CHAPITRE IX
Le fermage.
Tous les droits économiques découlent les uns des autres, comme les lois économiques s’enchaînent et s’harmonisent les unes avec les autres.
J’ai arraché ce champ à la stérilité, c’était un amas de pierres inertes, de broussailles impropres à tout, j’ai travaillé du matin jusqu’au soir, je me suis courbé sur ce sol ingrat, j’en ai enlevé les pierres les unes après les autres et je les ai amoncelées tout autour dans le double but de marquer les limites du morçeau que je m’appropriais et d’en exclure les bêtes fauves. Ce champ
LE FERMAGE
est à moi, le travail l’a rendu le mien, cela ne fait plus de doute.
Je l’ai bêché, je l’ai ensemencé, et je récolterai la moisson qui commence à jaunir. Mais après cette moisson il faudra recommencer à bêcher, il faudra fumer et ensemencer de nouveau, autrement la production s’arrêterait. Le droit de propriété que j’ai conquis par la première mise en culture me donne celui de faire ce second semis, et, quand le temps sera venu, de faire cette seconde récolte.
11 est incontestable que je possède ce droit, car à celui qui prétendrait m’évincer de ce champ, sous prétexte de droit égal au mien, je montrerais les ronces que j’ai arrachées, les pierres que j’ai extraites, les creux que j’ai comblés, les monticules que j’ai aplanis, et je lui demanderai s l’équivalent de ces travaux, au produit desquels il ne peut avoir aucun droit.
J’ai dû ma première récolte aux engrais que j’ai mis dans la terre, aux semences que j’y ai jetées, aux soins incessants que j’ai donnés aux jeunes plants et à la sollicitude avec laquelle j’ai veillé contre les déprédations des oiseaux du ciel et des bêtes de la forêt. C’est aux mêmes travaux et aux mêmes soins que je devrai la seconde, et