‹ Les lois économiquesChapitre 101 sur 239 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

une puissance permanente de production, encore une fois, c’est se moquer.

Non, le pêcheur n’est pas propriétaire des parages où il pêche; mais là ou il a établi ses filets, la où il a dépensé plusieurs journées de travail pour planter des pieux, tendre des cordes et fixer ses engins, il a acquis un certain droit de propriété que ses confrères respectent, bien que nulle part au monde la mer soit propriété privée.

Nulle part au monde la mer est propriété privée; mais si Jean le pêcheur a formé une digue ou un enrochement pour conquérir sur la mer quelques ares d’un terrain qu’elle submergeait et qu’elle vient couvrir encore dans les très-hautes marées, Jean le pêcheur peut se dire et se dit effectivement propriétaire du sol qu’il a conquis, du sol qu’il a créé. Au fait d’occupation se trouve lié celui de formation, et personne n’osera dire que Jean a fait tort à qui que ce soit en repoussant la mer un peu plus loin.

Eh bien ! nous le croyons, ceux qui ont repoussé le désert un peu plus loin, ceux qui ont conquis une portion de terrain sur la stérilité, ont un droit identique à ceux qui, par des digues et des enrochements, ont solidifié le sol et 1 ont rendu fertile. Toute la Hollande a été appropriée de la

LA PROPRIÉTÉ

sorte, comme le reste de l’Europe a été approprié par le défrichement et la culture.

La propriété repose donc sur le droit, sur la justice; mais ce n’est pas seulement lapropriété terrienne, la propriété bâtie, c’est encore la propriété ouvrière, car elles ont toutes la même origine. Il n’y a, nous le répétons , d’autres limites au droit du propriétaire que celles posées par le droit tout pareil de nos semblables.

L’art. 144 du Gode Napoléon s’exprime ainsi : « La propriété est le droit de jouir et de disposer « des choses de la manière la plus absolue, « pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé « par les lois et les règlements. »

La première partie de cette phrase constate et sanctionne le droit, la seconde le nie et le détruit.

Si la restriction apportée par le Code n’avait pour objet que d’empêcher le domaine du propriétaire de faire obstacle au domaine d’un autre propriétaire, nous l’approuverions de toutes nos forces ; mais elle a été conçue dans le but de limiter le droit du propriétaire, de l’asservir à la loi. Or si, comme nous l’avons démontré , le travail a créé la propriété, la propriété est antérieure et supérieure à la loi : la loi peut consta-

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