DE L’ANGLETERRE
Les Mexicains érigeaient chaque année au plus grand de leurs dieux une statue composée de toutes les graines que produisait leur sol fertile. Semblable à cette statue, le faisceau des institutions qui régissent l’Angleterre a été formé par les événements qui se sont succédé dans le cours de sa longue histoire. Depuis l’heptarchie saxonne, qui se fonda dans le pays déjà occupé par les Romains, jusqu'aux réformes que la Grande-Bretagne emprunta, en 1832, au continent, rien de ce que la vicissitude des temps y a fait naître ne s’y est jamais perdu.
Les circonscriptions intérieures chargées du soin de se surveiller elles-mêmes, qu’Alfred le Grand ou ses prédécesseurs instituèrent, afin que l’Angleterre se défendît mieux contre les invasions Scandinaves et germaniques sans cesse renaissantes, ces circonscriptions subsistent encore, à peu près telles qu’elles étaient lors de leur institution. L’esprit du régime féodal, importé par la conquête normande, s’est perpétué dans les privilèges de la terre, de la Chambre héréditaire et des classes qui
interviennent dans les élections de la Chambre des communes. Il n’y a pas longtemps que deux cent quatrevingt-trois grands propriétaires élisaient quatre cent quatre-vingt-sept députés, tandis que les villes, les universités et les petits propriétaires des comtés n’en élisaient, tous ensemble, que seulement cent soixante et onze. Le code commencé par Edouard le Confesseur est resté ouvert, à travers les siècles, afin d’y comprendre même les lois promulguées de nos jours, et dont l’interprète suprême est l’usage, ou, pour dire mieux, le progrès des temps. Les prérogatives de la ville de Londres, qui équivalent à celles d’un souverain, avec la préséance accordée au premier magistrat de la métropole sur les princes du sang, se conservent dans leur intégrité telles que les octroyèrent les chartes, dont la première date de 1041 . Le papisme, tant exécré, qui dans aucun autre pays ne déploya une aussi grande influence que dans celui-ci, dont il percevait, à titre de haute souveraineté, un tribut sous le nom de denier de Saint-Pierre, le papisme même revit et se reflète dans la constitution de l’Église anglicane. Dans l’habitude chère à tout Anglais d’accourir partout où l’on prêche les préceptes de n’importe quelle communion religieuse, se révèle encore aujourd’hui, quoique affaiblie par le temps, la passion pour les controverses théologiques qui soutint jadis l’abbé Dusson et ses bénédictins contre le clergé régulier, puis Wiclef et les Lollards contre le clergé catholique, et qui finit par mettre à feu et à sang les trois royaumes pour
les épiscopaux, les presbytériens, les puritains, les indépendants, les niveleurs, les millénaires et je ne sais combien d’autres sectes. Il n’y a pas jusqu’au fléau du paupérisme, dont la société la plus opulente peut-être de l’Europe reste embarrassée, qui ne soit le témoin de la révolution agraire, à laquelle donna lieu, au commencement du seizième siècle, la transformation des terres labourables en pâturages. Un orateur s’écriait alors devant la cour d’Édouard VI : « Là où s’élevait naguère un village populeux, on ne trouve plus qu’un pâtre et son chien! »
Si rien ne se perd dans les Iles-Britanniques, tout ce qu’on y sème y prospère et s’améliore. Les Danois et les Normands communiquèrent aux Anglais leur ardeur pour les longues navigations et leur aptitude à fonder de grandes colonies. Les dynasties des Plantagenets et des Stuarts les initièrent â l’élégance des modes de France, que les mœurs sévères de la réforme religieuse transformèrent depuis en tenue correcte, et à l’esprit chevaleresque que les habitudes du commerce transformèrent à leur tour en l’un des traits distinctifs de ce peuple : la loiialfij. De même, les lettres et les sciences, empruntées â l’Italie, suscitèrent parmi eux le génie des deux Bacon, de Shakespeare et de Newton. Les Tudor — la seule dynastie indigne qu’ait eue peut-être l’Angleterre et la plus despotique, à cause des formes légales dont elle eut soin d’envelopper ses excès — contribuèrent, eux aussi, à faire pénétrer dans les populations le respect de la loi, devenu
chez elles si général et si profond. Enfin, les succès alternatifs des guerres civiles entre les Lancastre et les York, ainsi que les vicissitudes des réactions protestantes et catholiques, qui remplirent le seizième et le dix-septième siècle, achevèrent de former le caractère anglais en développant ce sens pratique qui naît du besoin de s’accommoder, suivant les circonstances, à un nouvel ordre de choses. Aussi, le registre de la vie de cette nation ne semble renfermer qu’une seule partie : V avoir.
