‹ Les lois du progrèsChapitre 7 sur 40 · LA TERRE ET L'UNIVERS DEVANT L'HOMME · texte numérisé non relu

LA TERRE ET L'UNIVERS DEVANT L'HOMME

Combien l'attention de l'homme n'est-elle pas attirée par le soleil qui éclaire son séjour et par cette infinité d'objets auxquels le rattachent des rapports si étroits! Dans le cercle immense que l'horizon décrit autour de lui, les heures, les minutes, les secondes, varient graduellement sous son regard, et les couleurs changent sans cesse, réfléchies depuis la ceinture des mers jusqu'à l'extrémité des roches qui forment la pointe des montagnes. De toutes parts, dans les plaines et sur le penchant des collines, ondulent les plantes qui renferment des graines d'espèces diverses, se pressent les arbres qui offrent des fruits innombrables et si différents entre eux de forme, de volume, de coloris. En foule, de tous côtés, groupés ou isolés, rôdent les animaux, ceux-ci marchant d'une allure lente ou rapide, ceux-là glissant dans les eaux, d'autres fendant les airs de leur vol. Enfin, à la grande voix qui s'élève de l'Océan, au sifflement que font entendre les forêts, au doux murmure des arbrisseaux et des herbes, se joignent, articulés de mille

igiti^ed by

manières, les accents émis par les êtres animés. Et si, tout à l'heure, sa vue était charmée par l'harmonie des couleurs, maintenant, son oreille est ravie par l'harmonie des sons.

C'est lui qui fauchera les moissons dorées et qui vendangera les vignes vermeilles ; c'est lui qui cueillera les fruits diaprés, qui asservira les troupeaux et domptera les bêtes sauvages. Il pénétrera dans les entrailles de la terre; il franchira les monts, il traversera les déserts, il fera voguer ses navires sur les océans. Ni les glaces polaires ne pourront lui soustraire sa chaleur vitale, ni les régions équatoriales le consumer de leurs feux; aussi loin qu'il avancera dans toutes les directions sur ce globe, il trouvera toujours et partout la nature terrestre disposée à le reconnaître pour son seigneur absolu. Il n'est pas un arbre, une plante, un marbre, un métal, un être vivant, qui ne doive contribuer à son bonheur. Le feu caché et mystérieux, l'air impalpable, l'eau fugitive seront ses serviteurs. Les corps se décomposeront, se reformeront, se transformeront sous ses mains; ceux mêmes que l'œil ne peut percevoir revêtiront, grâce à lui, des apparences admirables.

Quand, le soir venu, l'ombre descend sur la terre, un tout autre et plus merveilleux spectacle s'offre à l'observation de l'homme, à qui se dévoile un nouveau domaine infini, dont sa personne ne pourra pas s'emparer directement, il est vrai, mais que son esprit saura s'assimiler et s'approprier pour agrandir les richesses accumulées de

son patrimoine terrestre. Il n'est donné qu'à lui seul icibas de contempler et de comprendre à la fois l'immense voûte éthérée, couverte de clartés disséminées en plusieurs groupes, avec des mouvements, des contours, des couleurs variées, et qui, solitaires ou jumelles, semblent rester immobiles, errer ou tourner perpétuellement en augmentant de splendeur, à mesure qu'elles s'avancent vers le midi. Lui seul distingue le soleil diurne et, par la comparaison des planètes voisines, les étoiles, semblables au soleil, perdues à des millions de millions de lieues dans les abîmes de Tempyrée; lui seul sait que la poussière argentée qui remplit les espaces incommensurables de l'éther le plus profond est un amas d'astres étincelants. Comme avec raison le verset biblique a affirmé que les cieux racontent la gloire du Créateur ! Avec non moins de raison, les anciens sages ont imaginé que, dans les cieux, grâce aux sphères mélodieuses qui s'y concentrent, règne une harmonie perpétuelle. N'est-ce pas dans le ciel, en effet, qu'on voit l'accord pjarfait de l'ensemble des choses? Et qu'est-ce que cet accord, sinon la plus ineffable des harmonies?

L'homme apprendra du ciel à mieux connaître le milieu de son existence, à mieux saisir la forme du globe qu'il habite, à en mesurer le volume, à en découvrir les grands mouvements distincts qui forment le cours des jours et des années. Par la contemplation du firmament, il se rendra compte des vicissitudes des saisons dans les différentes parties de la terre, et il aura l'expli-

— S2cation de l'oscillation alternative des eaux de l'Océan. Il saura ainsi se guider dans l'industrie agricole et se diriger dans ses voyages lointains, car il verra également tracées sur la face du ciel et les routes de la mer, qu'obscurcissent des tempêtes éternelles, et les routes des déserts les plus épouvantablément uniformes.

Mais si le ciel l'instruit sur la terre, la terre lui dévoile à son tour les mystères du ciel, tellement l'enchaînement des choses est général et parfait ! La mesure d'un faible rayon qui traversera demeure lui fournit la mesure des distances des astres les plus reculés; la connaissance des métaux terrestres le renseigne sur les métaux qui constituent les corps célestes; enfin, de l'humble caillou qui tombe près de lui sur le sol, il apprend le secret du mécanisme divin qui transporte dans une course perpétuelle des mondes infinis subordonnés les uns aux autres par un mystérieux lien.

Telle, en présence de l'homme, se déroule la nature.

Page 1