‹ Les lois économiquesChapitre 11 sur 239 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tout leur paisible et salutaire influence. Est-ce que les intérêts individuels de tous ceux qui, en Europe, nous pourrions presque dire dans le monde entier, s’occupent d’industrie, de finances, de commerce ou d’agriculture, ne sont pas enchevêtrés les uns aux autres, de manière que la même crise monétaire se fait sentir partout en même temps, que la même disette réagit sur tous les producteurs et sur tous les consommateurs, que le même débouché s’ouvre à tous les travailleurs, et qu’il n’y a plus un coin du monde dont le progrès physique ou intellectuel nous soit chose indifférente?

C’est là, on le voit, ce qui détermine cette immense solidarité de tous envers tous, solidarité que nous sommes bien loin de limiter à son acception financière ou commerciale, car elle s’étend heureusement bien avant dans le monde moral.

Il n’arrive pas une seule revendication du droit, dans quelque lieu du globe que ce soit, sans que tous les membres de la famille humaine ne soient appelés à en profiter, comme il ne se passe pas une grande injustice, dans quelque région que ce soit, sans que riches et pauvres, amis et ennemis, ne soient exposés à en souffrir.

Nous voyons tous, en Europe, d’un œil presque indifférent, l’immense iniquité de l’esclavage s’étendre et se perpétuer dans une jeune nation au delà de l’Atlantique , qui devrait donner au vieux monde de meilleurs exemples. Le jour cependant où la mesure sera comble, le jour où cette iniquité devra cesser, le vieux monde lui-même sera menacé des plus vives, des plus cruelles souffrances, car des milliers de travailleurs et des milliers de consommateurs se trouveront privés les uns des objets dont l’usage leur est indispensable, les autres du salaire dont ils ont besoin pour vivre. En attendant, cette désastreuse institution, comme nous le verrons plus loin, donne des résultats économiques qui créent nécessairement des causes de discussions et de querelles internationales qui menacent à tout instant de s’envenimer.

Mais cette solidarité ne s’exerce pas seulement en mal , sa bénigne influence se fait également sentir.

Ainsi, que l’Amérique tout entière proclame sa liberté! que l’Espagne, secouant le joug théocratique, rende à la culture et à la production les terres restées incultes et improductives tant de siècles dans les mains d’une caste dont l’oisiveté

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