CHAPITRE IX
avec nous que celui qui avait rendu ce sol fertile pouvait s’appeler leur propriétaire, et qu’il a perdu ce titre quand il a cessé de communiquer à la terre la vertu prolifique qui réside dans le travail de l’homme.
Celui qui a mis un champ en culture a donc le droit exclusif de le labourer, ensemencer et moissonner, la seconde et la troisième année et toutes celles qui se succéderont.
S’il a ce droit, il faut en même temps se faire seconder par ses fils, ses amis, ses salariés; il a le droit d’échanger un travail contre un autre travail, un service contre un service.
J'ai fertilisé ce champ, je peux y jeter mon grain à la volée pour l’ensemencer, ou je peux, en échange d’un salaire que je leur donnerai, prier Jean ou Pierre de jeter ce grain pour moi.
11 est vrai que l’on conteste ce droit d’échange des services, et voici ce que l’on formule en style d’axiome : « Le travailleur conserve, même après avoir reçu son salaire, un droit naturel de propriété sur la chose qu’il a produite? »
On oublie que l’on contestait au propriétaire, quelques pages auparavant, le droit naturel de propriété sur la chose qu’il a produite?
Mais cet axiome est faux, en ceci que l’ouvrier
LE FERMAGE
ne peut conserver aucun droit de propriété sur la chose qu’il a produite, après avoir reçu son salaire. Le salaire qu’il a reçu est le prix d’une vente, d’une aliénation qu’il a consentie. Vous reconnaissez qu’il a un droit naturel de propriété sur la chose qu’il a produite; nous aussi : seulement nous ne disons pas que ce droit est inaliénable et qu’il ne peut être vendu. S’il en était ainsi, si la propriété était inaliénable, incessible et insaisissable, comme le voudrait votre formule, ce serait la source du plus épouvantable esclavage qui se soit jamais vu.
Si je peux donc, et nous croyons qu’on ne le contestera plus, si je peux faire cultiver mon champ par Pierre, Paul ou Jean, contre salaires équivalents à leur travail, je peux aussi, ce me semble, faire avec Pierre, Paul ou Jean, un contrat d’un autre genre, en vertu duquel, leur abandonnant la jouissance des travaux que j’ai effectués sur ce sol, ils pourront le cultiver à mon lieu et place, en me donnant une partie du produit comme équivalent du travail dont je leur cède l’usage.
Cette partie du produit qu’ils s’engagent à me donner s’appelle le prix du fermage ou du louage : c’est la représentation ou l’équivalent