CHAPITRE IX
du service que rend le propriétaire en abandonnant au travailleur l'usage des produits qu’il a créés par un travail antérieur.
11 y a dans ce contrat mutualité d’avantages, et c’est ce que l’on perd de vue trop volontiers et trop souvent; car on ne veut voir, la plupart du temps, que cette redevance revenant toujours et sans cesse à époques fixes et déterminées et on détourne ses regards du produit incessant, de l’avantage permanent que l’on reçoit de l’usage de la chose prise à ferme ou loyer.
On peut affirmer qu’il existe une loi économique en vertu de laquelle le nombre et l’espèce des choses, prises ou données à ferme ou loyer, s’accroît à raison du progrès de l’homme vers le bien-être. C’est qu’en vertu de la grande loi économique qui nous fait un devoir, toujours instinctivement obéi, de la division du travail, noustrouvons plus économique, plus avantageux en un mot, de prendre telle ou telle chose à bail ou à loyer, que de la façonner nous-mêmes, ou de la posséder par suite d’achat.
Voyez où en serait le monde si, par suite de la plus grande aberration d’idées qui puisse se concevoir, les législateurs défendaient les contrats de louage ou de fermage! Ou bien chacun
LE FERMAGE
serait obligé de se construire une maison et de se loger en Esquimaux, en Patagon, ou en Peau- Rouge, ou bien 1 État, appelant a lui « cette force immense qui résulte de l’union et de l’harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts, » nous construirait d immenses casernes , des couvents grands comme des bourgades, et des hôpitaux spacieux comme les temples babyloniens!
Dans le premier cas, où seraient le bien-être, l’aisance, le progrès, la civilisation?
Dans le second, où serait la liberté, où serait l’égalité ?
Il y aurait égalité parmi les malheureux locataires de ces édifices conventuels, il y aurait égalité parmi ceux qui traîneraient le boulet et qui pourraient vivre au numéro, sans nom, sans passé, avenir, ni famille, mais à condition qu’il y eût supériorité, suprématie chez les chefs et les supérieurs !
Mais, dit-on, si une terre rapporte 1,000 fi\, on dit qu’à cinq pour cent cette terre vaut 20,000 fr. à 4 pour cent, 25,000 fr., à 2 et demi pour cent, 50,000 fr. Cela signifie, en d’autres termes, qu’après vingt, ou vingt-cinq, ou cinquante ans, le prix de cette terre aura été rem-