’Espagne. Si, en

relacha et supprima enfin tout à fait celui des deux liens qu’avait tissu la force, elle maintint l’autre d’abord comme l’unique symbole, puis comme le gage et l’exemple de l’indépendance de l’esprit humain.

L’Italie, particulièrement, se servit de la papauté et de l’empire pour conserver au dehors son ascendant et à l’intérieur sa liberté. Elle provoqua entre ces deux puissances gigantesques, créées par elle, des chocs et des rencontres qui devaient bouleverser le monde, mais en même

temps niveler et reconsolider ses propres fondements. Les successeurs de Charlemagne, sans arrêter les progrès latents ni modifier le régime intérieur de l’Italie, y ramenèrent la dignité impériale, sentant bien que celle-ci ne pouvait reverdir et prospérer que sur le sol où elle avait pris naissance. Ainsi firent également les successeurs

d’Othon et de Frédéric. De sorte que, après l’extinction de la race carlovingienne, des princes italiens, tels que Guy de Spolète et Bérenger, purent se croire directement investis du titre de césars, puisque c’était au sein de leur nation que se trouvait la couronne impériale.

Cependant la lutte, un instant apaisée, se ranima, plus âpre que jamais, entre l’Allemagne et l’Italie, entre l’ancienne et la nouvelle race. Car, en dehors de la famille slave, c’est entre ces deux races que se partagent toujours les populations de l’Europe, les unes acclimatées au soleil latin, les autres agitées encore par la formidable poussée des multitudes barbares à travers le monde romain.

Durant ce long antagonisme, l’Allemagne semble s’êlro prévalue du progrès des institutions politiques et religieuses, des sciences et des lettres, de la civilisation quelle devait à son contact avec l’Italie, non pour l’égaler, mais pour l’assujettir. Devenue maintes fois romaine, elle aspirait à l’asservissement de Rome. « Votre Rome, disait Frédéric I" aux ambassadeurs romains, votre Rome est à nous. » La nation germanique, dont la grandeur tenait autant à l’extension de son territoire qu’à son inépuisable activité, aspirait moins ardemment à atteindre les mers méditerranéennes, entrepôt général du commerce, qu’à régner dans le centre de l’autorité religieuse et de la force civilisatrice des âges modernes. Impuissante à créer une œuvre é(iuivalente à l’œuvre (jui la fascinait, elle s’efforçait de se l’approprier en l’absorbant. Si ses efforts avaient réussi, les Allemands seraient devenus les Mon-

gols et les Mantchoux de l’Europe, puisqu’ils ne pouvaient que maintenir fixe et immobile le degré de civilisation auquel on s’était jusqu’alors élevé.

Ainsi donc, la liiltc ancienne commencée par Marins, continuée par Drusus et tous les empereurs de Rome contre les sauvages Germains, fut reprise par l’Italie contre les Othon, les Henri et les Frédéric, chrétiens et à demi Romains, qui se proclamaient les héritiers de la couronne octroyée à Charlemagne. Rome, la Douille et Venise se soulevèrent contre la dynastie saxonne; la Toscane, le Piémont et la Lombardie contre la première Maison de Souabe, et l’Italie entière contre les Ilohenstaufen. Dans la première période, on combattit pour la suprématie, et les papes de sang allemand prirent parti pour les enq)ereurs; dans la deuxième, on combattit pour l’indépendance du culte, et les papes se renfermèrent dans leur rôle religieux; dans la troisième, on lutta pour la liberté de la nation, et les papes furent avec l’Italie.

Ce conflit trois fois séculaire laissa dans ce pays des traces durables sous la dénomination de parti guelfe et départi gibelin, dont le sens a varié selon les temps. Tel empereur — Charles IV — soutint les Guelfes, et tel pape — Nicolas III — se rangea parmi les Gibelins contre Charles d’Anjou. Grégoire X, le grand pacificateur de l’Europe, réconcilia dans toute l’étendue de la péninsule les deux partis et les réunit, en 1531, pour les opposer au vicaire impérial, Jean de Bohême. Ils perdirent une bataille, mais ils n’en sauvèrent pas moins l’indépendance ita-

