‹ Les lois du progrès [microform]Chapitre 22 sur 65 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La civilisation enropcenno, pi nr former la source commune (le vie on viennent puiser toutes les nations de l’imivers, s’est (jpjalement enrichie des (déments qu’elle a su tirer des régions situées aux extrémités opposées du Nord et du Midi. De môm^, pour imprimer aux plaiK’des dont il est le centre la toute-puissante impulsion (pii les fait tourbillonner autour de lui, le soleil semble leur emprunter une grande partie de scs forces. An seuil du moyen âge, dès que les grandes familles barbares semblèrent s’arrêter dans leurs évolutions et qu’un peu d’ordre s’établit dans la société renouvelée, les invasions normandes commencèrent partout. Ces invasions, au lieu de procéder par grandes masses et par tribus, à la mode germaine, fui’ent presque toujours elTectuées par de petits groupesd’hommes montés sur de frêles navires. On raconte qu’à la vue de ces hardis navigateurs, qui dt\jà traversaient la Méditerranée, Charlemagne versades larmes, présageant les coups qu’ils porteraient un jour aux peuples de l’empire fondé par lui.

Tant qu’il voyait l’eau s’étendre devant son esquif, tant qu’il sentait le sang abonder dans son cœur, le Scandinave allait, sans mesurer les distances, sans se soucier des obstacles. Abandonné à lui-même dans les contrées les plus lointaines, son courage seul le soutenait. A son mépris de la vie, le plus fier qu’ait jamais professé aucun peuple, il devait d’accomplir des prouesses qui tiennent du prodige et dont les chants des scalds remplissaient les échos de sa patrie. La mort l’effrayait moins que l’infamie. De là, en grande partie, ce sentiment moderne de l’honneur, si fécond et si puissant pour renverser l’obstacle, pour atteindre le but visé en excitant l’homme a surpasser l’elTort de son compagnon, à mériter la plus belle louange. Peut-être s’y glisse-t-il un germe d’envie, d’où naît l’habitude de la cruauté, mais ce sentiment n’en forme pas moins l’im des principaux caractères de 1 activité individuelle de l’ère nouvelle.

Au neuvième siècle, les Scandinaves, soi lis soit de la Norwège, soit de la Suède ou du Danemark, avaient déjà pénétré dans l’intérieur de la France; ils assiégeaient l’aris; ils prenaient Hambourg en Allemagne et descendaient au cœur même de l’Empire, à Aix-la-Chapelle; ils imposaient des tributs à l’Angleterre, ils envahissaient la Hollande et la Finlande, ils saccageaient l’Andalousie et poussaient leur course dévastatrice jusqu’au Bosphore. Durant deux cents ans, ils ne cessèrent de longer les cotes, de remonter le cours des fleuves des pays civilisés, nuée d’agresseurs que renouvelaient sans cesse leurs

îles natives, si fertiles en hommes qu’on leur avait donné le nom de vagina natiomim, et inépuisables en forêts pour construire des vaisseaux. Ils ne furent pas attirés seulement par les climats les plus doux et leur offrant un riche butin, mais aussi parles zones voisines du pôle, par l’Islande glacée, le Groenland et, à ce qu’on suppose, le Labrador de l’Amérique. Leurs découvertes et leurs conquêtes étaient toujours l’œuvre d’un petit nombre d’aventuriers. Avec une poignée d’hommes ils s’emparaient dévastés royaumes, en France de la Neustrie, que, de leur nom, ils appelèrent Normandie, en Italie des Deux- Siciles.

Le Danemark essaya longtemps de prévaloir sur les autres peuples Scandinaves, d’étendre ses conquêtes sur tout le Septentrion, mais il ne put jamais réaliser ses visées ambitieuses sans s’attirer des malheurs et provo- (luer des réactions qui le précipitèrent dans la décadence. Canut II en 1015, Valdemar en 120‘i et l’Union de Calmar en 1397 marquent les trois points lumineux de l’histoire danoise. A Canut dit le Grand, empereur du Nord, Charlemagne du Septentrion, presque sanctifié par son pèlerinage à Rome, roi du Danemark, de la Norwège, de l’Ecosse, de l’Angleterre, souverain universel des îles de la Baltique, succéda une période durant laquelle le Danemark, après avoir perdu l’Angleterre et d’autres possessions, fut contraint de subir la souveraineté des rois de Norwège. En proie aux incursions et aux dévastations des Slaves encore barbares, déchiré par les discordes in-

