‹ Les lois économiquesChapitre 128 sur 239 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

crédit dont il peut former la base et la garantie, et vous verrez leur abondance, et la concurrence qu’elles se feront, faire baisser le taux de l’intérêt, faire fuir l'usure et activer partout le travail, c’est-à-dire la production et la consommation.

Mais on a eu peur du crédit ; on a craint ses abus!

La liberté du crédit, cependant, n’est pas plus dangereuse, et elle esttout aussi bienfaisante que la liberté du travail, que la liberté du capital ou de l’intelligence.

Notez, d’ailleurs, que tous ceux qui veulent, sous prétexte d’abus possibles, limiter la liberté du crédit, ou celle du capital, ou bien encore celles du travail ou de l’intelligence, veulent les limiter à leur profit.

Ainsi l'homme qui prétend limiter le droit imprescriptible que je possède, comme tous mes semblables, d’user en toute liberté de mon intelligence, veut soumettre mon intelligence à la sienne et demande pour lui la liberté qu’il me refuse.

Et de quel droit? Est-ce que la liberté dont je veux user empiète sur la sienne? En vertu de quelle loi naturelle mettra-t-il son intelligence

LE CRÉDIT

au-dessus de la mienne? L’intelligence que la nature et ses études lui ont départie est infiniment supérieure à la mienne, je n’en doute pas ; mais est-ce une raison pour que je ne puisse employer à mon gré le peu de savoir que j’ai acquis?

Le crédit que possédera une association de dix, de vingt, de cent capitalistes, dépassera debeaucoup le crédit dont peut jouir un seul travailleur; mais est-ce une raison pour supprimer complètement le droit de ce travailleur ?

La société n’est pas livrée pieds et poings liés, comme on semble le croire, à tous les abus possibles du crédit, quand chacun peut en jouir d’une manière illimitée. U y a d’une part la concurrence et de l’autre la publicité, qui suffisent et au delà, non pas pour empêcher tous les abus, mais pour en atténuer les effets, pour en arrêter le développement.

Et s’il faut dire tout ce que nous pensons, nous ajouterons que les abus possibles du crédit sont infiniment moins nuisibles que son absence ou sa suppression.

Au moyen âge le crédit n’existait pas : une foule de travaux ne pouvaient se faire, une foule d’entreprises utiles ne pouvaient s’exécuter. Aujourd’hui, grâce au crédit, ces travaux s’exé-

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