lienne. En résumé, les noms de Gibelins et de Guelfes signifièrent moins adhésion ou hostilité à l’Empire, dès que celui-ci fut repoussé au-delà des Alpes, qu’ils ne désignèrent les factions des nobles et du peuple : gibelines, les seigneuries ; guelfes, les républiques. Et, comme les papes se rapprochaient le plus souvent de ces dernières, de là vint le cri historique : Chiesa c pojwlo, église et peuple. Le pays où s’implanta cette résistance si acharnée et si opiniâtre contre les césars allemands, se refusa également au frein, bien que plus accommodé à sa nature, des princes nationaux tels (pie les deux Bérenger, Guy de Spolète, Ardouin d’Yvrée.Plus tard, il ne sut pas davantage se plier sous d’autres, ou plus glorieux ou rattachés à la nation par des liens plus étroits. L’union que ceux qui voulaient dominer l’Italie ne parvenaient pas à effectuer, se faisait d'elle-même contre eux, compacte et soudaine, qu’ils vinssent de ce côté-là des Alpes ou qu’ils surgissent de ce côté-ci.

Soixante mille soldats, rangés déjà en ordre de bataille devant Otlion I", rompirent leurs rangs et se débandèrent à Trente, parce (pie Bérenger ne consentit pas à abdiquer en faveur de son fils, moins opposé que lui aux franchises des barons et des villes de la haute Italie et du Midi, qui s’étaient détachées de Frédéric II, né pourtant parmi elles et à qui elles devaient l’institution des lettres et des arts. Les États républicains, de concert avec les principautés, s’insurgèrent contre Jean Galéas Yisconti, contre Robert de Naples, contre les ducs d’Este,

les seigneurs de Montferrat et les familles papales, dont l’ambition convoitait de trop vastes royaumes. On le voit : l’idée qui préside au développement italien demeure la môme et s’affirme partout par des manifestations identiipies. Un champ d’épis qui, semés sur une longue étendue, blondissent au soleil, tandis que, rassemblés en tas, ils ne tarderaient pas à se flétrir : telle fut et telle se maintint l’Italie jusqu’au seizième siècle, avec les baronnies féodales, avec les cités, enfin avec les États.

On chercherait en vain dans son histoire une institution stable, une dignité, un centre sur lequel repose la représentation ou la direction nationale. Aussitôt après le neuvième siècle, il n’y a plus de roi, car l’empereui- et celui qui par son titre de roi des Romains est désigné à l’empire, ne procèdent que du droit universel et européen.

Il n’y a pas eu non plus une capitale unique, et, après la formation des États, les capitales partielles s’attirèrent, de la part des villes assujetties, une hostilité égale à celle qu’y avaient provoquée les ambitions d’un seul et vaste royaume. Quant aux parlements et aux diètes, la seule nation qui n’en eut jamais, ce fut sans doute l’Italie. Une seule fois, en 1267, les délégués de la Lombardie, du Piémont et des Romagnes s’assemblèrent à Crémone pour repousser la proposition de Charles d’Anjou tendant à les ranger sous son pouvoir. Aucune loi expresse, aucun pacte explicite qui s’imposât à la nation entière, si ce n’est une tradition à laquelle on avait de tout temps obéi

et qui se résumait en ces deux aphorismes : un puissant monarque étranger ne doit pas régner sur les Pouilles et la Sicile, ni un État de la péninsule établir sa prépondérance sur tous les autres. Les Souabes et Charles VIII turent chassés en vertu de la première de ces maximes, et les princes italiens apprirent tour à tour, à leurs dépens, ce qu'il en coûtait de violer la seconde.

A la direction d’un pouvoir central qui fait défaut, supplée une impulsion spontanée qui, selon les temps et les circonstances, pousse la nation dans la voie du salut et du progrès. Cette impulsion produit tantôt la transformation des fiefs en municipes ou communes, tantôt la liberté de l’Église et, par elle, sous le imnlificat de Grégoire \11, toutes les libertés de l’esprit, tantôt l’indépendance envers l’Empire. Elle créa dans la suite l’ôre des républiques qui, avec la prédominance des villes sur les bourgs et les donjons, amena le triomphe de la démocratie urbaine sur la noblesse des chàleaux. Plus tard, cette même impulsion contre-balance, avec Cosme de Médicis, la puissance des Visconti, des Angevins, des Sforza, des Barberini, par la pondération entre les dilférents États; de même qu’à l’heure douloureuse des interventions étrangères, elle établit, pour s’en défendre,

1 équilibre entre les gi-andes puissances avec Sforza, avec Venise, avec Jules II et Urbain Vlll. C’est alors que la diplomatie prend naissance dans cette lutte nouvelle, inaugurée par 1 Italie, de la sagesse et de la longaminité contre la force et ses excès.