Accumulant ainsi les progrès de toute sorte successivement enfantés par son continuel développement historique, l’Angleterre parvint â bâtir un édifice politique, où, malgré la monarchie, la nation se trouve investie de sa propre puissance, où, malgré les privilèges de certaines classes, l’opinion publique domine en souveraine. Au sommet comme a la base, 1 administration du pajs est soumise au syndicat de cette opinion, et, suivant l’axiome inscrit dans le préambule des droits électifs de l’an 1303 : < Ce qui est de l’intérêt de tous doit être par tous
approuvé. »
Bien que le Parlement semble être la plus éminente des institutions anglaises, il na pas cependant, a lui seul, assuré la conquête des libertés publiques ni, à lui seul, élargi le champ du progrès. Le régime indépendant des comtés, des bourgs municipaux, des paroisses et des autres communautés, a également concouru à celle œuvre. Quand l’Assemblée, qui représente l’Etat à son plus haut degré, prend en mains la gestion de
la chose publique, le travail de cette gestion se trouve déjà à demi accompli par les corps actifs et autonomes qui composent l’État, la mesure des intérêts populaires est déjà établie et les vœux du pays sont déjà formulés.
Si les autres nations ne réussirent guère dans leurs tentatives pour s’approprier l’admirable organisation anglaise, c’est qu’elles purent en imiter le système parlementaire, mais non le régime de goiivernertient intérieur particulier aux villes et aux provinces, où le Parlement puise la force qui lui permet de lutter contre les excès du pouvoir royal, et les lumières nécessaires pour la représentation adéquate de l’esprit du pays.
Tous les résultats qu’on peut recueillir d’une institution, l’Angleterre a su les obtenir de son Parlement. L’Assemblée qui, appelée la scKje pendant l’ère anglosaxonne, formait le lien fédéral entre les Etats souverains, devint, sous les princes normands, un lien féodal et prit le nom de Conseil commun, dans lequel ne siégeaient que des prélats ou des seigneurs, car la Magna Cliarla du roi Jean ne fut autre chose que la réglementation de la féodalité. C’est néanmoins depuis la défaite de ce même roi et sa déposition par les barons, qui s’étaient constitués « les gardiens des libertés », et qui avaient pris à leur solde l’armée dite de Dieu et de la sainte Eglise,
que la représentation nationale revêtit le c<
iractère qu’elle
a conservé jusqu’à nos jours et qu’elle devint le frein de
l’autorité royale. Si les nobles et les prélats purent.
en 1215, se défendre avec leurs propres forces, ils durent, cinquante ans plus tard, s’allier aux villes pour résister aux
^ nouvelles usurpations de Henri III, et le Conseil commun,
I s’élargissant afin de donner accès aux députés bourgeois,
prit enfin le titre de Parlement. Les barons, plus nom- I , breux en Angleterre qu’ailleurs, y étaient aussi moins
forts, et les princes du sang, qui auraient pu acquérir ' une puissance redoutable, s’exterminèrent entre eux :
plus de quatre-vingts périrent durant les longues guerres des Deux Roses. Telles sont les causes de l’alliance forcée de la noblesse avec le peuple contre le trône d’Angleterre.