testines et opprimé par l’un des princes les plus perfides dont l’histoire ait gardé le souvenir, Suénon III, le Danemark dut attendre pour se relever que le peuple eût trouvé la force de s’insurger contre son oppresseur. Les deux premiers Valdemar se firent reconnaître rois des Vandales, ducs du JutlanJ, du Mecklembourg, du IIolstein, du Sleswig, seigneurs de Hambourg et de Lubeck; ils fondèrent Dantzig sur laVistule pour arrêter les Slaves, et fortifièrent le Sund pour régner sur la mer Baltique, à l’exclusion de toute autre nation. Mais a peine le titre de Victorieux, décerné à Valdemar H, eut-il sanctionné scs nouvelles conquêtes, que ce roi tomba misérablement entre les mains de l’un de ses vassaux, d’un comte de Schwerin : son armée fut battue dans le Ilolstein, il perdit les princi-

pautés allemandes, Lubeck reprit son indépendance, et Copenhague, sa nouvelle capitale, fut brûlée par la flotte des villes hanséatiques. Les guerres civiles qui tantôt effet et tantôt cause des calamités nationales les accompagnent toujours, ne tardèrent pas à éclater, provoquées par les princes et les évêques prétendant les uns au trône, les autres au gouvernement de l’État. L’indépendance de la nation fut menacée, et tandis que les Suédois subjuguaient une de ses provinces, la Scanie, Jarimar de Rügen, le roi d'une ile sauvage, s’emparait de presque toutes les aiCres au nom de l’Église outragée. L’invasion des Slaves barbares fut suivie par l’occupation bien autrement dangereuse des Allemands, sous Gérard de Bendsbourg, le vengeur du monarque légitime. Ce peuple vigoureux se re-

leva pourtant encore une fois, grâce aux l']lats rjui,par un acte viril, déposèrent Christophe II, « à cause, disait le décret, de l’intolérable abus qu’il avait lait de son autorité », et grâce au courage désespéré de quehpies provinces qui coururent aux armes pour chasser l’étranger, dont le clief tomba massacré dans le Jutland.

Un mariage (les mariages ont été un des ressorts habituels de la diplomatie royale) contribua surtout à restituer au Danemark sa prééminence sur les peuples Scandinaves, en les réunissant autour du trône de Marguerite de Valdemar. Mais cette union, qui fut d’abord accueillie

avec enthousiasme par des peuples que la guerre n’avait cessé jusqu’à ce jour de pousser les uns contre les autres ne put, quoique ressoudée à plusieurs reprises, se prolonger au-delà des limites d’un siècle. La réunion di's trois royaumes, qui semblait devoir étendre son autorité sur tout le Nord, se trouva, au contraire, privée delà force qu’avait possédée chacun d’eux séparément. Les successeurs de Marguerite de Valdemar furent impuissants à repousser les attaques des comtes du Ilolstein et de la présidence de 1 fambourg, que le Danemark, seul et isolé, avait plus d’une fois suffi à dompter. Les navires des confédérés allemands ravagèrent tes côtes de l’empire Scandinave et liattirent sa flotte devant le port de Stralsund. Rendu à lui-même et rentré dans ses anciennes frontières, le Danemark vit son étendue diminuée des provinces soustraites parla Suède ou par les princes allemands, la couronne nationale placée sur la tête de ses anciens vas-

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saux, les ducs du Ilolstein, l’aristocratie usurpant les droits des autres ordres sociaux, la monarchie s’imposant avec les allures d’un despotisme inconnu dans ces régions. Si le Danemark a pu, dans son domaine étroit, conserver la vigueur d’une nation forte, il ne faut l’attribuer qu’au caractère toujours puissant de sa constitution basée sur l’indépendance réciproque des provinces et des classes des citoyens.

La Suède, qui avait trois fois pris les armes pour rompre une union qu’elle sentait funeste à son existence individuelle, revendiqua définitivement son indépendance en 1530. Depuis cette date jusqu’au traité de Westphalie, il s’écoule à peine un siècle: eb bien! dans ce court espace de temps, la Suède s’élève, par ses seules forces, au rang d'arbitre de l’Europe. C’est par elle que l’empire d’Autriche et la monarchie espagnole perdent les grandes possessions qui, éloignées de leurs confins naturels, poussaient ces insupportables puissances à envabir les autres Etats; c’est par elle que l’Allemagne rétablit son équilibre intérieur, qui lui fournira de nouveaux éléments de force; c’est par elle enfin, par les victoires de ses armées, que le principe de la liberté de conscience reçoit sa consécration dans l’une des plus augustes assemblées des nations européennes, et que les dissensions religieuses cessent de devenir la cause ou le prétexte de guerres fratricides.