Quand le but a été atteint, l’instrument dont on s’est servi pour l’atteindre, ainsi que la formule dans laquelle on l’a résumé, sont remplacés par de nouveaux moyens et de nouvelles dénominations correspondant à d’autres besoins et à des faits nouveaux. L’héritière de la civilisation latine se montre aussi constante dans le développement de ses rapports généraux avec la société, qu’elle est variée dans les modes de son développement intérieur.

Chez aucune autre nation, ancienne ou moderne, on ne vit pareille absence d’un lien visible servant à la manifester dans son ensemble aux autres nations et à la contenir elle-même. La Grèce, qui semblait en être la moins chargée, avait cependant les Amphictyonies, des fêtes solennelles et des jeux, qui réunissaient ses peuples à des périodes fixes et régulières. Chacune de ses parties ou provinces avait son existence réglée par les prescriptions d’un pacte permanent, et chaque hégémonie ou dictature d’un élément national ne s’élevait (jif à son tour et par l’isolement de cet élément d’avec tous les autres.

Bien de tout cela en Italie. On n’y rencontre pas la moindre trace d’une fédération générale ou partielle , dans le sens vulgairement attribué à ce mot, à moins que l’on ne veuille taire exception pour celle des princes de la Fouille, ou, pour mieux dire, des Normands dont Amalfi était le siège, et ([ui dura si peu. L’Italie est, au contraire, le pays des Ligues. Mais celte dénomination est relativement récente, puisque les plus glorieuses

d’entre elles portèrent les noms d’Association lombarde et de Ta (J lia toscane.

C’est, en effet, par des agrégations proportionnées à l’importance de l’œuvre à entreprendre ((ue, comme dans les associations privées, les peuples italiens procédèrent.

avec un but déterminé et par un mutuel consentement, dans leurs révolutions et dans leurs guerres de conquête ou de défense. Tantôt la plus grande partie de la nation se réunisssait contre l’étranger; tantôt deux ou plusieurs villes SC mettaient d’accord pour un intérêt local. Le

triumvirat de trois ducs au neuvième siècle, l’alliance du Centre, du Nord et du Sud avec Jean X, avec Bérenc[er, avec les princes de Gaëte et de Bari pour repousser les Sarrasins, la grande ligue lombarde contre les Frédéric, les ligues gibelines des Pallavicini en faveur de Manfred, la ligue gibeline d’Uguccione contre Robert, tous les deux

rois de Naples, les ligues guelfes pour et contre la Maison d’Anjou, celle des princes italiens et des républiques contre Charles VIII, celle des républiques et des princes contre les Visconti sont les plus remarquables parmi les innombrables qui se nouèrent et se dénouèrent pour se renouer encore dans tous les sens, sans trêve comme

sans durée. Car même la plus durable et la plus glorieuse, je veux dire la Ligue lombarde, n’eut qu’une très courte existence.

De cette aptitude particulière, qui s’était déjà manifestée dans toutes les contrées de l’Italie ancienne, na- (piit, après l’agrégation des entités politiques, celle des

individus aussi bien dans un but commercial — comme le prouvent l’origine de la lettre de change et les factoreries lointaines des Lombards, des Toscans, des Génois et des Vénitiens — qu’afin de recruter de nouvelles armées à l’aide des bandes et des compagnies des condottieri, par qui se réveilla l’esprit militaire. Il n’en fut pas autrement dans notre siècle, lorsque, obéissant à la même loi, les peuples d’Italie se liguèrent, en 1848, pour reconquérir la liberté et l’indépendance, malgré leurs gouvernements, celui du Piémont excepté, et, avec celui-ci, contre ces mêmes gouvernements en 1859 et 1860. Quant à savoir si la forme purement unitaire qui a prévalu dans la suite, pour la première fois, chez la plus ancienne des nations civilisées, soit la plus propice au développement de sa prospérité et, en général, de la prospérité de tout pays, l’examen de celte question forme l’objet même de ce livre. Dès à présent, le lecteur peut juger si cette forme s’accorde avec le génie et Thistoire de l’Italie.