1 De leur côté, les rois fortifièrent les prérogatives des
communes à l’effet de contre-balancer le pouvoir des nobles, et, en J 303, époque mémorable pour la Chambre des communes, Édouard I" lui reconnut solennellement le droit de voter les impôts. Les guerres du pays de Galles, d’Écosse, puis de France, augmentèrent les concessions faites par le roi au Parlement, afin d’en obtenir de nouveaux et plus importants subsides ; l’ambition même du monarque contribua, à son tour, à la liberté de la nation. Édouard II accorda le droit de pétition, et Édouard III la responsabilité des ministres.
Ce n’est pas que les princes anglais se fissent scrupule de violer les prérogatives octroyées ; mais le Par- ^ lement possédait assez de force pour en imposer le res-
pect. L’historien Hume, à propos d’un roi qui avait dû ratifier vingt fois ces prérogatives, remarque qu’il avait
dû les léser un nombre égal de lois. Le quatorzième siècle, rempli déjà par les victoires du Parlement, s’achève par une nouvelle et irréfragable preuve de sa puissance :
la déposition de Richard IL Les Communes s’associèrent cette fois aux barons dans l’exercice de la souveraineté la plus haute, et ne tardèrent pas, sous le règne des Lancastre et des York, à s’emparer du gouvernement jusqu’à se tlxire rendre compte de l’emploi des subsides et à changer, non seulement les ministres, mais le confesseur même de Henri IV. Le protocole parlementaire de l’an 1 482 porte la formule : « Accordé par le roi et par les lords, avec le consentement des communes. ».
La dynastie des Tudor marque l’âge de servitude du Parlement : quand elle ne le condamne pas à l’absence, elle le force à la soumission. Sa tâche se borne à pourvoir de victimes le lit conjugal de Henri VIII, toujours alfamé de nouveau sang, et à satisfaire l’esprit jaloux et vindicatif de la reine Élisabeth. On invente alors les subsides bénévoles; on crée la Chambre étoilée; on vote la loi martiale et l’on copie, au préjudice des catholiques, l’inquisition espagnole.
Ce furent les Stuarts qui expièrent le despotisme des Tudor : Charles I", de son propre sang, Jacques II et sa postérité, de leur trône. Autant il avait été rabaissé, autant le Parlement se releva sur les ruines du pouvoir royal, dans les deux périodes qui se succédèrent, l’une d’indépendance spirituelle, l’autre d’indépendance politique. En effet, Charles P'' tomba pour avoir arbitraire-
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ment décrété le culte épiscopal, plutôt que pour a^oil violé les privilèges du Parlement. L’assemblée fit la guerre au monarque; mais le soldat qui chantait les
psaumes sacrés hérita de la couronne.
Ce n’est pas la république, mais une ère biblique, qui
suivit le meurtre du roi. La tyrannie spirituelle n en avait pas moins entraîné dans l’abîme la tyrannie politique. En 1688, le Parlement accomplit ses destinées en détrônant la lignée des anciens rois et en stipulant avec la nouvelle dynastie de Nassau un nouveau contrat national, au maintien duquel il a veillé et veille incessamment.
Toute la politique d’Angleterre fut l’œuvre des deux Chambres, et surtout de la Chambre des communes, à qui reviennent aussi bien le mérite des grandes entieprises accomplies que la responsabilité des grandes eireurs commises par la nation. C’est au Parlement qu il faut attribuer les guerres magnanimes soutenues contre Louis XIV et Napoléon I", contre l’infâme traite des noirs et l’insolent droit de visite ; la justice enfin rendue à l’Écosse et la persécution jamais assez amendée de l’Irlande; la supériorité irrévocablement acquise sur mer et la perte des colonies des États-Unis ; le modèle des procédures pour les délits politiques et 1 excitation a la corruption électorale; l’exemple, que l’Europe n’a pas imité, de l’absence d’une armée permanente, et aussi l’exemple, trop suivi celui-là par les autres pays, de la monstrueuse dette publique. C’est bien à lui enfin qu’est
dû le mécanisme des deux partis, les Tories et les
Whigs, qui alternent au pouvoir pour assurer l’influence de la nation à l’étranger ou pour développer à l’intérieur
les réformes nécessaires; et tel est le patriotisme ou telle l’habileté des deux partis qu’il est [rare que l’un d’eux ait voulu arriver au gouvernement avant que l’opportunité de sa mission fût manifeste aux yeux de
tous.
