‹ Les lois économiquesChapitre 14 sur 239 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

exceptions à cette règle; il y a, dit-on, quelques hommes libres, mais leur situation au milieu d'un peuple de serfs doit rendre illusoire une liberté limitée par les chaînes de leurs voisins, de leurs frères.

Nous avons parfois entendu affirmer que le serf russe d’aujourd’hui, comme le serf gaulois du temps passé, est beaucoup plus heureux que le travailleur libre et indépendant qui peut gagner son salaire et le dépenser comme il l’entend. Le serf, dit-on, et même l’esclave américain, ne sont jamais rongés de soucis; quel que soit le nombre de leurs enfants, quelle que soit la rigueur de la saison , quelque violente que soit une crise commerciale, leur pain est assuré; ils n’ont à s’inquiéter ni du chômage qui peut survenir, ni du salaire qui peut leur faire défaut: leur maître les nourrit, leur maître veille à tous leurs besoins, leur maître est une providence qui ne les laisse jamais manquer de rien.

Plaisant paradoxe, en vérité, que celte affirmation! Quoi! c’est l’oisif qui nourrit le travailleur? c’est le maître qui nourrit le serf et l’esclave ?...

Nous disons, nous, que le travail du serf ou de l’esclave nourrit le maître qui sans le produit

de ce labeur serait obligé de travailler lui-même la terre. Ce n’est que par un abus indigne de la force qu’un homme a jamais pu prétendre avoir droit aux fruits du travail d’un autre , et c’est une insigne dérision que de lui faire honneur du travail de son opprimé.

Si maintenant nous quittons ces contrées, où la société semble constituée en dépit de toutes les règles du droit et du bon sens, et nous jetons un coup d’œil sur les divers États de l’Europe occidentale, plus ou moins régénérés par les principes de notre grande révolution , nous voyons partout le travail en honneur et la production se développer dans des proportions inouïes jusqu’alors. C’est que là l’homme a repris possession de lui-même, il a reconquis la liberté de son intelligence, il a droit aux produits de son travail, il peut amasser un capital, et il sait faire usage du crédit.

Toutes ces facultés n'existent pas partout au même degré, il est vrai, mais l’extension plus ou moins considérable qu’ elles ont prise donne la mesure exacte des progrès que les populations ont accomplis dans l’agriculture, dans l’industrie, dans le commerce, dans les sciences. C’est assez dire qu’elle donne en même temps la mesure

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