Durant des siècles, l’unité morale suffit à constituer à l’Italie une nationalité nette et tranchée vis-à-vis des autres pays, à lui imprimer une direction homogène dans l’emploi de ses forces natives, à maintenir le niveau entre ses révolutions politiques et sociales au retour périodique. Hormis l’Allemagne, qui resta longtemps grossière et ignorante, et la Provence à demi italienne qui vécut la vie d’une fleur, les nations d’Europe n’avaient pas encore rassemblé leurs membres dispersés par l’irruption des Barbares, que déjà l’Italie avait atteint la maturité de la civi-

libation. Le beau langage, qui sut retrouver dans la Toscane les accents les plus mélodieux qu’on eût jamais entendus depuis Homère et Platon, avait commencé à les

moduler simultanément depuis le Po jus((u’au Volturne, et les premières voix s’étaient élevées de la Sicile, de la Corse ctd’Ascoli dans lelMcenum. Une meme impulsion réussit à produire, du quatorzième au dix-septième siècle, de Dante à Galilée, une telle intensité de manilestations intellectuelles dans les lettres, dans les arts et dans les sciences, que la lumière qui en a jailli éblouit encore l’univers. Et, comme pour compléter ce large mouvement de civilisation, la force qui circulait à ti-avers toutes les régions de la péninsule y fit prendre à l’industrie et au commerce un tel essor, (ju’on eût dit que Tune et l’autre étaient le patrimoine exclusif de l’Italie.

Une aussi prodigieuse activité, fruit de lacultés si variées et si nombreuses, n’eût-elle pas été promptement étouffée, si elle eût été contenue par un cercle inllexible? Une telle expansion morale eût-elle pu se produire sous

la contrainte d’un lien matériel? Tandis que le lien intime (le sa cohésion naturelle fut, au contraire, assez puissant pour soulever la péninsule d’un bout à l’autre et l’armer contre des nations belliqueuses, telles que la T rance et l’Allemagne. Quand le haut degré de culture

ou elle s’était élevée l’eut désarmée en face de races plus cimes, un art savant lui tint lien de force contre le troi-

sième de ses puissants adversaires. Par sa politique habile, elle sut réduire la domination espagnole, si impé-

rieuse en Europe, aux limites d’une maison régnante dans les provinces méridionales. Quel autre nœud, formé pailles institutions stables et manifesté par des signes visibles, aiii-ait pu résistera la pression d’éléments tels que la papauté, la plus haute des puissances bumaines, et la république de Venise, cette seconde Italie, comme l’appelait Lamartine? Quel autre faisceau n’aurait pas été brisé par une telle exubérance de vie et une activité si multiple, jointes aux divisions inséparables de la société des hommes et aux cbangements inévitables du temps ?

Au contraire, le lien (jui unit l’Italie laissa passer sans en être usé, comme un filet aux larges mailles, les rivalités des villes, les inimitiés des partis, les compétitions d’influences commerciales. Il enserra dans ses replis, sans se relâcher ou se rompre, les monarchies après les républiques, les Etats après les cités, et. Tune après l’autre ou plusieurs à la fois, les hégémonies de Milan, de Venise, de Rome, de Naples, de Florence, des Visconti, de la Maison d’Anjou, dos Médicis, des Slorza, des ducs d’Este, des marquis de Montferrat, des Gonzagues et d’autres dynasties encore. Ne voyons-nous pas un fait analogue se produire dans la nature, et les fruits d’un arbre, nourris du suc vital d’une racine commune, croître, se colorer et mûrir sur des branches diverses?

Il semble impossible, en elïet, (jue des conditions différentes eussent permis, à non moins de deux cents villes, d’atteindre un éminent degré de prospérité et, à quelques-

localités moins importantes rapprochées d’elle par quelque alTinité, avec les campagnes, la noblesse des châteaux et les métiers des villes, un seul être homogène et complet. Car le progrès extraordinaire des villes italiennes eut pour deuxième cause cette connexion étroite des diflérentes classes. Tandis qu’ailleurs la noblesse, le clergé, les bourgeois et les paysans étaient séparés par des barrières insurmontables, là seulement ils se confondaient et formaient le peuple des villes, qui devinrent les maîtresses de leurs destinées dès qu’elles purent se suffire à elles-mêmes.