Si, toutefois, le Parlement a atteint un si haut degré de splendeur et s’il a si efficacement contribué à la prospérité de l’Angleterre, c’est parce qu’il n’a jamais cessé de représenter la nation dans tous ses éléments constitutifs et cpTil ne s’est servi, dans l’exercice du gouvernement, que des pouvoirs absolument indispensables à l’accomplissement de sa mission. Au-dessous et autour de lui, la vie circule partout libre et sans entraves : les j)rovinces, les villes, toutes les entités civiles et sociales pourvoient d’elles-mêmes à leur propre conservation et à leur développement.
Certes, entre les différentes classes qui prennent part à la gestion de l’État, il existe une inégalité humiliante pour e peuple anglais ; mais on rencontre rarement ailleurs
’égalité qui existe là entre les plus intéressés, c’est-à-dire es contribuables, pour la participation à l’administration )ublique de chaque centre. Or, l’Angleterre a ceci de )articulier que tout groupe d’individus, formé sponlalément ou réuni pour un but déterminé, crée un pouvoir (ui se perpétue et demeure tout-puissant dans la splière
OÙ il se meut. C’est de ces êtres, complets en eux-mêmes et distincts entre eux, que dérive la puissante vitalité des peuples de la Grande-Bretagne.
L’alliance des nobles et des bourgeois, grâce à laquelle put se fonder la liberté anglaise, repose encore sur ses bases premières et conserve encore ses forces respectives : les comtés et les bourgs municipaux. Les comtés, grandes agglomérations rurales, affectent des formes aristocratiques, tandis que les populations des villes, affranchies dès le treizième siècle et égalées aux barons, gardent un régime presque démocratique. Mais, chez les unes comme chez les autres, de nombreuses assemblées délibèrent et administrent, sans que l’intervention de l’État dépasse jamais, en n’importe quelle branche des services publics, les bornes de la surveillance. Les paroisses, ces cellules constitutives de la vie morale de l’Angleterre, jouissent d’une plus grande indépendance encore dans l’administration du culte, de l’instruction publique et de la bienfaisance. Il est vrai qu’il s’est révélé de nos jours une tendance à soumettre indirectement à l’État et à centraliser quelqiies branches de l’administration publique, comme on le voit dans la loi de 1870 concernant les écoles primaires et professionnelles et les réunions des paroisses, ainsi que dans la Commission centrale créée à Londres en 1830 pour l’assistance des pauvres. Cette dernière, la plus étendue peut-être des administrations publiques, comprend la reconnaissance légale du droit du pauvre sur la société, doctrine qui remonte au seizième siècle, et
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que prolcssc l’Angleterre en dépit des protestations de presque tous les économistes anglais.
Aucune échelle hiérarchique, ni aucune symétrie de proportions ne règlent les rapports des circonscriptions, qui diffèrent entre elles par le nombre des habitants comme par le mode du régime et que rien ne relie Tune à l’autre. Le comté d’York, par exemple, contient une population de 2 millions d’àmes, tandis que celui de Rutland n’en compte guère que 23 000. Parmi les comtés, les palatins se distinguent des autres par une administration particulière, et quelques-uns se subdivisent, à leur tour, en d’autres corps provinciaux ayant un budget spécial. Les cent soixante-quinze bourgs municipaux, tels qu’ils lurent reconnus par la loi de 1835, conservent encore intactes les divisions sociales de leurs origines historiques et ne se ressemblent guère davantage. Même les plus petites localités, les liberties extraparochials, et les autres que les récentes lois de 1858 et 1860 autorisent à subsister telles qu’elles étaient, ou en se groupant ensemble, maintiennent toujours les institutions grâce auxquelles elles se sont développées.
