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DE L’ÉGYPTE

L’Égypte, quelle ait d’abord été conquise et policée par les Éthiopiens, les Nubiens ou même les Indo-Asiatiques, se trouve divisée en nomes ou États indépendants jusqu’à l’époque où les peuplades, connues sous le nom de (( Pasteurs », furent expulsées de Memphis et du

Delta.

Par suite de la nouveauté des recherches sur une aussi haute antiquité et en l’absence de données positives, nous sommes obligés d’y appliquer un critérium conjectural tiré des traits les plus caractéristiques de ces peuples et de leurs évolutions principales, sur lesquelles il n’existe plus d’incertitude. Or, les notions que nous fournissent les listes chronologiques de Manéthon et les découvertes (jui se poursuivent de nos jours prouvent surabondamment qu’avant la monarchie unique, existaient déjà, indépendants ou confédérés entre eux, Thebes, Panis, Éléphantine, Tys, Memphis, Mendès, Xoïs, Iléliopolis et d’autres États encore, sans y joindre ceux qui se fondèrent peut-être à une époque postérieure, comme

Bubaste, ou qui étaient encore au pouvoir des étrangers, comme Avaris et Péluse.

Quelle autre induction, en effet, pourrait-on tirer de l’existence des dix-sept dynasties, de Ménès à Mœris, si ce n’est que ces dynasties régnaient simultanément? Les différentes dénominations empruntées aux États d’où elles sortaient ne laissent aucun doute à cet égard. Si l’on n’adopte pas cette explication, les trois cent trente-trois rois que l’on y compte en huit cents ans n’auraient donc régné chacun que deux ans et demi. On peut appliquer le même calcul aux cent quarante rois qui se succèdent depuis Sésostris jusqu’à la nouvelle domination des Éthiopiens. Le lac Mœris était déjà agrandi, les travaux prodigieux du Nil achevés, les palais de Louqsor, les temples de Karnac, les colosses de Kuna élevés, ainsi que les pyramides de Dahschour et de Sakkarah, les arts, l’industrie et le commerce portés à un degré de perfection auquel il a été donné à peu de peuples d’atteindre, l’indépendance nationale conquise et affermie, les Éthiopiens refoulés au sud et les Pélasges ou Arabes dans les basses régions. Cependant, le grand Rhamsès ou Sésostris, c’est-à-dire la monarchie uni(pie et conquérante, n’avait pas encore paru.

A Abydos, que Strabon appelle la seconde ville de la Thébaïde, parmi les ruines des temples et des palais — le palais de Memnon ou le temple d’Osiris qui sont aujourd’hui l’une des merveilles de l’Égypte — Mariette-Rey, outre les tables chronologiques qui serviront à refaire pro-

bablement l’histoire de cette contrée, en a découvert une où Ménephtha, père de Rhamsès II (que celui-ci soit ou non le grand Sésostris), est représenté faisant une offrande à soixante-seize rois et à cent trente nomes. Ces derniers sont personnifiés, dans les caractères graphiques, par des figures pareilles à celles des rois. Un rapport d’égalité les relie : rois et cités sont placés au même rang. Un tel hom-

mage rendu par un pharaon aux villes ou Etats, qu’est-ce autre chose que la reconnaissance de leur souveraineté, ou, tout au moins, d’une condition autonomique qui s’en rapproche?

Hérodote nomme six villes, Bubaste, Busiris, Sais, Iléliopolis, Buto et Paprémis, où se célébraient périodiquement les grandes fêtes nationales, auxquelles on accourait de toutes les parties de l’Égypte. Nous voyons le même fait se reproduire aujourd’hui en Suisse, comme il se reproduisait autrefois en Grèce et dans l’ancienne Italie ; mais l’a-t-on jamais vu dans les pays submergés par les grands empires? La religion elle-même, qui a été partout le lien national et j’allais presque dire le drapeau, pour lequel les peuples se sont crus obligés à combattre, admettait des différences de culte entre les nomes qu’elles servaient à distinguer. Chacun avait son animal sacré. Le crocodile, qu’on mangeait à Thèbes, était vénéré à Éléphantine; riiippopotame avait un autel à Paprémis, tandis que partout ailleurs il inspirait l’iiorreur et le dégoût.

La pluralité des Etats appartint d’une manière si parliculièreà l’Egypte que leur nombre et leur groupement va-

rient selon les époques et les régions. La table d’Abydos en compte cent trente, la légende de Sésostris en cite trentesix ; au dire d’Hérodote, ils n’étaient que douze, portés dans la suite par les Grecs à quarante ou à vingt-sept, suivant ce que raconte Strabon. Ils se rassemblent par régions, qui prennent leur dénomination de leur situation par rapport au Delta, ou par rapport à la haute, basse ou moyenne Égypte, et forment des groupes tantôt de sept, tantôt de six, tantôt de dix ou de cinq, soit séparés, soit réunis, mais toujours distincts l’un de l’autre.

Il n’en pouvait être différemment sur une terre qui naissait par miracle de son fleuve et qui, née à peine, s’étendait déjà riche et florissante, comme une table dressée sous les yeux avides des races d’alentour, noires, rouges ou blanches, car l’on retrouve en Égypte, gravés sur les monuments, tous les types humains.

Dans un tel pays, et avec de pareils précédents, la monarchie unique, personnifiée en Sésostris, ne pouvait avoir le caractère absolu et absorbant que d’ordinaire on attribue aux grandes monarchies. Quoi ([u’il en soit, elle puisa ses forces dans la diversité d’impulsions qui lui avait donné naissance et dans la multiplicité des centres sur lesquels elle reposait. C’est dans cette double source qu’elle dut se retremper de nouveau, après les invasions réitérées au sud et au nord, (jue provoquèrent ses conquêtes, et après l’anarchie dont nous parlent les

historiens grecs, c’est-à-dire l’insurrection générale contre

du labyrinthe, que celui-ci ait été le séjour des douze chefs des provinces ou bien le siège de la diète égyptienne.

Une seconde fois, la grande monarchie brilla de sa splendeur fatale sur le trône de Néchaô, et une seconde fois elle s’éteignit dans les misères de la nation, en s’attirant la haine des peuples voisins, la guerre des Cyrénéens, entre autres, et enfin la dure conquête des Perses.

A ceux-ci succédèrent les Grecs, les Romains, les Arabes, les Turcs, et l’Égypte perdit pour toujours son indépendance pour avoir perdu le secret de sa force, qui résidait dans la multiplicité des foyers de puissance initiatrice.

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