Il n’est pas facile de discerner si c’est la richesse qui a été plus utile à la liberté ou celle-ci à celledà. Sans doute les villes qui furent libres les premières devinrent les plus riches, mais les plus riches restèrent plus longtemps en possession de la liberté. L’aspect opulent de Lucques, en 902, avait déjà frappé les yeux et éveillé la cupidité de Ludovic de Provence, qui la déclarait digne d’un roi. Or, Lucques apparaît avec Pavie sur le point le plus éloigné du plan que nous présente l’bistoire des communes indépendantes, au niveau des villes que la proximité de la mer conduisait à la prospérité par une voie plus large et plus

rapide. Telles furent Venise, dont l’empereur Henri III recberebait l’alliance en 1055; Gênes, qui déjà au onzième siècle avait pris la Corse, la Sardaigne et une ville espagnole aux Sarrasins; Pise qui, à l’époque de Lothaire II, jouissait d’une considération encore plus grande que ses rivales, Amalfi, Naples, Ancône. Plus tard, entre le douzième et le treizième siècle, toutes les villes de la Lombardie, de la Vénétie, de l’Emilie, du Piémont, de la Toscane et des vastes contrées qui s’étendent en-deçà et audelà du Phare avaient illustré leur nom et affirmé leur puissance. Milan soutient le poids le plus lourd de la grande guerre des Italiens contre Frédéric, et fait de ses cendres mêmes un rempart à l’indépendance nationale. Crème conquiert le droit de donner aux martyrs de la patrie le nom de bénis. Alexandrie, aux maisons couvertes de chaume, repousse victorieusement l’empereur et prélude au miracle des villes improvisées comme en élève aujourd’hui rAméri(|ue. Naples assiégée oppose une longue résistance à Roger, maître déjà des Deux-Siciles. Salerne, pivot de la puissance des Normands, inaugure sinon la première université, au moins la première école scientifique. Bologne, dont l’enseignement fut le lot légitime et reconnu par l’Europe, défait l’armée de Frédéric II et fait prisonnier son fils bien-aimé. Padoue, qui, de même que Bologne, fait mouvoir ses machines par la force hydraulique, envoie à l’armée d’Ezzelino douze mille soldats choisis parmi ses citoyens. Asti soutient, indomptable, de longs combats contre la Maison d’Anjou

dans la période de sa plus grande Ibrce, et Turin lullc contre les comtes de Savoie qui l’enserraient de tous côtés. Les proportions du sujet que je traite me Ibrcent à ne choisir que quelques-uns parmi les innombrables exemples qui s ’olfrent à ma mémoire et (jue me fourniraient les annales de la ville italienne aujourd’hui la plus humhle.

Combien, au douzième siècle, la population ne devaitelle pas être dense en Italie pour qu’elle pût tout à la fois, selon la juste remarque deTliistorien Gravina, mettre en campagne tant d’armées, expédier dans toutes les mers des flottes aux frais des villes, des princes et même

des particuliers, envoyer dans tous les pays des milliers de marchands de tout genre, cultiver à fond la terre pour en tirer les produits nécessaires à la consommation intérieure, exploiter une si grande variété de manufactures de soie, de laine, de cuirs, de verre et de cristaux, exercer les nobles métiers de l’orfèvrerie, de Tébénisterie cl des arts du dessin, toutes choses dont elle était presque seule à pourvoir l’Europe entière? Combien d’or ne devait-il pas refluer de cette dernière et de l’Orient dans la péninsule italique, devenue la banque générale justement parce qu’elle était le marché universel? Quelles richesses devaient en même temps s’y répandre et s’y accumuler! Ludovic Storza a Milan et un Medicis a Florence trouvèrent une assez grande quantité d argent.

celui-là pour salarier à la fois le roi do France et l’empereur, atin de les affaiblir 1 un pai 1 lUitic, celui-ci

j)our prêter deux cent mille écus d’or à Chailcs-Quint, possesseur des mines du Mexique et du Pérou.

