CHAPITRE IX
que année à son propriétaire, parce qu’en cultivant la ferme qu'il a prise à bail il réalise un plus grand profit qu’il ne pourrait faire en allant défricher et mettre en culture telle autre partie du sol qu'il lui plairait d’occuper. Le paiement de ces 1,000 fr. n’est donc pas la représentation d'un droit d’occupation, c’est tout simplement le prix du travail dépensé antérieurement dans la mise en culture.
À ceux qui condamnent le fermage et anathématisent le louage, nous demanderons ce que doit faire le marchand de vin de Rheims ou d’Epernay quia 1,000 douzaines de vin de Champagne à envoyer à Londres? Il peut à la rigueur acheter un ou deux chevaux et une voiture et charroyer son vin au Havre, à Calais ou à Boulogne ; mais arrivé là, doit-il se mettre à l’œuvre pour construire un bateau, doit-il ensuite s’aventurer sur mer et conduire lui-même bateau et marchandises de l’autre côté de la Manche?
Que fera à son tour le forgeron ? ïra-t-il chercher lui-même sa houille en Angleterre ou en Belgique ?
Vous ne voulez pas du fermage? vous voulez donc que le cultivateur construise lui-même ses herses et ses charrues; car s’il s’adresse au maré-
LE FERMAGE
chai du hameau voisin, ne prendra-t-il pas à loyer quelques heures du temps des compagnons forgerons?
Quelques fourbes et quelques simples se sont extasiés devant le Credo quia absurdum de saint Augustin ; serions-nous assez simples aujourd’hui pour battre des mains à ceux qui nous crient du haut des toits : sic volo quia absurdum!
On voit combien la loi économique du louage et du fermage a de points de contact avec la loi de la division du travail : le fermier, au lieu de fabriquer ses instruments, préfère louer les forces, le temps et l’adresse du forgeron ; le forgeron lui-même loue les chevaux, le temps et le chariot du voiturier plutôt qne de charroyer luimême son charbon, et le voiturier vient à son tour prendre à loyer le savoir , la pratique du maréchal pour ferrer ses chevaux, couvrir de fer sa paire de roues et forger son essieu.
Le monde vit donc dans un cercle de services échangés au moyen du louage et en vertu de la loi économique qui régit les rapports des hommes entre eux; on peut affirmer que plus le contrat de louage se multiplie et plus la vie devient facile, plus l’aisance et le bien-être se répandent dans toutes les classes.