CHAPITRE X
ter quelles fussent supprimées, car il ne pourrait en résulter pour l’humanité qu’un pas rétrograde, si cette suppression n’avait lieu par suite de l’invention d’une chose préférable ou supérieure. .
C’est au reste ce qui est arrivé jusqu’à un certain point aux monnaies d’or et d’argent comme aux chemins et routes.
Le marchand qui, il y a cinq ou six siècles, de son comptoir de Gênes ou de Venise achetait sur les marchés d’Alexandrie les épices de l'Inde et les soieries de la Chine, était forcé d’envoyer des espèces d’or et d’argent pour solder ses achats. Celui qui aujourd’hui fait le même commerce verse les espèces d’or et d’argent chez un autre marchand de son voisinage et n’envoie à Alexandrie ou Beyrout qu’un morceau de papier qui certifie l’existence de ce versement et constate que le vendeur pourra recevoir le prix de ses marchandises, ici ou là, à telle ou telle époque.
Quand cette invention d’une monnaie fictive, invention dont on ne saurait retrouver l’origine, fut devenue d’une application générale, la somme des valeurs en circulation se trouva immensément accrue et le commerce put prendre un
LA MONNAIE
nouveau développement. Avant la création de ces valeurs fictives, les échanges étaient toujours restreints a ceux que Ton pouvait faire par le troc, c est-à-dire produit contre produit, à ceux encore que l’on pouvait faire contre les espèces métalliques, et à ceux en très-petit nombre qui s effectuaient a crédit, c’est-à-dire pour être soldés plus tard. Mais, à partir de leur création, le champ de 1 échangé devint pour ainsi dire illimité, car la présence de la monnaie métallique n étant plus nécessaire que momentanément et pendant un instant seulement, celui où la valeur fictive a besoin de se retremper et d’acquérir de nouveaux droits à la confiance par une sorte de baptême métallique, on ne fut plus arrêté par la rareté de 1 argent, tout produit put former la base d’une monnaie fictive.
Il y a des gens qui nient le progrès ! Qu’ils étudient donc les faits économiques que nous présente l’histoire et qu’ils nous disent si les causes et les effets ne se développent pas avec une progression incessante, et si, à certains moments donnés, quandl’heure est venue, l’humanité ne fait pas un pas pour ne plus retourner en arrière.
Dans les premiers âges du monde, l’échange