CHAPITRE IX
Jetez un coup d’œil sur vous-même et votre famille.
Seriez-vous aussi bien logé si, ne pouvant être locataire, vous n’aviez d’autre abri que celui que vous vous construiriez vous-même?
Vos enfants seraient-ils aussi bien élevés, acquerraient-ils autant d’instruction s’ils ne recevaient que celle que vous pourriez leur donner au commencement ou à la fin de votre journée ? Regrettez-vous les quelques francs que vous donnez comme prix du loyer des heures et de la science que le magister emploie à faire leur éducation ?
Vous voulez faire une de ces longues courses qui fatiguent le marcheur le plus intrépide, vous n'avez ni cheval, ni voiture à vous, trouvezvous que ceux qui vous offrent une place moyennant une légère redevance dans un omnibus, commettent un vol abominable en vous épargnant une horrible fatigue ?
Et ne l'oublions pas, si la loi économique du louage est une des conséquences directes de celle de la division du travail, il y a, en même temps, complète harmonie entre cette loi et celle de la collectivité des forces. Nous l’avons dit déjà, tout ce qui est le produit de la collectivité rend
LE FERMAGE
des services collectifs. Ainsi deux ou trois mille hommes auront construit et établi un chemin de fer et ce chemin, moyennant le louage d’une place dans les wagons ou sur les chariots, vous transport era, vous et vos marchandises, à des distances infinies, en rendant le même service à quiconque voudra profiter des facilités qu’a produites la collectivité des forces.
A mesure que nous avançons dans ces études, de nouveaux points d’harmonie nous apparaissent, de nouvelles lois viennent nous éclairer et nous expliquer ce qui semblait douteux, ce qui semblait obscur, car l’économie politique forme un ensemble de causes et d’effets, de principes et de lois qu’il ne s’agit que de chercher pour découvrir jusque dans leurs dernières ramifications.
La monnaie.
Jusqu à ces dernières années on ignorait complètement la vraie fonction de la monnaie métallique dans le système économique et, encore aujourd hui, cette question est, pour le grand nombre, enveloppée des voiles les plus mystérieux.
On conçoit bien que la monnaie facilite les transactions commerciales, qu’elle donne un moyen suffisamment certain d’évaluér les travaux et les produits, mais on lui attribue, en outre, une valeur autre que celle de représentation, on la regarde comme le signe presque
LA MONNAIE
unique de la richesse et on lui trouve des propriétés et des inconvénients qu’elle est loin de posséder.
Lycurgue avait, dit-on, banni l’or et l’argent de la république pour n’y laisser circuler que des monnaies de fer ou de cuir.
Il ne songeait pas que ce n’est point la nature du métal ou de la pièce de monnaie qui lui donne de la valeur, et que l’on peut tout aussi bien se passionner pour de la monnaie de cuir que pour de la monnaie d’or ou de papier. L’unique mais indispensable condition qui peut donner de la valeur à une pièce de monnaie, ce n’est ni la face du souverain, ni l’emblème ou le chiffre frappé sur le revers, c’est que le produit ou le travail dont elle est la représentation puisse toujours s’obtenir ou s’échanger contre elle. Et la preuve, c’est que nos financiers modernes ont imaginé des monnaies, non pas de cuir, mais d’une matière encore plus facile à obtenir, des monnaies de papier, et qu’elles s’échangent et circulent avec la régularité la plus exemplaire, aussi longtemps que le public a la conviction qu’ elles représentent de véritables valeurs, c’est-à-dire des produits ou des travaux, et qu’elles sont toujours échangeables contre ceci ou contre cela.