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MUTUALITÉ DU PROGRÈS MORAL

Ce qui a été énoncé dans le chapitre précédent n’afîaiblit aucunement la vérité de cet autre fait général, à savoir que le progrès, soit d’une synthèse scientifique, soit d’une forme de la vie sociale, soit d’une industrie, contribue en même temps au progrès de tous les autres ordres de connaissances. Nous voyons aujourd’hui, par exemple, la Prusse, la plus récente des régions de l’Europe centrale qui soit entrée dans la haute assemblée des nations civilisées, exercer, pour l’instant au moins, une dictature incontestée sur la plupart des peuples, grâce à son évidente supériorité militaire et au développement de tous les genres d’études, tout aussi évident chez elle.

Le même spectacle nous est offert par l’Angleterre depuis un plus long espace de temps. Si elle a si démesurément agrandi sa puissance maritime, elle le doit à la fondation successive de ses écoles scientifiques et à l’apparition, non interrompue, chez ce grand peuple, d’écrivains du premier ordre. La navigation, le commerce, le régime des grandes colonies, non moins que l’art de la

guerre, exigent aujourd’hui, dans l’ensemble comme dans le détail, depuis les chefs jusqu’aux derniers subalternes, des connaissances compliquées et profondes.

Le secours mutuel que se prêtent la science, l’industrie et les différentes branches des sciences entre elles est encore plus visible. Lorsque, dans celles-ci, les découvertes de l’une sont utilisées par toutes les autres, il arrive, comme à l’époque actuelle, que le niveau général s’élève. De nos jours, outre les mathématiques et la mécanique, la chimie et même la photographie, qui en dérive, concourent au progrès de l’astronomie. Outre les notions chaque jour plus nombreuses et plus importantes de la chimie, outre celles de la botanique, l’étude anatomique comparée de tous les êtres du règne animal, 1 étude spéciale des tissus et la physiologie viennent en aide a la médecine. Les lois économiques se rattachent au principe du droit, les dogmes des théologies accompagnent les recherches historiques, et l’histoire, à son tour, ne peut se séparer des recherches géologiques.

L’échange qui existe entre les sciences et l’industrie n’est pas moins bienfaisant. La physique met continuellement à la disposition de toutes les industries de nouvelles forces de la nature avec de nouveaux aspects, de nouvelles formes et de nouvelles adaptations, en les appropriant aux champs, aux usines, aux laboratoires, aux voies publiques, aux théâtres, à tous les besoins de l’existence déjà large et qui s’élargit encore chaque jour davantage.

La chimie contribue à la culture de la terre et aux

manufactures si variées; elle suggère des méthodes pour l’élasticité des tissus de fds et des cuirs; elle fournit la composition de couleurs ignorées dans le passé; elle préside à l’alliage et à la malléabilité des métaux. La botanique, la géologie, la zoologie et la minéralogie préparent de nouvelles substances et de nouveaux aliments. L’astronomie et la météorologie président à la navigation. La géographie guide le commerce ; de son côté, le commerce aide la géographie, en la précédant dans ses explorations, comme il est arrivé depuis Marco Polo, Jean et Sébastien Cabot, depuis les Zeni jusqu’aux hardis voyageurs de notre temps, qui cherchent autour des pôles les mystérieuses communications et les voies non moins mystérieuses des grands continents de l’Afrique et de l’Asie.

On peut donc conclure que la succession du progrès, qui est constituée par l’inégalité, s’opère encore nécessairement par la mutualité. La relation des différentes branches du progrès entre elles correspond à la relation qui existe entre tous les phénomènes de la nature.

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