CHAPITRE I
point de vue fiscal et mercantile, plus coûteux et moins productif que le travail libre; les bras seuls produisent, l’intelligence et la volonté se retirent en état d’hostilité. Si Ton en doutait, nous montrerions les États du nord de l’Union croissant journellement en forces, en richesses, en population, en connaissances positives, tandis que ceux du Sud restent sous tous ces rapports de beaucoup en arrière. La prospérité des colonies anglaises à sucre, longtemps compromise par l’esclavage, n’est revenue que le jour où la métropole leur a imposé le régime de la liberté du travail, de la liberté du commerce.
Si, détournant nos regards de ces tristes plantations américaines où l’homme se dégrade luimême en dégradant son semblable, nous cherchons ailleurs un état de constitution économique quelque peu supérieur, nous rencontrons l’Égypte, où, sans être esclave, l’homme n’est libre, ni dans son travail, ni dans son intelligence, ni dans son capital, ni dans son crédit. Le manque absolu de liberté du travailleur, sa sujétion aux volontés d’un autre, suppriment toute initiative, toute responsabilité, et rendant son travail presque improductif, étendent le niveau d’une misère effrayante qui s’abaisse sur toutes les po-
pulations depuis les cataractes du Nil jusqu’à la sortie du fleuve par les bouches du Delta.
Ce qui frappe le plus l’observateur quand on étudie les effets de ce régime, c’est l’absence, en quelque sorte enfantine, de toute dignité personnelle, c’est le peuple entier se livrant, sans la moindre humiliation, apparente ou sentie, à la mendicité la plus éhontée; c’est la misère et * le besoin régnant sans partage dans toute la fertile vallée du Nil !
Comment, en effet, l’Égyptien s’enrichirait-il, comment enrichirait-il son pays quand la terre ; qu’il cultive ne lui appartient pas, quand le produit de son travail ne lui reste pas, quand il n’est 4 guère plus que le bœuf qui tourne le manège dont dépend l’arrosement des champs et auquel le bouvier donne vers le soir de l’orge et de la litière? Tout le monde en Égypte travaille au profit du vice-roi : tout le monde est nourri par le vice-roi et tout le monde reste pauvre, même le vice-roi!
Un degré au-dessus se trouve la Russie. Là tout le monde ne travaille pas pour le czar, tout le monde n’est pas nourri par le czar, mais le serf travaille pour son seigneur et reçoit sa maigre pitance de son seigneur. 11 y a bien quelques