DES MÈDES ET DES PERSES
Les premières origines des peuples d’où est sortie la monarchie médo-perse n’ont pas dû être bien différentes de celles de l’Égypte. Seulement, nous découvrons ici, pour la première fois, l’élément féodal, produit moitié par les conquêtes plus fréquentes, moitié par la révolution plus radicale contre les prêtres, dont la suprématie passa immédiatement aux chefs des tribus. Cela est attesté par la magophonie, ou fête commémorative du grand changement des institutions sociales, que les Satrapes ont eu intérêt à perpétuer comme le titre originel du pouvoir conféré à leur caste.
La Perse, au dire de tous les historiens, n’était qu’un petit pays voisin de la Médie. On la reconnaît aujourd’hui dans la Mingrélie et la Gourie, où l’on compte à peine cinquante mille habitants. Du reste, ni la Chaldée, ni l’xVssyrie, ni la Susiane et les autres contrées limitrophes des deux premières ne la dépassaient en extension de territoire. Or, elles se faisaient toutes la guerre entre elles, formant les unes avec les autres des ligues en
sens divers, et se partageant en royaumes différents après chaque paix ou trêve, après chaque victoire. Ni la magnificence des richesses, ni la gloire des ai ts ne manquaient à aucune d’elles. Le luxe des cours de Sardanapale et d’Astyage est resté légendaire, et l’admiration qu’excitaient leurs capitales s est perpétuée dans la mémoire des hommes. De même que Ninive avait succombé sous la ligue des Mèdes avec les Babyloniens, de même Babylone fut vaincue par la fédération des Mèdes avec les
Perses, d’où est sortie plus tard la grande monarchie.
L’empire de Cyrus, qui devait devenir le type des monarchies les plus centralisées, commença par être et fut longtemps une réunion de peuples distincts. L inscription du bas-relief de Bisoutoun, commentée par Rawlinson, décerne à Darius le titre de voi des vois, dont le sens, en écriture cunéiforme, est littéral et non pas amplificatit.
Comment concilier, en effet, le caractère absolu de la
monarchie avec la nomination elective du monaïque, telle qu’on la trouve pratiquée dans 1 histoire des Perses et des Mèdes? Darius, en Perse, ne fut-il pas élu concurremment avec les principaux barons de l’empire? Et ce n’est pas autrement que se firent dans la Médie l’élection du roi Déjocès et celle d’Arbacès, son prédécesseur, à qui les écrivains grecs ont reproché à tort de n’avoir pas institué un gouvernement stable, car ce gouvernement existait déjà,Mondé sur les bases de la féodalité. La tiare ou couronne, pareille à celle qu’il portail, dont le fils d’IIystaspe permit if sept princes, ses concurrents ou ses électeurs.
de ceindre leur lèle, n'esl-elle pas une preuve des droits royaux qu’il reconnaissait en eux?
Parvenu à l’apogée de sa puissance, l’empire des Perses laissait encore une large liberté aux nations conquises sous le gouvernement de ses lieutenants, ainsi qu’on l’observe chez les peuples de l’Asie Mineure qui, gouvernés par le Cyrus de Xénoplion, conservèrent leurs lois et leurs mœurs anciennes. Au contraire, les provinces plus proches du Irène, lequel, depuis Darius, s’élevait toujours plus haut sur les ruines des institutions nationales, furent façonnées à un joug uniforme. De sorte que la Mésopotamie, l’une des plus abondantes sources de civilisation, se changea d’abord en un champ propre seulement aux triomphes des nouveaux dominateurs venant de la Grèce ou de l’Arabie et, bientôt après, en un désert aisément franchi par les Turcs.