‹ Les lois économiquesChapitre 104 sur 239 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à des travaux et des soins tout pareils que je devrai la troisième et la quatrième, et ainsi desuite.

Mais c’est aux travaux de défrichement, de défoncement, de clôture, etc., que je dois toutes ces récoltes, et non pas seulement la première. Vouloir que je me trouve payé de ma mise en culture par une première ou une seconde récolte, c’est vouloir que j’aie travaillé pour les autres, que je me sois imposé un rude labeur et de dures privations, pour épargner ce labeur et ces privations aux autres.

La prétention de payer l’agriculteur par la récolte qu’il obtient pourrait être juste à la rigueur, si la terre avait été de tout temps en état de culture, défrichée, assainie, close en champs et métairies; l’homme aurait fumé un champ, l’aurait labouré, ensemencé et moissonné. Puis il aurait pu passer à un autre exercice tout semblable ailleurs et céder ce champ à qui aurait voulu le prendre. Quel bon temps c’eût été s’il ne se fût agi que de presser les grappes, traire les vaches, couper les foins et les blés, tondre les moutons et cueillir les fruits aux vergers! Malheureusement ce n’est pas sur des idylles de ce genre que se fondent les sociétés. Au lieu d’utopies plus ou moins riantes, on ne trouve

LE FERMAGE

sous leurs plus profondes assises que d’immuables principes, que d’inaltérables lois économiques.

Celui qui a mis un champ en culture n’en réclame pas la propriété à cause des fruits qu’il lui a fait produire, mais à cause de la puissance de production que ses travaux lui ont communiquée.

Son droit à la possession de ce champ doit durer aussi longtemps que se maintiendra cette puissance de production, ou aussi longtemps que ses travaux pourront la renouveler si elle venait à disparaître. Nul doute qu’au temps de Palmyre, de Thèbes et de Ninive, il y ait eu autrefois des champs cultivés et productifs dont étaient propriétaires certains Palmyréens, certains Thébains ou certainsNinivains. Cette propriété a duré ce qu’a duré la puissance de production imprimée aux champs; quand, parla cessation des travaux de l’homme, cette puissance de production a disparu du sol, le droit de propriété s’est effacé, et la terre est retournée sous la domination des chacals, des reptiles et des ronces.

Allez dans ces champs aujourd’hui déserts et où l’on trouve encore la trace de l’homme, où l’on reconnaît son passage, et vous reconnaîtrez

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