CHAPITRE XI
faire bottes et souliers; j’étais sans capital, sans crédit : vous m’avez donné un billet de crédit, ne trouverais-je pas plus simple d’acheter bottes et souliers tout faits?
Vous répondrez à cela que 1 institution de crédit gratuit ne sera prise pour dupe qu’une fois, parce qu'elle exclura de ses faveurs quiconque en aura abusé. C’est fort bien, mais cette fois pourra se renouveler très-souvent, et comme la gratuité n’assure aucun revenu, où l'institution prendrait-elle le capital nécessaire pour faire face aux abus? Où l’institution prendrait-elle encore les réserves indispensables pour parer aux avilissements de prix dans les produits, aux pertes produites par l’un de ces accidents que l’on ne peut ni prévoir, ni empêcher?
Notez que dans le système du crédit gratuit, c’est le capital représenté soit par des valeurs de circulation, soit par des instruments de travail, ou bien encore par des matières premières, qui se prête sans intérêts, sans rémunération ; de sorte que le capital, qui n’est que le produit accumulé du travail passé, s’aliène temporairement sans compensation et sans profit pour son propriétaire. Mais si cela était juste, si cela était logique et praticable, le marchand devrait ven-
LE CRÉDIT
dre ou échanger sans profit les marchandises qui garnissent sesrayonsou remplissent ses magasins; car elles aussi sont un capital, elles sont le produit accumulé de ses travaux passas. Et du moment où un travail accompli n’a pas droit à une rémunération, pourquo les heures d’ouvrage d’un travailleur seraient-elles payées? Serait-ce donc que le droit à la paie, le droit au profit, réside dans le plus ou moins long espace de temps écoulé depuis l’achèvement de l’œuvre?
On a souvent parlé, et on parle encore tous les jours du crédit foncier, du crédit agricole, commercial, industriel, mobilier ou immobilier : l’économie politique ne connaît pas ces diverses distinctions du crédit; pour elle, le crédit est un et s’applique de la même manière à tous les besoins qui peuvent se produire.
Donnez toute liberté au crédit, supprimez tous les monopoles qui l’entravent, toutes les mesures législatives ou administratives qui le gênent, le rétrécissent et arrêtent son développement et tous les intérêts obtiendront leur juste part, la répartition se fera d’elle-même, le niveau s’établira suivant les demandes. Laissez le capital s’associer partout et créer toutes les valeurs de