Les discordes intestines et les fréquentes révolutions, non plus que les querelles et les guerres qui s’élevaient sans cesse entre une ville et l’autre, ne portèrent la moindi'c atteinte à leur grandeur. L’histoire de toutes est un tel tissu de conflits et de luttes que rarement les annales des nations les plus illustres rapportent un nombre aussi grand de faits remarquables que ceux qui remplissent les chroniques de la plupart des villes italiennes. Pavie et Milan, Padoue et Vérone, Bologne, Modène et Ferrare, ainsi que presque toutes les villes de la Lombardie, des Romagnes, de la Toscane et du Piémont, sortent presque toujours plus puissantes de leurs duels réitérés. Panne, au lendemain de sa guerre contre Plaisance, fut assez forte pour battre l’armée de Frédéric II, avec le secours de sa rivale qui lui avait envoyé deux mille hommes. Après la célèbre guerre de Chioggia, \ cuise, réduite à ses seules forces et avant relevé du serment de fidélité- les villes qui lui avaient été soumises, put soutenir à elle seule le choc de presque toute l’Europe coalisée contre elle à Cambrai, ainsi que l’a fait dans notre siècle l’Angleterre, cette Venise de l’Occident. Gênes, vaincue par ^ cuise et agitée sans trêve, comme autrefois Rome, }iar les nobles et par le peuple, eut néanmoins assez de force encore pour partager avec son émule les reliques de Byzance, pour mettre en déroute à Gaëte les escadres d’Alphonse b Magnanime et pour é(|uiper dans

SCS ports Vinvinciblc Armada de Philippe II. Brescia, loin d être épuisée par ses troubles intérieurs, dévora, sous ses murailles, la plus grande partie de l’armée de rcmpereur Henri YI. Florence enfin, pour ne citer que les exemples les plus connus, ne cessa de grandir au milieu des luttes des partis et des changements de gouvernement, dont aucun, suivant l’expression de Dante, ne durait plus de quinze jours.

Or, combien compte-t-on de villes détruites ou affaiblies par la rivalité des villes voisines? A peine quelquesunes. Et combien en est-il qu’ait anéanties la lutte des partis? Aucune. Mais, inversement, qu’on examine de

combien de misères et de ruines furent cause les Etals pour un grand nombre de cités considérables, quand le despotisme qui les avait formés les eût condensés en masses compactes!

Et cependant les Étals ou monarchies respectèrent assez longtemps les traditions des autonomies municipales, pour qu’on puisse affirmer hardiment que les vestiges en restèrent partout visibles jusque vers la fin du siècle dernier. C'est de l’étranger que vint toujours l’exemple ou le fait de la violence contre le génie national. Les Normands, et après eux les Angevins, détruisirent les franchises des barons et les libertés des villes du Midi; les

Espagnols introduisirent la solennité des formes monarchiques; les conquêtes de Napoléon, enfin, donnèrent naissance à la concentration, comme au plus sur des modes de domination. Amédée YIII, qui eut toutes les

ambitions, même celle de la papauté, refusa, en 1430, d’imposer aux pays nouvellement conquis en-deçà des Alpes un régime conforme à celui de ses anciens Etats; il laissa chaque ville libre de se gouverner avec ses propres lois. Les Visconli, les Sforza, les Medicis et les Papes tinrent la même conduite. Qui ne sait que, dans les Étals de l’Église, les villes conservaient encore, à la fin du siècle précédent, des franchises et des prérogatives particulières à chacune d’elles, et qui tenaient aux conditions ou aux circonstances diverses de leur annexion? Bavenne, Pérouse, Ascoli gardèrent longtemps les restes de leur ancienne souveraineté. Il n’en fut pas autrement des villes des duchés, des villes du royaume, de celles même annexées à l’empire d’Autriche.

Cependant, l’extension que prirent les nouveaux États et la discipline uniforme auxquelles les soumit la monarchie, furent accompagnées dans leurs progrès par la langueur croissante et le dépérissement de la vie nationale. Quel contraste entre les trois siècles qui suivirent et les trois siècles qui précédèrent le quinzième, lorsque les cours naissantes déployaient aux yeux de l’Europe éblouie tant de merveilles d’industrie, d’art, de littérature que seule la fécondité des villes libres et de l’émulation mul-

tiple avait lait germer, et que la condensation des Etats allaitai! contraire flétrir!

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