‹ Les lois économiquesChapitre 125 sur 239 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sée pour cause d’incapacité • on l’a demaudé enfin à une foule de combinaisons plus ou moins ingénieuses qui toutes sont restées, fort heureusement pour leurs inventeurs, à l’état de projet.

Que de peines et de travaux on se serait épargnés si on s’était demandé tout d’abord ce que c’était que le crédit, si on s’était rendu compte de son origine et de sa nature ?

Mais on n’a voulu voir que son action, et émerveillé des résultats qui se produisaient, on a cherché à remplacer une loi économique par des inventions ou grotesques ou odieuses. Nous regrettons d’être forcé d’employer des épithètes aussi peu flatteuses pour les chercheurs, inventeurs et prôneurs du crédit gratuit, mais nous ne sommes pas loin de penser qu’ils se sont rendu justice à eux-mêmes et sont les premiers aujourd'hui à hausser les épaules au souvenir de leurs aberrations.

Le crédit n’est pas une puissance abstraite que l’État, ou des corporations comme la Banque de France, ou des associations de capitalistes ou de travailleurs peuvent créer à volonté, peuvent faire sortir du néant, ad libitum , et distribuer sans règle ni mesure à tout venant.

Le crédit n’est pas comme l’air dont chacun

LE CREDIT

peut user à sa guise et dont le réservoir ne voit jamais baisser son niveau -, le crédit n’est pas comme l’eau d’un fleuve qui coule sans jamais se tarir : le crédit s’use par l’abus que l’on en fait et, quand il s’est usé, rien ne saurait le rappeler à l’existence, lui redonner même apparence de vie.

De même que dans la série des temps le futur est le complément du présent, dans le monde économique le crédit est le complément du capital • il est la représentation du travail futur, comme le capital est la représentation du travail passé, du travail accumulé. On peut dire du crédit qu’il est un produit, un avoir échangeable au même titre et aux mêmes conditions que tout autre avoir intellectuel ou matériel de l’homme, que toute production de son travail antérieur : il ne pourrait par conséquent être gratuit que si tous les autres produits du travail humain s’échangeaient gratuitement.

Direz-vous que le crédit n’ayant coûté ni peine, ni labeur, son acquisition étant apparemment gratuite, tout prélèvement de parts de profit, venant de son chef, est un vol fait au travailleur, puisque chacun n’a droit qu’à la rémunération de son travail ?

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