La période qui, au milieu de querelles intestines et au bruit des batailles vit éclore la vie nouvelle du peuple

suédois, doit être étudiée avec soin, si l’on veut discerner les causes de son extraordinaire vitalité. Gustave Wasa, proclamé le libérateur de la Suède, reprit et mena à bonne fin l’œuvre commencée avant lui par Engelbrechtson, par Eric Puke, par Charles Ganutson, par Svante Sture et par Sténon Sture, ces généraux, ces grands maréchaux, ces administrateurs de la nation, pour l’indépendance de laquelle tous ou presque tous versèrent leur sang. Le Sénat, qui était la commission permanente de la grande assemblée nationale, sanctionna la première révolte contre Eric V en 1434, et quatre-vingt-quatorze de ses membres payèrent de leur tête tombée sur l’échafaud la résistance opposée à Christiern II en 1 520. Les États, en 1448, rompirent l’union de la Scandinavie en élisant le premier roi national. Toutes les classes sociales rivalisèrent d’efforts et de sacrifices pour délivrer la Suède, hormis le clergé, qui, en se rangeant du côté du Danemark, réunit en un seul objet de haine populaire le catholicisme et l’oppression étrangère. La noblesse, même isolée et sans l’appui des autres ordres, servit parfois de bouclier aux libertés du pays, notamment l’an 1500, en opposant à Jean de Danemark, que les Suédois avaient une fois de plus reconnu pour leur roi, un refus formel de lui obéir, parce que, disait la déclaration des nobles, « les drapeaux de la Suède, au préjudice de son honneur, avaient été transportés à Copenhague. »

Cependant, de toutes les classes celle qui non seulement fut le principal soutien, mais l’àme infatigable de l’indé-

pendance suédoise, c’est la classe des paysans. Exemple unique parmi les nations anciennes et modernes jusqu’à notre siècle, la Suède seule osa faire entrer dans ses assemblées nationales, avec voix délibérative, les habitants des villages, soit que le régime féodal n’eût pas réussi dans celte contrée à renfermer la terre dans son étau de fer, soit que l’agriculteur eût trouvé le moyen de s’y émanciper, en prenant, par emphyléose ou par des privilèges coloniaux, presque l’aspect de propriétaire. iVueun doute ii’esl possible sur l’existence politique de cet ordre, reconnu pour le quatrième état de la Suède par l’acte de rUnion de Calmar, et expressément distingué des bourgeois, qui formaient le tiers étal, dans le traité conclu par àVasa, en 1523, avec la ville de Lubeck. Partie intégrante et légale de la patrie, les paysans la défendirent avec la mâle vigueur que développe leur condition, avec la force du sentiment élevé qui les animait. Ils furent les premiers à arborer l’étendard de l’insurrection, à fournir, pour abattre la monarchie danoise, des armes à Engelbrechtson et à Gustave Wasa. C’est dans les montagnes de la Dalécarlie, à Mora, siège de l’assemblée des villages de cette i)rovince, que le grand Gustave reçut des jeunes £iens, avec l’assentiment des vieillards, le serment de

vaincre ou de mourir à ses côtés pour le salut de la nation. Faut-il, après cela, s’émerveiller que, de ces campagnes aauerries et exaltées par i’amour de la patrie, Gustave- Adolphe ait pu tirer les valeureux soldats qui devaient battre les armées impériales, commandées par les Tilly

et les \\ allcnslein? Et n’esl-il pas aussi naturel que Charles XII, se voyant à la tète de pareils guerriers, ait cru (jue le métier de roi consistait exclusivement à livrer des batailles? A moins qu’il n’eût en effet conçu le projet, ([ue lui attribuent un petit nombre d’historiens, de refouler dans ses steppes la naissante Russie.

Pendant un siècle environ, tout ce que la terre féconde de la Suède pouvait produire d’héroïsme militaire, elle le produisit, sans pour cela rassasier l’ambition de ses rois toujours plus avides de gloire et de puissance. Après la bataille de Pultava, il ne lui restait guère plus que de faibles garnisons qui aimaient mieux périr que rendre les forteresses. Cependant, au lieu du Sénat qui, euvironné de l’affection du pays et de l’estime de l’Europe, gouvernait l’État à la mort de Gustave-Adolphe, un monarque était monté sur le trône qui condamnait au supplice le gentilhomme coupable d’avoir osé lui présenter, au nom de la noblesse, une réclamation modeste, bien que ferme. On entretenait l’hostilité entre les classes pour accroître l’autorité royale, qui, affranchie ainsi de tout contrepoids, put recourir, sous Charles X et Charles XI, à la mesure déloyale de frustrer les créanciers de l’État et de prescrire les impôts les plus exagérés.

On substitua aux assemblées des États les diètes extraordinaires (lui, plus dociles, déférèrent à la couronne, sous b rédéric I" et Frédéric II, la faculté de nommer des juges exceptionnels et « de faire, de défaire et de transgresser les lois pour le bien public », suivant le vœu émis par

un de ces parlements serviles. Malgré cela, le germe des anciennes institutions ne fut pas détruit, le principe de la représentation nationale ayant pour base la liberté des élections survécut, et la Suède ne périt pas : elle reprit même dans le Nord, appuyée sur la hère Nonvège — sa compagne et non sa sujette — la prépondérance que lui assure encore une fois son organisation riche en classifications et en variétés, pareille à celle de la nature si bien décrite par Linné, son glorieux enfant.

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