Alimentées par une aussi large liberté, non seulement les villes ont atteint un très haut degré de splendeur et de prospérité, mais les associations particulières se sont élevées à une puissance inconnue sur tout le continent, et non pas d’hier, mais dès l’époque où le royaume d’Angleterre renfermait à peine plus de 4 millions d’habitants. Tandis que la reine Élisabeth ne jouissait que d’un revenu
de 600 000 livres sterling, les villes commerçantes lui lournirent quatre-vingts vaisseaux pour résister à l’agression de Philippe II, et de simples navigateurs dépossédèrent l’Espagne de ses colonies. Le dix-septième siècle vit s’établir les Compagnies qui devaient dominer 60 millions d’àmes dans les Indes et monopoliser le commerce de l’Amérique. Un négociant faisait bâtir de ses deniers la Bourse de Londres, et Londres, détruite par un incendie, se reconstruisait en trois ans. D’autres particuliers élevaient des hospices, des écoles, des établissements scientifiques et philanthropiques de tout genre. L’école de Winchester, fondation privée, rapporte actuellement cnn rlippptpiir In somme de 100000 livres. Les fonds
de secours pour les indigents, fournis et administrés par des particuliers, dépassent 200 millions par an. Il n’y a rien de plus ordinaire que de trouver, dans toute entreprise industrielle du monde, une part de capitaux anglais; comme il n’y a rien de plus rare que de rencontrer, dans un centre de population de la Grande-Bretagne, un
agent du gouvernement.
La grandeur de cette nation est devenue l’un des instru-
ments les plus merveilleux du progrès européen. C’est elle qui a poussé à la résistance contre la politique d’envahissement de Philippe II, de Louis XIV et de Napoléon I". Et tandis que, sur le continent, elle se constituait le principal élément conservateur de l’équilibre des puissances, elle fondait, en Asie et en Amérique, des empires et des colonies qui enrichissaient le patrimoine de l’Europe. Si, au
contraire, elle avait étendu ses conquêtes sur le continent européen, quels affreux désordres n’aurait-elle pas causés, sa nature exceptionnelle ne lui permettant de rien s’assimiler! Il semble que le peuple anglais l’ait en quelque sorte pressenti, quand il refusait des subsides à Richard II et à Henri IV qui guerroyaient en France, de crainte qu’ils ne s’emparassent de la couronne de ces pays, et quand il empêchait Élisabeth d’épouser un prince français.
En elfet, l’Angleterre a pu mesurer, par les désastres (pii l’ont frappée à certaines époques et par les temps d’arrêt qu’a subis sa prospérité, les degrés qu’il lui était permis de monter sur l’échelle de la puissance. Les Plantagenets et les Lancastre s’étaient rendus maîtres d’une grande partie de la France : ils avaient proclamé régent de ce royaume leur Henri V et s’étaient avancés audelà des Pyrénées. Mais leurs conquêtes ressuscitèrent le sentiment national des Français, et elles eurent pour conséquence trente années de guerre civile et d’anarchie à l’intérieur. A la grandeur d’Élisabeth et de Cromwell succéda la faiblesse des Stuarts. La France et l’Espagne imposèrent à Charles P' une paix moins qu’honorable; Charles II vit, des bords de la Tamise, une flotte hollandaise menacer Londres; et deux grandes révolutions éclatèrent le lendemain de deux ères de gloire.
Le dix-huitième siècle enfin s’étoila des victoires remportées par l’xVngleterre sur tous les chamjis de bataille et sur toutes les mers. L’Espagne et la France furent di-
milluées, le Portugal subjugué, et la Hollande, son émule, abattue. Et cependant, ce siècle, si glorieux pour le peuple ' anglais, s’acheva par une effroyable insurrection dans les
Indes, par l’émancipation des colonies qui devinrent les Etats-Unis, et par une guerre terrible qui faillit ranger en bataille, contre lui, une grande partie de l’Europe. La haine des principes révolutionnaires de la France et de l’ambition effrénée de Napoléon put seule détourner la colère des nations, surtout de celles du Nord, que l’excessive prépondérance de la Grande-Bretagne avait soulevées contre elle.